‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 45 sur 164 · LIVRE TROISIÈME I^y · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME I^y

y es venu à la faveur de notre secours et par notre volonté; que c'est nous qui t'avons donné les forts; nous qui, animés par l'amour sacré de la patrie, avons trahi tes ennemis ; que tes faibles bataillons n'auraient pas suffi pour soumettre cette immense cité, et qu'ils ne suffiraient pas pour la contenir, si nous nous détachions de ton parti. Veux-tu en avoir la preuve? Sors de la ville et rentre, si tu peux. Quand tu seras rentré, alors tu auras le droit d'imposer une taxe de guerre, de commander en conquérant, et de répéter, puisqu'il te plait, le mot impie de Brennus, » Le général, en congédiant la députation, répondit qu'il aviserait.

Dès ce moment, Championnet conçut de la défiance pour les républicains, et les républicains de l'aversion pour les Français.

L'anarchie, la spoliation mutuelle, l'oppression étrangère, ne tardèrent pas à avilir la république. Un commissaire du Directoire, nommé Faypaul, arriva, investi de pouvoirs acerbes, pour accuser et arrêter Championnet, coupable de modération et de mollesse dans les mesures spoliatrices. Obhgé de céder et de se rendre à Paris,

il remit à Macdonald l'armée française. Il fut absous, et mourut pauvre peu de temps après, à Valence, sa patrie : meilleure preuve de son patriotisme et de son désintéressement.

Pendant ce malheureux essai de république à Naples, l'armée française envahit la Toscane, qui lui fut remise sans combat et sans trouble par le grand-duc Ferdinand. La république napolitaine se crut invincible, protégée par de telles forces. Mais la sédition était dans les cœurs, et les provinces commençaient à s'insurger contre les Français.

Le pays entier, se voyant livré et attaqué tout à la fois dans sa nationalité indépendante, dans sa rehgion, dans ses souverains, frémit sous les pieds de son gouvernement, républicain, mais étranger. La reine Caroline fomenta alors, du sein de la Sicile, les deux sociétés secrètes des carhonari et des calderari, que la haine contre les Français ralliait à ses desseins.

Les carhonari, composés surtout de bourgeois des villes et de propriétaires aisés des campagnes, ressemblaient beaucoup, par leur organisation et par leurs idées, à la première société des Jaco-

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