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À bas les communistes!

... Un Icarien,— Non, monsieur, vous ne devez pas dire à bas. les .Communistes !

Le Bourgeois, — A bas, à bas les Communistes !

L'Icarien. — Mais pourquoi donc leur en voulez-vous tant? LeBourgeois. — Parce que ce sont des brigands!...

, L'Icarien. — Vraiment! si cria était vrai, vous auriez raison, et je crierais comme vous... Mais pourquoi dites-vous que ce sont des brigands ?

• Le Bourgeois, — Parce que ce sont des pillards et des voleurs!...

• L'Icarien. — Mais non, non! Cela n’est pas vrai! Ils ont, au con- . traire, partout empêché le pillage et le vol.

• Le Bourgeois. — Ce sont des incendiaires, des hommes de violence!...

. L'Icarien. — Mais non, non, non ! C’est une calomnie, une abominable calomnie de la part des uns, une monstrueuse erreur de la part "des autres! Ce sont, au contraire, les hommes les plus doux, les plus pacifiques, les plus humains, les plus bieuvcillans, les plus fraternels!.., ■Vous lés calomniez, ces Communistes ! mais que diriez-vous si l’on calomniait vous, vos femmes et vos cnlaiis?

; lie Bourgeois. — Ils veulent la loi agraire, le partage des terres !...

L'Icarien. — Mais non! On vous trompe, c’est tout le contraire! Ils veulent l’association, la réunion, la concentration des terres pour ' tonner de grandes cul urcs, de grandes exploitations, afin de réaliser de grandes économies, et d’augmenter la production et l’abondance dans •l’intérêt de tous !

Le Bourgeois, — Ce sont des paresseux, qui veulent prendre le bien des travailleurs, afin de vivre dans la paresse et l’oisiveté.

L'Icarien. — Mais les Icariens ne veulent rien prendre, rien ravir !

• Au contraire, ils ne pensent qu’à aider et à secourir leurs camarades, à travailler au bonheur de tous sans exception...

Le Bourgeois. — Vous croyez qu’un ouvrier honnête, laborieux, économe, peut être content de voir de mauvais sujets lui ravir le fruit de ses sueurs et de scs économies?...

, L’Icarien. — Mais non, monsieur, ou vous a trompé ! Ce sont les hommes les plus laborieux, qui ne cherchent le bien-être que dans le travail, et qui demandent que chacun paie sa dette en travaillant ! LeBourgeois, — Qu sont des ivrognes!...

Vlcarien. — Mais non, monsieur! On les calomnie, comme on calomniait les premiers chrétiens, (|ui étaient les hommes les plus doux et les plus humains, et qu’on accusait de tuer des enfans pour boire leur sang ! C’est tout le contraire ! les Communistes Icariens sont des hommes sobres et tempérans, qui s’efforcent de retirer tous leurs frères du cabaret...

Le Bourgeois. — Vous ne nierez pas que ce sont des débauchés qui Teulent la promiscuité des femmes, l’abolition du mariage et de la famille !...

Vlcarien. — Mais non, non, non ! Toujours de la calomnie ou de l’erreur ! C’est incroyable qu’on puisse se laisser tromper ainsi ! C’est tout le contraire ! Les Communistes Icariens sont les plus ardens défenseurs du mariage cl de la famille, qu’ils veulent purifier et perfectionner.

Le Bourgeois. — Chez eux, il n’y a ni maris, ni femmes, ni enfans, mais seulement des mâles, des femelles et des petits!...

Vlcarien. Mais, c’est une infâme calomnie ! Ce sont, au contraire, les maris les plus justes et les plus dévoués à leurs épouses, les femmes les plus respectées et les plus fidèles, les pères et mères les plus tendres, les enfans les plus chéris et les plus heureux !

Le-Bourgeois. — Ce sont des immoraux... A bas les Communistes ! Vlcarien. — Mais non, monsieur, ce sont les hommes les plus honnêtes. qui pratiquent la morale la plus pure, qui prennent pour guide ce précepte de la sagesse : Ne fais pas à autrui ce que lu ne voudrais qicit le fit: fais aux autres tout le bien que lu en voudrais recevoir.

Le Bourgeois. — Allons donc, ce sont des impies, sans religion... A bas les Communistes !

Vlcarien. — Mais c’est vous qui n avez pas le moindre sentiment religieux, puisque vous proscrivez si injustement et si cruellement des hommes qui sont vos frères, et qui adoptent la religion la plus sublime et la plus pure, en admettant pour principe la Fraternité des hommes et des Peuples.

Le Bourgeois. — lîh ! vous voyez bien que les Ouviiers eux-mêmes repoussent le Communisme et les Communistes!...

Vlcarien. — Non ! Tous les journaux et tous les écrits reconnaissent, au contraire, que le Communisme Icaricn pacifique et légal, a fait d’immenses progrès; que la masse des ouvriers à Paris,;à Lyon, a Nantes, à Rouen, à Reims, à Tours, à Vienne, à Toulon, à Toulouse, etc., etc, , sont Communistes; que partout l’élite des travailleurs les plus studieux et les plus réfléchis, ont adopté le Communisme; et que les Communistes sont généralement des hommes pleins d’intelligence et de cœur....

Le Bourgeois. — Mais vous voyez bien qu’il y a une masse d’ouvrieis qui crient : .4 bas les Communistes !...

Vlcarien. — Parce qu’ils ne connaissent pas le Communisme, parce qu’on les trompe, parce qu'on les égare, parce qu’on leur fait croire

me les Communistes sont leurs ennemis, tandis que ce sont leurs meilleurs amis, leurs camarades et leurs frères! Ils sont bien malheureux les pauvres ouvriers ! On les accable de travail sans leur laisser le temps de lire; on les tient dans l’ignorance et la misère ; et quand il se présente des réformateurs qui se dévouent pour améliorer leur sort, des Chrétiens ou des Communistes, les privilégiés, les aristocrates, les prêtres, les exploiteurs de toutes espèces, les soulèvent contre ceux qui veulent leur délivrance et leur bonheur, comme les Pharisiens ont soulevé le peuple Juif contre Jésus-Christ ét ses apôtres!..,.

Le Bourgeois. — Vous avez beau dire, le Peuple français n’est pas le Peuple juif....

L’Icarien. — Sans doute; et il y a aujourd’hui dans le Peuple beaucoup plus d’ouvriers studieux et remarquables par leur instruction qu’à aucune autre époque ; mais la masse de ceux qu’on peut égarer et tromper, ou qui se laissent soudoyer et enivrer, est encore malheureusement beaucoup trop grande; et ce n’est pas leur faute à eux, les malheureux! C’est la faute de la société qui ne leur donne aucune éducation , et qui les tient dans une telle ignorance que, quand il se présente des apôtres qui veulent les éclairer pour les rendre heureux, les Pharisiens peuvent aisément les entraîner à lapider leurs meilleurs amis.

Le Bourgeois. — Moi, je suis républicain; Vive la République! A bas le Communisme !

L’Icarien.— Mais le Communisme est la même chose que la République-, c’est la République la plus vraie, la Démocratie la plus pure; les Communistes sont les Républicains les plus solides et les Démocrates les plus sincères ; car ils adoptent la devise Républicaine et Démocrate, Liberté, Egalité, Fraternité, en en tirant toutes les conséquences. Avez-vous toujours été Républicain, vous?

Le Bourgeois. — Non ! j’ai d’abord été légitimiste, avec Louis XVIII et sa race; puis constitutionnel avec Louis-Philippe; et depuis le 2/i février, je suis républicain,,. Je suis homme de progrès ; mais je ne veux pas de communisme; à bas les Communistes!

L'icarien. — Les Communistes sont plus républicains que vous, car vous avez crié à bas les Républicains ! taudis qu’ils ont toujours crié Vive la République !

Le Bourgeois. — Mais vos Communistes ne sont pas des Chrétiens.,..

l'icarien. — Pardonnez-moi, le Communisme Icarien, basé sur la Fraternité, l’Égalité et la Liberté, n’est rien autre chose que le Christianisme dans sa pureté primitive. I .es Communistes Iraniens sont de vrais Chrétiens qui veulent réaliser l'Évangile. Ce sont même les seuls qui puissent mériter le litre de Chrétiens; car il est impossible d’être Chrétien, sans pratiquer la fraternité et par conséquent sans être Communiste Icarien.

Le Bourgeois, — Je crie aujourd’hui Vive la liberté, l’égalité, la fraternité !

Ulcanen. — Oui, vous criez...; mais vous ne voulez pas la liberté, puisque vous proscrivez le Communisme ; vous ne voulez pas non plus l'égalité et la fralerniié puisque vous criez à bas les Communistes ! lorsque la fraternité et l'égalité n’ont pas de plus ardens défenseurs que les Communistes Icariens.

Le Bourgeois.— Mais que signifie donc ces mots Icarien, Communisme lcarien ?

Vlcurien, - Comment ! vr :s ne le savez pas, et vous criez à bas ! vous proscrivez ! Le Communisme lcarien est le système de Comniunl-me qui se trouve exposé et développé par le citoyen Cabet dans un ouvrage intitulé : Forage en Icarie.

Le Bourgeois. — Ah! le Forage en Icarie, dont on parle tant !

L’/ranV)f. — Oui : vous ne i'avez pas lu?

Le Bourgeois. — Non certainement ! Je ne veux pas perdre mon

temps à lire des rêves, des utopies.Vive la République! A bas le

communisme !

L'lcarien.— Comment, vous n'avez pas lu et vous condamnez ! Vous ne connaissez pas, et vous proscrivez ! Mois c’est unique, c’est révoltant d’iuiquilé.

Usa, examinez, étudiez, et alors vous pourrez juger en connaissance de cause; vous approuverez, si vous trouvez que celte doctrine est la vérité; vous la repousserez, si vous trouvez que c’est une erreur. Dans ce cas même, vous direz que les Communistes sont les gens les plus bon- "été et toi— 1 la paix et le bonheur du.

Peu| t 1 \ z I o it les meilleurs amis des

omi r I e abolir'les impôts sur les

objets de première nécessité, assurer le travail pour tous eu l'organisant. enfui a.uelioter progressivement le sort du travailleur, de la femme et de IVnfant ; et iis veulent tout cela sans violence, par la discussion, p;.r la persuasion, par l'opinion publique et par la volonté nationale... Avant a Révolution, ils voulaient émigrer pour aller essayer leur Répub! que eu \m -rique ; le lendemain, ils se sont ralliés autour du Gouvernomeiitprovi-oire : et maintenant ils s'occupent encore de préparer leur (lepait pour Icarie...

Le Bourgeois. — Vous m'en direz tant...

/. 1 cari-, n. — examinez donc, et ne criez puis à bas les Communistes; et crions tous ensemble, du foud du cœur : Vive la République!

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