FRÉDÉRIC, HENRI
HENRI, vivcincnt. C'est vous, mo.isieur, qui vous nommez Derval?
FRÉDÉRIC. Oui monsieur, c'est du moins le nom que j'ai pris en descendant ici ; et vous sauriez déjà quels motifs m'ont t'ait désirer de vous entretenir, si ma lettre d'hier...
À 17 aîis. 5
IlENRljaiYc humeur. Elle no m'est point parvenue, monsieur, mais comme je vous vois pour la première fois, c'est l'explication de cet étrange billet qu'il mefaut: veuillez donc vous h;!ter de m'apprendre...
T?{éiïyÈti\C^ froidement. Je vais vous satisfaire... permettez-moi seulement de m'as&urer que cet entretien ne pourra être troublé par personne.
11 ferme au verrou la porte du fond , et donne uà tour de clé à celles de la chambre de Cécile et du n° Ix.
HENRI, C observant avec impatience.' Eh \ parbleu! monsieur, toutes ces précautions...
FRÉDÉRIC. Ah ! du calme, je vous prie ; nous en avons besoin Puti et l'autre. (// lui montre un siège , C invite à s*asseoir . et après en avoir fait autant lui même.) Avez-vous une sœur, monsieur?
HENRI. Singulier préambule!., que vous importe?
FRÉDÉRIC. Veuillez me répondre.
HENRI. Eh bien! oui monsieur; mais je ne vois aucun rapport...
FRÉDÉRIC, aree inleniion. Pourquoi donc ?.. si je l'avais con nue lorsque vous étiez loin d'elle... si je m'en étais fait aimer, si dans le délire d'une aveugle passion...
HENRI, violemment. Ah î taisez-vous , car si cela était...
FRÉDÉRIC, froidement. Eh bien!..
HENRI. Il me faudrait pour elle , une réparation entière, on tout votre sang ne suffirait pas...
FRÉDÉRIC, se levant avec vivacité. Bien!., bien capitaine!, l'homme qui veut qu'on le respecte anssi , doit être également inflexible sur ses devoirs envers les autres : réparation pourvotre sœur, ou mon sang et ma vie, n'est-ce pas?., eh bien ! vou> tenez de vous juger vous même, car Cécile a un frère aus^i pour la défendre, et ce frère , il est devant vous.
HENRI, vivement surpris. O ciel! et elle vous a confié...
FRÉDÉRIC. Tout, monsieur; sa faiblesse, et votre abandon bien plus coupable encore; puisque vous n'avez pas même songé où pouvait l'entraîner sa douleur! .
HENRI, accabU. Ah! mes torts sont affreux!
FRÉDÉRIC. Oh! oui, bien afl'reuxî car vous pouviez demander sa main, et l'honneur même nous eûtcontraintsà vous l'accorder : mais, vous l'avez leurrée de cette démarche et vous ne l'avez point faite. Une femme astucieuse et coquette vous aurait captivé; elle, ignorante de cette odieux manège, vous a peut-être au contraire ennuyé de ses larmes, et las déjà d'une conquête qui, sans doute a été trop facile, et dont l'ordre d'un ministre venait enfin vous débarrasser, vous avez cru qu'il
Miflîsail de <»hanger lie garnison pour tout rompre'., détrouipez-vous, monsieur; la fille d'un des plus braves oflicicrs.de l'empire, ne subira pas l'humiliation d'avoir été votre maîtresse : ici convme à liayonne, Cécile Mullcr est votre épouse, son enfant est le vôtre, et vous les rcconnailrez tous deux... ou bien... oh! mais non, vous ne me forcerez pas à venger ma sœur, i\ vous haïr.''. . vous comprendrez votre devoir n'est-ce pas, vous le remplirez?., allons M. Henri, oublions tout... votre main... vous le voyez, la 'uiennevous est ouverte... vous ne répondez pas âmes avances?., la trouvcriez-vous trop peu riche ?.. [Se contenant toujours.) Eh bien!., je me sacrifie pour elle, je lui abandonne tous mes droits, toutes mes espérances de fortune, oh! mais épousez-la...
llEXm, avec e?jibar ras. Monsieur, vous ne pouvez compiendre tout ce que je soufl're; car plus vous montrez de loyauté, plus que je conçois l'énormilé de ma faute; et c'est pour cola même que je ne l'aggraverai pas en vous laissant un espoir qui ne peut se réaliser.
FRÉDÉRIC , avec surprise. Quel langage?
HENRI, balbutiant. D'autre nœuds déjà...
FRÉDÉRIC, avec explosion. Marié!., vous êtes marié?., ah! il faut alors que vous ayez été bien indigne!., ainsi une famille entière sera déshonorée par vous, et il vous suflirade protester de vos regrets?.", je suis marié, direz-vous, et ce mot devra étouffer toutes les plaintes, toutes les douleurs, anéantir toutes les espérances?., les remords, l'ignominie seraient pour votre victime, et il ne vous resterait à vous, que le souvenir d'une débauche de plus?., oh! non, je le jure bien, il n'en Sera pas ainsi !.. capitaine, l'un de nous ne sortira pas -de celle chambre, car vous allez me tuer, où dans quelques instans j'aurai fait à la fois deux veuves.
HENRI. Un militaire ne craint pas la met, vousle savez, mais je ne puis accepter votre défi.
FRÉDÉRIC. Comment, cette réparation que tu m'aurais demandée , je ne l'obtiendrais pas?., tu m'as avili et tu refuserais de m^en faue raison 5^. ah ! ah!., ne dis pas cela , car alors je ne trouverais pas d'épilhète assez méprisante pour qualifier ton infâme conduite!
HENRI, cherchant à se contenir. Monsieur Mullcr...
FRÉDÉRIC , /i^r5 de lui. Oui, infâme!., déloyal!., abominable !.. mais ne crois pas par un refus , te soustraire ù ma vengeance ; regarde, une sueur glacée couvre mon front... un tremblement convulsif agite mes membres... j'étouflede fureur, je ne me connais plus; si tu ne te battais pjjis, je crois que je t'assassinerais.
II cnlic piccl[)ilainiii(;iit dans sa chambre ^ et lappoiie une boîte à lû^tolets qu'il pose s'4f la table.
HËL\l\l. Mais c'est une horrible démence ! au nuin ilu ciel, ne me Ibicczpas encore d'oltcntcr à vos jours.
PÏIÉDÉRIC, chargeant an des pistolets, et d'un rire sardonif/uc. Vil invoques le ciel... ali î tu as peur !..
HEIVRI. Mdis malheureux, à ces armes même, j'ai trop d'avantage. -
FRÉDÉRIC Ou peut les rendre égales.
IIEiMRl. Ce lieu , cet instant...
FRÉDÉRIC. Est-ce qu'il y a une lieure pour se venger !
HENRI. Quoi, sans témoins...
FRÉDÉRIC. Eu as tu pris pour me deshonorer ?
A ce moment on entend frapper violemnient à la porte de la chambre de Cécile, et en même tems plusieurs voix s'écrient ; Ouvrez! Ouvrez !
klEHiKl, troublé. Mais ces cris...
FRÉDÉRIC. Quels qu'ils soient, ce sont les derniers que tu entendras... (// retire la clé , puis après avoir arraché sa cravate dont il recouvre les armes qu'il a posées sur la table :) Un seul de ces pistolets est chargé; maintenant, le canon de chacun sur la poitrine... c'est le jugement de Dieu; recommande-lui ton âme.., Henri a pris au hasard, déjà tous deux s'apprêtent ; mais les cris poussés par Cécile et Amène, ont été entendus au dehors, on est accouru , et U poite du fond est même près de céder aux efforts que l'on fait ponr l'ouvrir.
'HENRI, dans le plus grand trouble. Mais nous allons être surpris ; remettons...
FFxÉDÉmc^ lui saisissant la main. Ils arriveront trop tard, il faut moins d'une minute pom* mourir...
Ils s'appuient leurs armes contre la poitrine et tirent en même tems. Frédéiic tombe, «t la porte du focd volant en éclats , Henri court à la fenêtre, l'ouvre , et s'élance au dehors pour ne pas être surpris.
SCEIVE XIII.
FllÉDÉRIC, JJÉROME, CYPRIEN, Gens de Vh6ie\, puis bientôt après CliCILE , AMELIE, et la Servante , qui était enfermée avec elles.
Jérôme est entré le premier et a dû voir Henri; aussi court-il d'abord à la
fenêîre,
CYPRIEN. Ahl mon Dieu, est-ce que ra serait cet autre avec qui je l'ai laissé tout-à-l'heure...
FRÉDÉRIC, voyant l'effet des paroles de Cyprien , et i'adreésant
i(jUà ccuib^/ui l'tnloui'ent. Qu'on n'accuse personne... ia vie m'était A charge, je me suis frappé moi-même.
Pendant ce toms la porte du n" 6 a été également enl'uncée. Cécile et Amélie «n sortent précipitamment, la première jette un cri d'horrcnr à la vue d'; son frère, et tombe à grnoux près de lui; la seconde perd connaissance dans les bras de la servante.
FRÉDÉlUC, (( Cécile d'une voix déjà affaiblie. Je meurs, et de sa main...
Cécile se relève , son air est tranquille « mai:» sesyeux sont hagards. On voit qu'elle ne pense plus et que les paroles qu'elle va prononcer, sont le dernier éclair de sa raison expirante.
CÉCILE, d elle même. Il l'a tué!
FRÉDÉRIC, épuisé. O mon Dieu! qui la protégera.,, quipren- »lra pitié d'elle!..
JÉRÔME, lui prenant lamain. Moi... {A lui-même.) CdiV )q, devine tout, maintenant...
Frédéric tourne la tôte vers lui , le reconnait , essaie de se soulever pour le presser dan» ses bras; mais il n'en a pas la force , il retombe et expire.