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À Camoens

Tout peuple a ses grands jours que burine THistoire, Soit qu'après la bataille il lête la victoire, Soit qu'à ses fils d'élite il dresse un monument Ou que, tenant domptés les éléments esclaves^ D'un travail, dont sa force a vaincu les entraves, Il célèbre Tachèvement.

'ODÉ A CAMOEl^S

Sans doute, au lendemain des heures meurtrières, Il est beau d'applaudir les trompettes guerrières, D'acclamer sous les plis du drapeau glorieux Ces fiers soldats au front noir encore de poudre, Qui couraient au combat aussi prompts que la foudre Dont ils ont l'éclair dans les yeux ;

Mais dans ces rangs pressés sous nos regards avides, La mort, la mort jalouse a creusé bien des vides : Tous étaient au péril, tous sont-ils à l'honneur ? Nos clameurs d'allégresse à beaucoup sont amères Et le chant de triomphe éveille aux cœurs des mères Des cris d'immortelle douleur.

Ah ! combien est plus douce et plus pure, la gloire De ces grands et féconds esprits dont la mémoire Rappelle un pas de plus fait par l'humanité Sur le chemin étroit, mais lumineux, qui mène , Loin de l'iniquité, de la nuit, de la haine, A l'éternelle vérité !

Pavoisez la place publique !

Voici qu'un large piédestal Porte le héros pacifique Dont s'illustre le sol natal.

La foule empressée et sereine, Qui voit sa tête souveraine Resplendir d'immortalité, D'abord le contemple en silence ; Puis l'applaudissement s'élance , De tous les seins, dans la cité.

O Camoëns, je te salue !

Ce feu qui brûle les grands cœurs

Avait trempé ton âme élue

Pour les plus sublimes labeurs.

L'Histoire aux mains impartiales

Fait aujourd'hui dans ses annales

Briller un nimbe sur ton nom,

Génie ardent, soldat fidèle,

Qui bondis d'un puissant coup d'aile

De l'hôpital au Panthéon !

ODE ACAMOENS

L'hôpital !... Après tant d*orages, Injustement persécuté, Souîfrir les périls, les naufrages, L'exil et la captivité; Chanter d'une voix surhumaine, A laquelle répond la haine, Le triomphe du Portugal ; Vouer à ce but ton génie Et mourir dans l'ignominie Sur une couche d'hôpital !..

Mais sois vengé ! car ce génie, Si haut à nos yeux s'est placé Que personne ne le dénie Et que nul ne l'a dépassé !

Entends ce peuple qui t'acclame, Qui pour te fêter n'a qu'une âme, Offrir à ton nom rayonnant Cette louange expiatoire ; Vois-le, glorieux de ta gloire, S'honorer en te couronnant !

Ta patrie, ô poète, est ici tout entière ; Ses enfants les plus chers te chantent à la fois ; Ceux qui font son espoir et ceux dont elle est fière, Eux tous pour te louer n'ont qu'une même voix.

Dans ce pays, toujours à la muse fidèle, Tous ceux qu'anime encor son soulfle inspirateur Reconnaissent en toi leur maître et leur modèle Et te font en ce jour un cortège d'honneur.

Au-dessus de la ville où les foules s'empressent, Vision vague au fond de l'azur transparent, Tes émuleSjles grands Portugais,m'apparaîssent Honorés, eux aussi , dans l'honneur qu'on te rend .

Quebedo, Menezès, les chanteurs d'épopée, Les voici ! Ribeiro près de Cortéréal ; Ceux qui dans Alcaçar brisèrent leur épée ; Toi, Bernardès, avec le pipeau pastoral ;

Vicente, Miranda, Ferreira qui d'Horace S'assimila le charme et s'appropria l'art ; Lobo, qui du printemps rendit si bien la grûce ; Manoël enfin, seul, seul et triste à l'écart.

Et, groupe souverain que la lumière inonde, — Descendus aujourd'hui des lieux supérieurs, J'aperçoiscesespritsqui sont l'orgueil du monde, Tes frères en génie aussi bien qu'en malheurs.

Le Tasse, avec des pleurs sous sa paupière ardente, Puis Homère et Milton aveugles tous les deux. Et le rude exilé que Ton appelle Dante, Qui fixa sur Tenler son regard hasardeux.

Chacun veut, Camoëns, assister à ta (êtè ; Ta fête, c'est la leur ; ta gloire et tes combats Sont connus d'eux ; chacun effeuille sur ta tête Un brin de ce laurier qui renaît sous leurs pas.

Puissance du génie ! aux deux pôles du monde^ Plus vive que l'éclair, la lumière féconde De son flambeau sacré que Dieu même alluma, Court et vole ! Il n'est point dH)bstacle qui l'arrête, Et le pauvre soldat a porté sa conquête Plus loin que celle de Gama,

ÔDÉ A CANÎOÉNS 7

Les âmes sont à lui. Que sur la terre entière Les cités d'aujourd'hui ne soient plus que poussière, Tes plaintes, tendre Inès, se rediront encor Partout, en quelque lieu qu'un cœur d'amant frissonne. Et bien loin par-delà le rivage où résonne L'éternel cri d'Adamastor. .

Camoëns, du milieu de la France, un poète.

De même qu'un vassal qui vient, courbant la tête Devant son suzerain témoigner de sa foi.

T'admire, te salue et t'envoie en hommage.

Au pied du monument qui porte ton image, Ces vers trop peu dignes de toi.

Portugal, Portugal, fertile et noble terre.

Où fleurit le rameau du progrès salutaire.

Où la muse est chérie, où régnent les beaux-arts , Marche vers lavenir dont l'appel te convie, Marche en avanttoujours sans que ton pied dévie En dépit de tous les hasards.

ObË A cAmoêi^S

Ton bras n'est point lassé ni ta veine tarie, Espère et souviens-toi !.. Louange à la patrie Qui, pour guider ses pas vers des jours triomphants, Pour aller aux destins que le siècle lui garde. Peut, vantant son passée faire sa sauvegarde De la gloire de ses enfants !

En i867^ a paru la première édition de cette poésie écrite pour fêter l'inauguration à Lisbonne du Monument de Camoëns .

Lisboa, 26 de fevereiro de 1868.

« 111" S' Achille Millien , meu carissimo confrade ,

« os versos de VS' sobre a inauguraçlo do

monumento a GamÔes... por isso me permitto supplicar a VS' favor de m'os remetter nao s6 para regalo meu, senâo tambem para eu ter à honra de os appresentar a nossa Academia, e de os fazer ao mesmo tempo publicar em algum jornal...

« A. F. Gastilho. »

Lisbonne, 2 j, 1868, « Cher Monsieur Millien ,

« Voulez-vous me permçttre de faire imprimer

ici votre excellente poésie à Camoens ? Je n*ose pas en disposer sans votre expresse autorisation... Mille amitiés.

« Mendes Le AL. »

Marseille -^ Imprimerie Economique, 19, rue delà Providence.

DU MÊME AUTliUR :

La Moisson , 1860 i vol.

Chants Agrestes, 1862 i vol.

Les Poèmes de la Nuit, 1864 ï vol.

( Couronnés par l'Académie Française)

La Pierredes-Elus (Prose) i vol.

Musettes et ClairoxNS, 1867 ^ vol.

Légendes d'Aujourd'hui, 1870 1 vol.

Voix des Ruines, 1873. i vol .

Poèmes et Sonnets, 1879 i vol.

Chants Populaires de la Grèce et de

LA Serbie, 1891 i vol.

Les Recueils parus de 1860 à 1873 ont été refondus en deux volumes de luxe, grand-jésus , ornés de nombreuses gravures à l'eau-forte. (Jes deux volumes: Premières Poésies (1859-1863) et Nouvelles Poésies (1864-1873) se vendent séparéiîient, à la Librairie Alph. Lemerre. Il en a été fait un tirage numéroté, avec épreuves avant la lettre.

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