‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 128 sur 142 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Opinions, mais dans la convenance de son passé de 181 )". Jeune et beau encore, recherché, aimé des femmes, il était agréable à tout le monde. Quand 1850 détrôna les Bourbons, le duc d'Orléans se hâta de le nommer ministre des affaires étrangères. Il n'était pas homme à lancer la France dans les aventures de guerre polonaise ou italienne au gré du parti ultra-révolutionnaire. Il n'aimait ni n'estimait les doctrinaires, mais il croyait à leur puissance d'intrigue et consentait à servir avec des hommes qui ne tombaient jamais; il servit le roi avec eux, en suivant la pensée du roi plus que la leur. Il se retira de bonne heure et rentra dans le silence et dans l'expectative. On avait les yeux sur lui comme sur une réserve de la monarchie.

Le roi l'appela pour imposer la raison à la Chambre et la paix aux rivalités des ministres qui déchiraient son cabinet. C'était un ministère bien choisi pour s'interposer entre les factions sans causes qui se disputaient la France. Ministère d'honnêtes gens qui raUiait à peu près tout ce qui était honnête et désintéressé dans le pays politique. La France impartiale le sentit, et l'accueillit avec estime et bienveillance.

Mais il n'en fut pas de même dans la Chambre. Aussitôt que M. Mole eut proclamé l'amnistie comme un gage de paix à tous les partis, la colère des ministres doctrinaires et révolutionnaires de 1850 ne connut plus de bornes. Us s'indigne-

rent, les uns, de ce que le roi prétendait à se passer d'eux; les autres, de ce que le roi prétendait gouverner cette révolution avec une politique à lui, et non plus avec la politique à deux faces et exigeante de ses ministres congédiés. Il n'y eut pour M. Mole que ces hommes de bien qui composent dans toutes les Assemblées le fond du pays pour le pays lui-même et non pour euxmêmes; hommes sans prétention personnelle et sans talents transcendants, ou qui n'ont pour talent que leur bonne volonté. Ces hommes étaient assez nombreux et assez dévoués pour donner au roi une majorité, mais pas assez éclatants pour donner à cette majorité de raison l'éclat de paroles dont tout gouvernement parlementaire a besoin en France pour dominer la nation.

Je sentis dès les premières discussions que c'était là le côté faible du ministère Mole, et que cette nombreuse majorité qui se groupait autour de lui, sentant son insuffisance oratoire, s'attacherait avec reconnaissance à un homme neuf qui lui prêterait, sans lui rien demander, le secours d'éloquence désintéressée qui lui manquait. Le

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