‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 74 sur 142 · LIVRE QUATRIÈME 24I · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME 24I

T'a laissé deux présents : ton soleil, ta beauté ; Et, noble dans son deuil, sous tes pleurs rajeunie, Comme un fruit du climat enfante le génie. Ton nom résonne encore à l'homme qui l'entend. Comme un glaive tombé des mains du combattant : A ce bruit impuissant, la terre tremble encore, Et tout cœur généreux te regrette et t'adore.

« Et toi qui m'as vu naître, Albion, cher pays Qui ne recueilleras que les os de ton fils, Adieu ! Tu m'as proscrit de ton libre rivage ; Mais dans mon cœur brisé j'emporte ton image, Et, fier du noble sang qui parle encore en moi. De tes propres vertus t'honorant malgré toi. Comme ce fils de Sparte allant à la victoire. Je consacre à ton nom ou ma mort ou ma gloire. Adieu donc ! Je t'oublie, et tu peux m'oublier : Tu ne me reverras que sur mon bouclier !

Voilà ce qui parut tout à coup en Italie et à Florence, où l'auteur imprudent de ces vers venait d'arriver lui-même et où il était accueilli avec distinction, faveur, enthousiasme, par les lettres, la ville et la cour. La situation devenait évidemment fausse. Il fallait en donner la clef, ou il fallait me retirer. Un peuple ne pouvait accepter un tel hôte; un tel hôte ne pouvait braver un tel peuple.

Or, il y avait alors à Florence une nuée d'exilés, napolitains ou piémontais, chassés de Naples

OU de Turin depuis l'avortement des révolutions de Naples et de Piémont en 1S20, écrivains, orateurs, généraux malheureux, chers à bon droit aux patriotes toscans, hommes à qui le libéralisme indulgent et sans danger du grand-duc de Toscane offrait un asile encore italien dans les revers de leur patrie. Us crurent flatter tout ce qui portait le nom italien, peuple, cour, hommes de lettres, libéraux ou contre-révolutionnaires, en prenant fait et cause pour la nation tout entière contre un diplomate étranger qui outrageait non l'opinion, mais la race. Us affectèrent de voir dans ma mission une intention de Louis XVI II d'offenser l'Italie. Cela était spécieux. Les partis devaient se confondre dans une réprobation unanime de mion nom et de mes vers.

Parmi ces réfugiés éminents, il y en avait un, plus distingué par son patriotisme, par son éloquence et par son talent d'écrivain, que tous les autres : c'était le colonel Pepe, militaire d'un grand counige sur les champs de bataille et orateur d'une grande voix dans le parlement de Naples, en 1820; député de Calabre, commandant un corps d'armée sous Carascosa, au moment de la déroute de son homonyme, le général Guillaume Pepe. Il s'était signalé par un discours à la fois sévère et menaçant dans la séance oii le roi avait demandé au parlement l'autorisation de se rendre au congrès de Laybach, pour y plaider, de bonne ou de mauvaise

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