SCÈNE
Si vous ne pouvez pas supporter cette épreuve De vivre sans aimer, est-ce un crime si grand De sauver votre cœur qui s’en allait mourant?
(Revenant à elle.)
Aimer! — C’est le grand mot de toute notre vie!
C’est le mot que répète à l’oreille ravie Une voix qui descend du séjour des élus Et qu’on écoute encor quand on ne l’entend plus.
LA COMTESSE
Oui!... Vous avez raison!... oui... l’amour c’est la vie!... Aimons donc pour goûter, sur la route suivie.
Un peu de ces beaux fruits qui bordent les sentiers.
(Se levant et passant A gauche
Est-ce ma faute à moi, si des parents altiers M’ont donné pour la route un compagnon maussade Et qui me fit la cour, un mois, par ambassade?...
Si, parce que ma main valait deux millions,
Encadrés d’un blason porté par deux lions,
Je ne puis disposer de moi? Noblesse oblige,
Dit-on I à vivre... triste!... Ah! marquis, que ne suis-je Une pauvre grisette, ainsi que j’en vois tant,
Passer le lundi, rire et cueillir en chantant Le grand coquelicot, la pâquerette blanche?...
Oui!... lorsque j’aperçois, ainsi qu’une avalanche Ces groupes d’amoureux s’épandre dans les prés Échangeant leurs baisers, sous les rayons dorés Du soleil, il me prend d’affreuses jalousies!...
Elles n’ont pas besoin, elles, d’hvpocrisies,
Et passent 'devant tous, le front, haut, librement,
Fières de s’appuyer aux bras de leur amantl...
Tandis que près de vous, dans ce petit bois sombre,
J'ai honte à votre bras, et j’ai peur de mon ombre.