‹ A French prose readerChapitre 1 sur 108 · Fol/aire · texte numérisé non relu

Fol/aire

Le père d'Arouet (nom de famille de Voltaire), qui était notaire, destinait son fils à la magistrature, et le croyait perdu depuis qu'il savait que le jeune homme faisait des vers. Cependant il lui permit de tenter la diplomatie et d'accompagner à La Haye le marquis de Châteauneuf, ambassadeur de France, en Hollande. Cet essai fut malheureux et de courte durée. Le jeune Arouet, de retour à Paris, se résigna à entrer chez un procureur, mais il ne s'occupa qu'à faire des vers badins et satiriques, qui le firent connaître dans le monde. Cette gloire précoce eut l'inconvénient de le faire soupçonner, injustement cette fois, d'être l'auteur d'une satire sanglante contre le gouvernement et de le faire envoyer à la Bastille. Son innocence reconnue, il en sortit et reçut, en guise d'indemnité, une gratification du régent, le duc d'Orléans. Le jeune poète gagna les bonnes grâces du prince par un mot spirituel. "Monseigneur," lui dit-il, '-je remercie Votre Altesse Royale de vouloir bien continuer à se charger de ma nourriture, mais je la prie de ne plus se charger de mon logement."

Le jeune poète avait répondu par des paroles piquantes au mépris que lui avait témoigné un seigneur de la cour, le chevalier de Rouan. Ce gentilhomme résolut de se venger, sans compromettre sa sûreté personnelle. Il eut la lâcheté d'attirer Voltaire dans un guet-apens et de le faire maltraiter par ses domestiques. Le grand seigneur qui commit cette indignité était trop haut placé pour pouvoir être atteint par les lois, et lorsque le poète lui demanda raison et le provoqua en duel, il fut mis à la Bastille. Relâché après six mois de détention, il reçut l'ordre de quitter Paris. Il se retira à Londres. — Con-

DOKCET.

10 FUKXCII PROSE READER.

2*— Vie privée de Luther.

Luther devait à ses opinions une démarche qui en était la conséquence et la suite. Il avait ouvert la porte des cloîtres ; il en sortait une foule d'hommes et de femmes dont il ne savait que faire : il se maria donc, tant pour leur donner un bon exemple, que pour se débarrasser de ses tentations.

Des vœux saints furent doublement violés : Luther épousa une religieuse. Tout cela est peut-être bien selon la nature ; niais il y a une nature plus élevée : il est difficile, quelles que soient d'ailleurs les vertus de deux époux, qu'ils inspirent la confiance et le respect, en faisant le serment de l'union conjugale au même autel où ils prononcèrent les vœux de chasteté et de solitude.

La religieuse que Luther épousa se nommait Catherine de Bora : il l'aima, vécut bien avec elle, et travailla de ses propres mains pour la nourrir : celui qui fit des princes et dépouilla le clergé de ses richesses, resta pauvre ; il s'honora par son indigence, comme nos premiers révolutionnaires. On lit ces paroles touchantes dans son testament : "Je certifie que nous n'avons ni argent comptant, ni trésor d'aucune espèce. En cela rien d'étonnant, si l'on veut considérer que nous n'avons eu d'autre revenu que mon salaire et quelques présents." On suit avec intérêt Luther dans sa vie privée et dans ses opinions particulières. Ce qu'il dit de l'imprimerie est curieux. '• L'imprimerie est le dernier et le suprême don, par lequel Dieu avance les choses de l'Evangile. C'est la dernière flamme qui luit avant l'extinction du monde. Grâce à Dieu, elle est venue à la fin."- De Chateaubriand.

FRENGH PROSE READER. 11

Page 1