SCENE PREMIERE
DOUCETTE, MARGUERITE, BERLINGUETTE ,
Femmes d’ouvriers.
Au lever du rideau, les femmes sont occupées à préparer leurs ajiuirmeni des dimanches.
CHOEUR
Air : Pantalon dn Postillon.
( Cftaur <f entrés du deuxième acte de la Bouquetière.)
Puisqu'aujourd 'hui pour nous c’est fête ;
Sans plus tarder apprêtons-nous.
Il faut soigner notre toilette Pour plaire à nos époux.
doucette, repassant un fichu.
Toinette, n’aurais-tu pas un bout de ruban rose A tue prêter? t’U mon fichu repassé, laut que je monte mon bonnet.
TOIMBTTE.
Tiens, justement, il m’en reste un bon quart.
Elle le lui donne.
MAGASIN THEATRAL
MARGUERITE
Ah ! Dieu merci, me voilà prête.. . et vous, mesdames, ça s’avance-t-il?
CLAUDINE
Oui, oui, dans un instant.
Satané col! je ne peux pas en venir à bout!... viens donc m’aider, Claudine!
CLAUDINE
Oui, donne-moi ça, voilà que j'ai fini.
BERLINCUETTE.
Puisqu’aujourd’hui dimanche il plaît à messieurs vos maris de nous emmener avec eux , faut pas nous trouver en retard.
DOUCETTE
Sont-ils gentils, nos hommes! sont-ils gentils! c'est des vrais amours!
BERLINCUETTE.
Pour une fois par hasard que ça leur arrive , je vous conseille d’en parler. Faut-il pas mettre ça dans le journal? c’est de beaux cocos que vos epoux! Dieu de Dieu , que les femmes mariées sont bétes! pendant que ces messieurs se repassent toutes les douceurs de l’existence, faudraitil pas que leurs femmes restent dans des cages comme des alouettes privées?
MARGUERITE
Je ne dis pas que t’aies tort, mais enfin, nous y sommes, n'est-ce pas? et quand ils sont gentils, faut en profiter... des hommes aimables, on ne laisse pas ça moisir.
BERLINCUETTE.
Pardine! toi, le tien, une crème de mari, un vrai agneau, quoi ! aussi, il s'appelle Mouton, et il n’a pas volé son nom, je le déclare.
DOUCETTE
Ah! dam! oui, ils sont rares, ceux-là, la graine en est égarée.
BERLINGUETTE.
Ce qui n’cmpéche pas qu’elle ne se trouve pas encore heureuse et qu’elle le bourre comme un canon. Prends garde, Marguerite, lu l’irriteras, et un beau jour.. .
MARGUERITE
Ah! je voudrais bien voir ça! s'il se permettait de tousser devant moi...
BERLINCUETTE.
Tiens, je te souhaiterais pour une heure seulement un mari comme celui de Doucette.. . en voilà un gracieux et civilisé?
TOINETTE
Oui, ça fait peur.
BERLINCUETTE.
Au point que ses camarades l'ont surnommé Tapedur. Comme ça peint le bonheur d'une épouse, ça ! madame Tapedur ! descendez donc le lleuve de la vie avec le propriétaire d’un sobriquet pareil !
DOUCETTE
C’est vrai que depuis quéque temps mon homme a de vilains momens; mais en ménage faut bien s* passer quéque petite chose .. je lui en passe, il m’en r’passc, c’est tout simple ; et malgré ça , vous voyez bien qu’aujourd’hui il est galant et qu’il m'emmène.
BERLINCUETTE.
De quoi? il ne fait que son devoir bien strictement. Ah t quand je vois le dedans des ménages, je me dis: Berlinguette, mon enfant, ne te marie pas , l’hymen n’est pas un lien charmant : reste fille, ma bonne, reste fille! c’est pas que les hommes, ça a du charme quelquefois.
MARGUERITE
Quand ils vous font la cour, par exemple !
BERLINGUETTE.
Oh ! alors ils font une petite voix de rossignol , ils vous disent des sucreries.
MARGUERITE
Je crois bien.
BEKLINCUETTE .
O idole de mes jours ! mon cœur palpite et sc gonfle.
MARGUERITE
Je n’aimerai jamais que toi !
BCftLINGCETTE.
Et ils sont petits garçons... pour un baiser sur le dos de la main ils danseraient sur la tête! et puis, ils vous paient des espectacles, du cidre, des macarons. ..
MARGUERITE
Des talmouscs, des chaussons de pommes.
BERLINCUETTE.
Épousez-les? va te promener! sitôt qu’ils ont cinq sous dans leur poche, c’est pour les boire avec leur sexe. Ne me parlez pas de ces élres-là : Dieu merci, je suis à l’abri de leurs crimes, j’ai le cœur invulnérable.
DOUCETTE
Excepté pour M Bcaublond pourtant.
CLAUDINE
Oui , les cancans roulent joliment sur vous deux.
BERLINGUETTE.
Bcaublond est un homme à ma portée, c’est un célibataire. Depuis huit jours qu’il nous est venu de Paris, en qualité de contre-mailrc de la fabrique, il m’a distinguée, il est vrai ; mais parce qu’il me voit avec plaisir, faut-il en avertir l’autorité? faut-il porter ma plainte au commissaire ?
MARGUERITE
Tu t’en donnerais bien de garde !
TOINETTE
Justement, le voilà, M. Bcaublond, et en grande toilette.
BERLINGUETTE.
Moi qui ne l’ai encore vu qu'en jour ouvrier... (Elle regarde à droite.) Dieu! qu’il est joli en dimanche! quel beau morceau d’architecture!