Traits de première Jeunesse
Les deux traits fondamentaux qui caractérisent la première jeunesse, pour laquelle l'avenir est sans limites, le passé court et presque nul, sont l'inexpérience de la vie et l'impatience de vivre. Temps heureux qui ne s'entretient que d'espérance et de rêves, mais où le rêve est d'une illumination si intense, où l'espérance a quelque chose en soi de si plein et de si vivant que, ne fût-elle jamais suivie d'aucune réalité, c'est assez pour embellir encore des âges plus tristes du souvenir de cela seulement qu'on a espéré ! Le jeune homme n'a rien et il a assez. Il a l'âme grande ; il a la force dans la haine, la pureté dans l'amour, la générosité dans la colère. II peut haïr sans mesure, parce qu'l n'y a pas de calcul méchant dans ses haines. Il aime sans retour et il se dévoue sans réserve, parce qu'il ne sait pas encore que les trahisons nous viennent souvent de ce que nous avons le mieux servi, le salut et le bienfait de ce que nous avons offensé, parce que rien ne lui a appris qu'il détestera demain ce qu'il aime aujourd'hui, qu'il aimera ce qu'il déteste, ou, ce qui est bien plus triste, qu'il deviendra indifférent à l'un comme à l'autre. Il croit à la vie et aux hommes ; il leur prodigue sans compter tout ce qu'il attend d'eux et que ni les hommes ni la vie ne lui rendront. 11 croit en lui ; tandis que dans l'âge mûr il sera petitement mesuré à la tâche qu'il aura accomplie, il se mesuré luimême, n'ayant encore rien fait, à tout ce qu'il fera un jour, et ce qu'il fera lui semble infini. La vertu, le vice, la
religion, la patrie, le bonheur, le malheur, la défaite, la victoire, sont à peu près les seules idées dont il ait la pleine possession et cpii puissent se résoudre chez lui en sensations ; mais le peu qu'il connaît et qu'il sent, avec quelle fraîcheur, trop vite passée, il le connaît ! avec quelle candeur il le sent ! avec quelle noblesse, qui sera ternie demain ! Tel est le jeune homme. On le prend exactement tel qu'il est, et c'est de tout ce qu'il est qu'on fait un stimulant pour son esprit quand on l'appelle à composer des discours. Comme les maximes générales et les sentiments élémentaires qui lui sont accessibles paraîtraient bientôt monotones, h cause de leur simplicité même, s'il se bornait à les exprimer en la forme subjective qui résulte de la perception personnelle et directe, comme ces sentiments et ces maximes ne se peuvent diversifier qu'en s'incarnant en des créations objectives et en des circonstances déterminées, on choisit un personnage qui appartient au domaine de l'histoire et de la poésie ; on définit la situation particulière où on le place, et on le livre au jeune homme. Celui-ci compose ses discours sous le nom de ces tiers glorieux ; c'est eux qu'il évoque pour interprètes ; c'est par leur bouche qu'il fait passer les premières passions qui vibrent dans son âme et tout le travail d'idées qui commence à couver dans son cerveau. — -J. J. Weiss.
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81. — Les anciens Militaires et l'Administration des Chemins de Fer.
Le service des gares et des trains exige en effet la plupart des qualités que l'on doit obtenir plus facilement des hommes qui ont passé par le régiment : l'ordre, la discipline, la propreté et l'exactitude. Cette dernière qualité est particulièrement indispensable. On disait autrefois l'heure militaire, il faut dire aujourd'hui l'heure du chemin de fer, pour exprimer le plus haut degré d'exactitude. Les anciens sous-officiers et soldats sont donc les bienvenus auprès des compagnies, non point ceux qui ont vieilli au drapeau et qui ne pourraient plus se plier à de nouvelles habitudes, mais ceux qui ont fait un ou deux congés et qui sont encore dans l'âge où l'on oublie et où l'on apprend. L'ancien militaire, appliqué à un service civil, et destiné à se trouver en relations constantes avec le public, a besoin d'oublier la forme quelque peu sommaire du commandement sous les armes et d'acquérir, à l'endroit de cet être ondoyant, divers et peu patient qui s'appelle le voyageur, une modération à toute épreuve. D'après la nouvelle organisation de l'armée, le nombre des jeunes gens sortant chaque année des régiments deviendra très considérable. On se préoccupe déjà de chercher pour eux des carrières civiles appropriées à leurs habitudes. Cette question intéresse directement le succès d'une réforme qui n'est rien de moins qu'une révolution sociale, en ce qu'elle peut déplacer et mettre en mouvement toute la nation, changer brusquement les mœurs, les pen-
chants et les carrières. Combien de soldats, après avoir achevé leur temps, ne veulent plus retourner au village ! Eloignés de leur foyer qui peut-être s'est éteint en leur absence, accoutumés au mouvement des villes, ayant désappris le travail de la terre, ils sont complètement dépaysés, et ils vont solliciter leur admission dans les services publics ou dans le personnel des grandes compagnies. "L'art de mettre les hommes à leur place, a dit Talleyrand, est le premier peut-être dans la science du gouvernement." Cet axiome est à l'usage des hommes d'état, qui bien souvent l'oublient ; on peut dire de même que l'art de procurer aux citoyens les places qui leur conviennent est très essentiel pour le bon ordre de la société. La liberté ne suffit pas toujours pour cette sorte d'aménagement humain. Elle est commode, mais parfois dangereuse, lorsqu'elle laisse se multiplier au milieu d'une nation la classe des déclassés. Il convient donc de songer aujourd'hui plus que jamais à l'avenir de cette nombreuse portion d'anciens militaires qui dans quelques années encombrera nos grands centres de population. — C. Lavollée.
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