‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 41 sur 142 · LIVRE TROISIÈME léf · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME léf

hommes d'Etat, il n'était nullement éloigné de ces tendances constitutionnelles qui pouvaient se manifester à Naples et mettre ce royaume bourbonien en rapport plus intime et plus libéral d'institutions avec la France. Il aurait certainement, s'il eût été libre, proposé son intervention et sa médiation conditionnelles au roi et à la révolution constitutionnelle modérée. C'était aussi ma pensée. M. de Fontenay et moi, nous pensions à deux. Ma jeunesse, mon inexpérience et mon rang secondaire ne m'auraient pas permis d'avoir un avis, si sa modestie, son intimité, sa grâce ne m'avaient autorisé à émettre mon opinion, conforme en tout à la sienne. Nous étions de même origine, royalistes et raisonnables tous les deux. Il était de ma province. Gentilhomme non émigré, mais entré cinq ans avant moi dans la diplomatie, sous les auspices de M. Courtois de Pressigny, ambassadeur à Rome, évêque diplomate de beaucoup d'esprit et qui a laissé une trace de sagesse et d'habileté dans nos affaires.

Les instructions sommaires que nous commencions à recevoir de Rome, par les dépêches du duc de Blacas, bien qu'elles ne fussent pas dé-

l66 LAMARTINE PAR LUI-MÊME

finitives et impératives, nous imposaient encore plus de réserve et penchaient évidemment vers une attitude décidément hostile à la révolution de Naples. Le duc de Blacas, dont tout le monde connaissait les opinions et la vie entièrement aristocratiques et ultra-monarchiques, avait reçu du roi Louis XVI II, dont il était le favori regretté, avec le titre d'ambassadeur à Rome, une sorte de direction générale de toute la politique française en Italie. Nos instructions portaient de l'informer de tout et de ne prendre parti sur rien, sans l'avoir consulté et sans tenir compte de ses instructions.

D'un autre coté, la France constitutionnelle, très agitée et très jalouse de sa politique parlementaire, au milieu de l'année 1820 et des émeutes formidables de Paris, imposait au ministre des affaires étrangères une réserve et une responsabilité extrêmes. Même en servant la politique conservatrice de Louis XVIII, des Bourbons et des royahstes, il fallait associer cette politique avec les exigences libérales de la Chambre des députés et de l'opinion en majorité en France.

Un homme de beaucoup d'esprit, de beaucoup de souplesse et cependant d'une fermeté courageuse dans les cas extrêmes, M. Pasquier, tenait seul alors le gouvernail des affaires étrangères en France et résistait seul à la turbulence des partis révolutionnaires secondés par les partis

Page 1