LA COMTESSE, LUBIN
LA COMTESSE, venant de droite, premier plan.
Savez-vous bien, Lubin, sans nulle flatterie,
Que vous avez le ton plein de galanterie;
Et je comprends qu’Annette ait payé de retour Vos sentiments discrets. Vous parlez de l’amour Avec àmel Un seigneur ne dirait mieux, je gage...
LUBIN
Il vous semble donc bien ridicule, madame la comtesse, que nous autres paysatis ayons des sentiments et des passions comme les yens de la cour ? Est-ce que la nature rfa pas aussi son langage, comme vos grandes villes ont le leur?... La rose ne vous dit-elle pas : aimemoi ?... La violette : sens-moi?... La marguerite : cueillemoi!... Le mois de mai ne chante-t-il pas : je suis la jeunesse, je suis la vie!... Et les feuilles d'automne ne murmurent-elles pas : la mort est proche?... Cette nature n J est pourtant qu’une grosse paysanne, madame, que la poésie revêt d’une grande robe verte et d’un tablier d'or.
LA COMTESSE
Où donc apprîtes-vous ce merveilleux langage?
LUBIN
Dans les livres, madame... J'ai été clerc chez un procureur qui m’a mis à la porte parce que je lui écrivais ses exploits en vers... Je révais la ville.:. Quelle folie, quand on a la campagne !