‹ A 17 ans; drame en quatre actesChapitre 34 sur 42 · JÉRÔME, MAD. LAMBERT · texte numérisé non relu

JÉRÔME, MAD. LAMBERT

MAD. LAMBERT, entrant. Jérôme!., ah! je croyais que tu tiavaillais encore... à la bonne heure, car vois-tu, je t'aurais grondé.

JÉRÔME. Ah! bonne mère.. .

MAD. LAMBERT. Oui, grondé, parce que tu le fatigues trop ; si le commerce n'allait pas, je concevrais que tu te donnasse? autant de mal; mais depuis huit mois que tu es établi, tes af-

faircs ont prospéra (rmie manière presque miraculeuse, je «ais bien que depuis la même époque, la longue maladie de cette pauvre jeune fille que nous avons recueillie, a nécessité des dépenses...

JÉRÔME, vivement. Ma mère, cette réflexion a Pair d'un re- ^n-et.

M AD. LAMBERT, de même. Un regret?., moi, regretter une bonne action qui, peut-être t'a porté bonheur, ah! le ciel m'en préserve! cette chère enlant est trop à plaindre, et je l'aime trop pour cela!

JÉRÔME. Oui, oh ! oui, voi:s l'aimez; vous le lui avez prouve par vos bons soins, et je vous en remercie. ..Comment se sentclle aujourd'hui?

MAD. LAMBERT. De mieux en mieux; à ce point que pour accomplir le vœu qu'elle a fait , nous allons demain matin , toutes les deux à l'église. En sortant ce soir, n'oublie pas de prévenir le bon abbé Pascal, que ce sera pour huit heures.

JÉRÔME, avec joie. J'irai, mère; et je vous accompagnerai aussi demain, car c'est avec joie que j'nnirai mes prières aux vôtres!

MAD. LAMBERT. Pauvre ami ! il n'y a pas là que de la reconnaissance envers Dieu, et tu ne peux m'abuser, moi qui suis habituée à lire dans ton âme!

JÉRÔME, avec inquiétude. Que voulez-vous dire?

MAD. LAMBERT. Qu'il y a quelquechoseque tu ne m'as pas confié , et que m'ont révélé tes agitations , tes angoisses , lorsque si souvent nous avons désespéré de sauver cette jeune personne... je ne veux pas encore t'attrister, mon Jérôme , la douleur d'un fils chéri est aussi une douleur pour une mère ; mais en te livrant à cette passion, que de chagrins ne te prépares-tu pas!., toi, si délicat! si raisonnable! tu as donné ton amour à une femme... bien intéressante sans doute, mais dont le cœur ne peut plus être libre, et à laquelle l'opinion du monde te défend même de prétendre!

JÉRÔME, vivement et arec une amère ironie. L'opinion!., l'opinion!., un tyran faible et soupçonneux, qui juge et condamne sur la seule apparence!., l'opinion ! un cruel, un despote inflexible, qui ne voit dans le malheur que la conséquence, ou le châtiment du vice; qui, sans pitié, confond le coupable avec la victime, et les livres indistinctement à la réprobation !.. ah ! Dieu merci la nature m\i donné une âme trop forte et trop généreuse, pour ne pas me placer au-dessus d'une aussi odieuse influence! ce qui me suffît, à moi, c'est de connaître la famille, la vie presque entière de cette femme; c'est d'avoir la conviction que malgré. son abaissement , elle n'en a pas moin-^ droit à mon estime, à mon respect!

/i 1 7 fins. 6

MAD. LAMBERT. Qu'enteiids-je!.. quoi, tu connaissais déjà...

JÉRÔME. Pardon, ma bonne mère; je n*ai jamais eu pour vous que ce seul secret, et je ne puis encore vous le confier, car il y a un serment qui me lie. Mais si vous saviez depuis combien de tems cet amour est là. renfermé dans mon sein ; si je vous disais que c'est à son influence que j'ai dû cette constante émulation qui m'a fait ce que je suis; qu'enfin cette passion que je croyais ne jamais pouvoir avouer, a toujours été pour votre fils, comme une religion, un culte!., vous concevez si après la mort de son frère , j'ai saisi avidement l'occasion qui s'est offerte de la secourir?., il m'a semblé que c'était une main céleste qui l'amenait vers moi, qu'un prodige avait été possible pour que nos destinées pussent se confondre... jugez si je l'aime! moi qui donnerais mon sang pour lui épargner une larme, je n'ai plus vu son malheur, et j'ai béni le sort qui l'avait abaissé jusqu'à moi , par l'espoir qu'il me serait plus facile de m'élever jusqu'à elle !

MAD. hAMBEKT, avec ta plus vive émotion. Cher enfant! comment ne m'attacherais-je pas aussi à celle qui a pu t'inspirer un si vertueux amour !.. oh ! je ne veux plus rien savoir ; à présent, je l'aime au moins autant que toi, vois-tu, et je donnerais avec j'oie la moitié du peu d'années que le ciel me garde, pour qu'il comblât tes vœux et pour en être témoin.

JÉRÔME, «e p^'écipUant dans ses bras. Bonne mère!..

Page 1