‹ Á côté de la grande histoireChapitre 10 sur 44 · PENDANT LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

PENDANT LA RÉVOLUTION

Aux très jeunes gens l'audace est une grâce, — et quoiqu'elle soit moins fascinatrice en littérature qu'à la guerre, quand on la rencontre pourtant, même en littérature, il faut prendre garde, car elle a sa magie, car elle constitue, dès le premier abord, je ne sais quel brillant préjugé favorable, et fait croire — deux secondes! — que ces esprits ardents que la difficulté attire doivent toujours être au-dessus d'elle... Il n'en est rien pourtant. La vie n'est pas si simple, nos instincts ne sont pas si justes I Oser ne suffit pas... et le livre d'Edmond et Jules de Goncourt prouve tout cela une fois de plus.

En etfet, si nous en jugeons par le titre de leur ou-

1. Edmond et Jules de Goncourt. Histoire de la Société française pendant la Révolution [Pays, 26 avril 18o4j.

o8 A C(^TÉ DE LA GRANDE HISTOIRE

yrage, l'Histoire de la Société française pendant la Révolution (1), ils n'ont pas craint d'aborder pour leur début un de ces sujets dont Finriportance et la difficulté eussent pu désespérer beaucoup d'esprits d'une vigueur déjà éprouvée. Quant à eux, conscrits historiens, ils n'ont pas seulement hésité. Frères par la pensée comme par le sang, espèces de Ménechmes littéraires, tellement semblables (du moins quand on les lit) qu'on ne sait plus où l'un finit et où l'autre commence, et qu'ils semblent n'avoir à eux deux qu'une seule plume et qu'un même cerveau, MiM. de Goncourt, pleins de confiance en eux-mêmes, par amour fraternel sans doute, — ce qui les préserve de la fatuité, — se sont dit un beau jour, après avoir collectionné des anecdotes et jeté l'épervier dans les courants les plus ignorés du renseignement, qu'ils étaient en mesure d'écrire cette œuvre immense, de détails concentrés et d'ensemble, que l'on appelle Thistoire d'une société. L'histoire d'une société, grand Dieu! c'est-à-dire l'histoire de ce qu'il y a de plus profond, de plus fin, de plus ondoyant et de plus nuancé dans la vie et le passé d'un peuple! L'histoire politique, appuyée sur ses faits officiels, est aisée et grossière en comparaison. L'histoire d'une société, c'est-à-dire l'histoire des idées, des sentiments et des infiuences, qui font les mœurs et qui les changent, et, pour tout

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