‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 82 sur 142 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

C'était au printemps. J'avais loué pour M. de Vitrolles, quelques jours avant son arrivée, une belle villa à quelques lieues de Florence, sur la route de Castelli. Je l'y installai, ainsi que sa famille, et j'y passai quelques jours seul au sein de cette respectable et très aimable réunion.

L'esprit, peu solide, mais plein d'agrément, de M. de Vitrolles ne laissait pas tarir la conversation. M""^ de Vitrolles était absorbée, comme son mari, par sa sollicitude perpétuelle pour une personne accomplie, M^^^ de Vitrolles, disputant ou plutôt résignant ses derniers jours à une maladie mortelle de poitrine qui ajoutait un tendre intérêt de langueur à ses agréments près de s'éteindre. Rien n'était plus touchant que l'affection réciproque de ce père et de cette fille, dont chaque promenade ensemble, chaque entretien à l'ombre des orangers du jardm, chaque regard paraissait un dernier adieu. M'^*-' de Vitrolles, périssant à la Heur de l'âge, ressemblait déjà à un beau fantôme. Elle ne tenait plus à la terre que par le cœur. Son admiration passionnée pour M. de Lamennais, alors dans toute l'unité de sa vie et dans tout l'éclat de son talent, était sinon

la première, du moins la seconde préoccupation de cette mélancolique pensée en quittant ce monde. Ceci m'a expliqué plus tard les rapports intimes et la constante amitié de M. de VitroUes pour xM. de Lamennais, ainsi que la constante déférence de M. de Lamennais pour xVl. de VitroUes. Comment deux hommes si différents de carrière, d'ambition, de pensées, seraient-ils restés unis jusqu'à la mort, si quelque chère mémoire, sacrée pour l'un comme pour l'autre, ne les avait reliés par un souvenir toujours vivant d'un passé cher à tous les deux? L'inconstance et la versatilité étaient le caractère de M. de Lamennais, toujours prêt à maudire ce qu'il avait adoré, à adorer ce qu'il avait maudit; il ne démentit cette versatiUté que pour M. de VitroUes. J'en ai conclu que la mémoire angélique de M^^^ de VitroUes fut le nœud secret de cette inexplicable amitié.

Cette jeune et intéressante personne mourut peu de temps après son arrivée à Florence.

Je présentai M. de VitroUes à la cour. Il y fut froidement accueilli. Je fus témoin des premiers entretiens, dans lesquels il chercha à plaire au

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