LE ROI SI
4000 chevaux, et Ton assure que sa seule maison ou personne "a coûté cette année 68 millions", près du quart du revenu public. Quoi d'étonnant, lorsqu'on considère le souverain à la manière
5 du temps, c'est-à-dire comme un châtelain qui jouit de son bien héréditaire? Il bâtit, il reçoit, il donne des fêtes, il chasse, il dépense selon sa condition. De plus, étant maître de son argent, il donne à qui lui plaît, et tous ses choix sont des
10 grâces. Necker, entrant aux affaires, trouve 28 millions de pensions sur le Trésor royal, et sitôt qu'il tombe, c'est une débâcle d'argent déversé par millions sur les gens de cour. Mais c'est sous Calonne que la prodigalité devient folle. On a
J5fait honte au roi de sa parcimonie; pourquoi serait -il ménager de sa bourse? Lancé hors de sa voie;, il donne, il achète, il bâtit, il échange, il vient en aide aux gens de son monde, le tout en grand seigneur, c'est-à-dire en jetant l'argent
20 à pleines mains.
Hippolyte Taine, L'ancien régime.
(Les origines de la France contemporaine , Paris, Hachette.)