LIVRE TROISI ÈM E
bins formée en France, sous le nom d'Amis de la Constitution : hommes éclairés, modérés, personnification de la pliilosophie politique du XVII i^ siècle, amis des réformes, nullement radicaux au commencement, et surtout nullement ennemis d'une monarchie libérale.
Les calderari, pris dans une région sociale très inférieure, envieux des carbonari,zo\Ae.vés, enrôlés, guidés par les moines, fanatisés par les prédications des prêtres, faisaient cause commune alors avec les carbonari, dont l'indépendance nationale était le premier dogme, et l'horreur des révolutionnaires francisés la plus ardente passion.
Ces deux sectes présentaient un double appui à la reine de Naples pour rentrer dans ses Etats et pour y exterminer les républicains.
Un homme d'un esprit aventureux, d'un caractère entreprenant, d'un génie éminemment approprié aux circonstances, aux mœurs, à la nature fanatique des habitants de la Calabre, se dévoua à la reine pour tenter la fortune d'un débarquement dans cette province. Calabrais luimême, il avait, dans ce pays à demi sauvage, une clientèle toute faite parmi ses anciens vassaux. Il voulait et il pouvait être le Monk de cette restauration. C'était Fabrizio Ruffo, d'une noble race, d'une fortune compromise par les désordres de sa première jeunesse, mais d'un génie propre à tout réparer. Réfugié à Rome après l'expulsion des Bourbons par les Français et les républicains.
il y avait embrassé et servi utilement la cause du pape, qui l'avait récompensé par la dignité de cardinal. Ce titre sacré l'avait rendu plus imposant aux yeux des Siciliens et des Calabrais. Il avait rejoint ses souverains dans leur exil à Palerme et leur avait consacré ses talents et sa vie. La reine Caroline avait eu la divination du bon sens et du génie de Fabrizio Ruffo. Elle lui confia quelques troupes pour traverser le détroit et lever l'étendard royal en Calabre. Débarqué à Bagnara, sous les auspices de la patrie, de la monarchie nationale et de l'Eglise, il y fit faire explosion, sous ses premiers pas, au peuple de la ville et des alentours. La nouvelle de sa descente rallia en peu de jours autour de lui les nombreux volontaires des villes et des campagnes voisines, conduits par les moines, par les gentilshommes et par les chefs de la bourgeoisie desCalabres. Il accrut la force de ce noyau d'armée par le mouvement qu'il lui imprima dès le premier jour. Sa marche rapide entraîna tout sur ses pas. Nommé par la reine son lieutenant général dans le royaume, il soumit tout sur son passage, plus par l'enthousiasme que par la force. Son armée, bientôt composée de soixante-dix mille hommes, reçut de sa main la croix blanche d'une croisade et la cocarde rouge des Bourbons d'Espagne. Le peu de résistance qu'il rencontra de la part des troupes républicaines, dans quelques villes fortes sur la route, céda presque sans combat à ce mou-