‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 54 sur 164 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Cependant le peuple de Naples ne se croyait sûr de la constitution qu'autant que le roi l'aurait jurée. Ce peuple est si religieux qu'il veut mêler Dieu à tous les événements humains. Le roi se prêta complaisamment à ce désir, et il ajouta même à son serment solennel sur l'Évangile des paroles en apparence spontanées, par lesquelles il provoquait la vengeance du ciel sur sa tête, s'il venait jamais à fausser son serment. Nul ne joua mieux la conviction, quand au fond du cœur toutes les pensées et toutes les habitudes d'un long règne lui faisaient une comédie précaire de cette constitution d'Espagne apportée par le vent à Naples : engouement d'une secte qui avait embauché une armée dont l'Europe ne souffrirait pas rétablissement en Italie, et dont le peuple, qui facclamait froidement aujourd'hui, ne se souviendrait pas demain. Ferdinand, qui connaissait ce peuple, ne prenait pas au sérieux ces clameurs, et ne se servait d'un serment plein de réticences et de nullités que comme d'un expédient propre à échapper au présent sans engager sa conscience pour l'avenir.

Le spectacle d'une révolution si théâtrale et si dramatique le jour même 011 j'arrivais à Naples, à mon début dans la carrière diplomatique, m'intéressait vivement. Le duc de Narbonne, comme je l'ai dit, dans l'incertitude des ordres qu'il allait recevoir de son gouvernement, avait pris le parti sage d'abdiquer provisoirement ses fonctions d'ambassadeur en famille et de remettre les affaires au premier secrétaire, M. de Fontenay, homme d'une capacité aussi consommée que du caractère le plus aimable.

La discrétion la plus sévère, l'abstention la plus complète de toute intervention poHtique jusqu'à nouvel ordre était la loi de M. de Fontenay et de toute la légation. Regarder et se taire, informer notre gouvernement de tous les événements si rapidement consommés et se développant d'heure en heure, continuer avec le roi et le duc de Calabre des rapports de famille et des témoignages d'intérêt essentiellement confidentiels, c'était tout le rôle de M. de Fontenay. Il s'en acquittait en homme d'esprit, agréable aux deux partis. Sans tremper en rien dans le carbonarisme suspect, redouté et méprisé de tous les

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