LIVRE TROISIÈME
pression des carbonari la guerre extrême d'honneur et de dignité nationale. Il apaisa ainsi les séditions des carbonari dans Naples, et tout le monde, princes, généraux, nobles, soldats, miliciens, partit de la capitale pour aller rejoindre Pepe ou Carascosa et combattre avec eux pour la patrie. Excepté de la part de Pepe et de quelques carbonari trop compromis, rien n'était sincère dans ces folles et héroïques démonstrations; mais jamais le peuple le plus spirituel de l'Italie méridionale ne joua avec plus d'unanimité et d'enthousiasme la comédie des Spartiates, pour se convaincre réciproquement d'un héroïsme que personne ne songeait sérieusement à déployer au jour de la désillusion générale. Pepe seul ne voulait qu'un jour glorieux pour lui, une victoire, la mort ou l'exil. Il méditait d'entraîner son pays malgré lui à une action d'éclat, peu soucieux ensuite de la situation du pays, du parlement et du trône.
Un journal napoHtain, organe des plus violents carbonari, en date du 14 février précédent, révéla que ce général, plus aventureux que capable, avait annoncé d'avance au duc de Calabre qu'il livre-
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rait bataille aux Autrichiens, en les attaquant luimême, malgré les décrets du parlement, et il alla jusqu'à désigner Rieti comme le champ de bataille oii il les vaincrait. En effet, le major général Cianculli, expédié par le général Pepe, arriva à Naples le 9 juillet au milieu de la nuit, et apporta les sinistres nouvelles de ce qu'il appelait la bataille et qui ne fut que la déroute d'Antrodocco. Au seul aspect des Autrichiens, les conscrits napolitains avaient hésité, fléchi, tourné le dos, pris la fuite, et, entraînant dans leur panique les vétérans, avaient disparu aux premières décharges lointaines et inoffensives du champ de bataille. Avant d'avoir combattu, toute l'armée avait cessé d'exister. Pepe lui-même, brave mais présomptueux, et puni de sa présomption par sa défaite, avait devancé l'armée dans sa fuite. Ni Aquila, ni Pepoli, ni Salmona ne purent l'arrêter. Il voulut, à l'exemple de Napoléon après Waterloo, arriver jusqu'à la capitale, y précéder le bruit de son désastre, et y demander, au nom des dangers de la patrie et de sa popularité patriotique, le commandement de l'armée de Carascosa pour couvrir Naples sur la route de Rome. Mais, pendant qu'il affichait au nom des carbonari ces prétentions insensées, la rumeur de sa défaite se répandait dans la ville et mettait ses jours en danger. Il fut obhgé de se cacher en sortant du palais et de chercher un asile sur un navire d'oii il se réfugia en Amérique, patrie adoptive des émules de La Fayette.