A first scientific French reader
La neige est de la vapeur d'eau1 congelée dans les hautes régions de l'atmosphère, dont la température est à o° ou même au-dessous. Le volume de la neige est ordinairement six fois celui d'une masse d'eau du même poids ; quelquefois même elle devient dix, douze, quatorze et 5 vingt fois plus légère que l'eau : aussi la neige tombe-telle2 lentement, ralentie dans sa chute par la résistance de l'air.
La neige peut retourner à l'état d'eau liquide et de vapeur en passant dans les régions inférieures de l'air, plus 10 chaudes que celles où elle s'est formée.3 La quantité et la fréquence de la neige augmentent à mesure qu'on se rapproche des pôles ou qu'on s'élève à une plus grande hauteur. Souvent il tombera de la neige4 sur une montagne et de la pluie sur les plaines environnantes. En s'éle- 15 vant à une hauteur suffisante, dans un pays quelconque,5 on atteint une région où les neiges couvrent perpétuellement le sol. Ces neiges, fondues par-dessous, donnent naissance à de nombreuses sources, tandis que leur surface est ou transformée en vapeurs, ou accrue d'une 20 couche nouvelle, suivant que le temps est plus chaud ou plus froid. On trouve des neiges perpétuelles0 à 2670
mètres de hauteur dans les Alpes, à 4800 mètres dans les Andes, sous 1 equateur, et à 1060 mètres seulement dans les régions de la Norvège qui approchent le plus du pôle. La chaleur que la terre communique aux neiges qui la 5 couvrent, et que celles-ci envoient ensuite vers les cieux, est moindre que celle qu'enverrait la terre nue;1 il faut
' donc, en hiver, laisser à la terre le manteau de neige qui l'abrite, pour l'empêcher de se trop refroidir ; mais quand vient le printemps, il faut, pour profiter des rayons du
10 soleil, faire fondre la neige. Le noir, qui absorbe la chaleur plus qu'aucune autre couleur, jouit de cette propriété ; et voilà pourquoi les montagnards de la vallée de Chamonix,2 au pied du mont Blanc,3 sont dans l'usage de répandre des terres noires sur la neige, pour en accélérer
15 la fonte et avancer le temps du labourage.