‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 120 sur 142 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Enfin, un grand parti die libéral, dont l'orateur était M. Odilon Barrot, avocat presque politique, mais qui se contentait jusqu'alors de représenter les passions déjà mortes de la révolution de 1 850, avec popularité, dignité, talent, éloquence, et de professer des maximes destructives de toute monarchie aux acclamations de toutes les oppositions dans la Chambre. C'était l'orateur de 1 79 1 , semblable à Pétion, aussi inconséquent, mais plus honnête que lui.

Odilon Barrot se contentait dans ses harangues de mener tout le monde sur le seuil des révolutions extrêmes, puis il descendait de la tribune laissant tout le monde poursuivre ou s'arrêter selon ses idées. Une paraissait pas chargé d'éclaircir les choses, mais de les compliquer par ces paroles vagues qui donnent à tous des espérances, sans apporter une seule solution.

C'était un très honnête homme, très studieux, très éloquent, très estimé, méritant de l'être, qui n'avait d'autre défaut que d'être avocat, c'est-àdire parlant pour parler, et non pour conclure. Il finit par user ce rôle et par accepter, le 24 février 1848, un ministère dont la signification était déjà dépassée par l'événement et qui ne put

pas subsister deux heures, malgré ses appels à la popularité disparue. A partir de ce jour-là, cependant, le courage de l'impopularité et du patriotisme lui revint, et pendant la république il accepta courao^eusement le rôle difficile de la modérer. 11 avait été grand orateur, il fut grand citoyen. Tel était et tel est encore Odiion Barrot.

Pendant les quinze années de régime parlementaire où je l'entendis haranguer dans la Chambre, je ne voyais en lui qu'un habile quêteur de popularité, et j'estimais trop peu ce rôle pour me rallier à lui. Après la république il changea, et je changeai de sentiments à son égard. L'extrême danger de 1849 lui rendit l'extrême courage; il fut un girondin converti comme Vergniaud, et il opposa un cœur intrépide aux menaces de la Montagne. Honneur et réparation à lui !

Le reste de l'Assemblée de 1830 a 1840 n'était, comme Royer-CoUard et moi-même, que des individualités en expectative qui rappelaient de vieux rôles ou qui en attendaient de nouveaux des événements futurs. Trop fidèles à nos regrets 'de la restauration pour nous rattacher par intérêt

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