‹ A French prose readerChapitre 26 sur 108 · Jean de Leyde · texte numérisé non relu

Jean de Leyde

Jean Bockold avait subi les tristes conséquences du désordre auquel il devait la naissance. Sa mère, jeune paysanne des environs de Munster, réduite à la dernière misère, mourut au pied d'un arbre en regagnant son village.

Le jeune homme avait reçu, pendant la vie de sa mère, cette éducation littéraire, luxe de l'intelligence, qui, pour ceux à qui manquent les dons de la fortune, n'est souvent qu'une misère de plus. Bockold, abandonné de son père, se vit réduit, pour vivre, à apprendre le métier de tailleur. rendant les premières années de sa jeunesse, il voyagea suivant l'habitude des compagnons de sa profession. Comme il n'osait porter le nom de son père, à cause de l'illégitimité de sa naissance, il prit celui de la ville où il avait été élevé. On l'appela Jean de Leyde. Au retour de ses voyages, il épousa la veuve d'un pilote, et devint hôtelier dans la ville de Leyde. Doué d'une imagination vive (pie la culture avait développée, il s'adonna h, la poésie, et composa en langue flamande des vers qui firent sensation.

Jean de Leyde était alors dans tout l'éclat de la jeunesse ; il n'avait (pie vingt-trois ans. Aux dons de l'intelligence il réunissait un extérieur remarquable. Sa taille était élevée, son visage noble, sa chevelure blonde et abondante. Il possédait ainsi tous les avantages cpii concilient à un chef de parti la bienveillance de la foule. Mais il était dévoré d'une soif ardente de jouissances, et manquait de cette moralité, de cette modération et de ce bon sens, sans lesquels les plus brillantes qualités sont funestes à la société et à celui qui les possède. Tel fut Jean de Leyde. Type malheureusement trop commun de ces hommes doués de quelques talents, chez lesquels une instruction mal dirigée a développé des goûts supérieurs à leur état, et qui n'ont ni assez d'énergie pour s'élever dans l'ordre social par des efforts persévérants, ni l'âme assez haute pour se résigner à la médiocrité de leur situation. — Alfred Sudre.

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