Scène d'omnibus
La scène se passe dans un omnibus à Paris.
15 Deux vieilles dames sont assises l'une à côté de
l'autre. L'une veut que la portière soit ouverte et
l'autre la veut fermée et elles se disputent à haute
voix.
On appelle le conducteur pour décider la question. 20 — Monsieur, dit l'une, si vous fermez cette portière je suis certaine de mounr d'un coup d'apoplexie.
— Mais, monsieur, dit l'autre, si cette portière reste ouverte j'attraperai un rhume qui m'empor- 25 tera.
Le pauvre conducteur ne sait que faire.
Enfin un vieux monsieur se lève et lui dit:
— Fermez donc la portière, mon ami. Cela fera mourir l'une; puis vous l'ouvrirez, ce qui nous débarrassera de l'autre et nous aurons la paix.
L'opération mutile
Un jeune soldat qui avait reçu une balle dans la 5 jambe fut transporté à l'hôpital et deux médecins furent appelés. Pendant trois heures ils fouillèrent et sondèrent la blessure. Enfin le soldat, qui souffrait beaucoup, leur demanda ce qu'ils cherchaient.
— Nous cherchons la balle qui vous a blessé. lo
— Ah! c'est trop fort! s'écria le blessé, pourquoi ne m'avez-vous pas dit cela plus tôt? Elle est dans ma poche.
Savez-vous l'espagnol?
Louis quatorze dit un jour à un seigneur de sa cour dont il connaissait l'ambition démesurée. 15
— Savez-vous l'espagnol?
— Non, Sire.
— C'est dommage.
Le seigneur croit qu'en apprenant vite cette langue il arrivera à être ambassadeur. Il y donne 20 tous ses soins et l'apprend en peu de temps. Alors il se présente de nouveau devant le monarque et dit :
— Sire, j'ai appris l'espagnol.
— Savez-vous cette langue au point de la parler avec les Espagnols mêmes? 25
— Oui, Sire.
— Je vous en félicite; vous pourrez lire Don Quichotte dans l'original.
L'Irlandais et sa vache
Un paysan irlandais possédait une petite maison et une vache. Sur sa maison il y avait un toit plat 5 couvert de gazon. Sa vache avait mangé l'herbe de tous les fossés qui étaient près de la maison. L'Irlandais se dit: «Ma vache meurt de faim; pourquoi ne la mettrais-je pas sur mon toit?» Il le fait. L'y voilà. Mais si la lourde bête tombe du toit, lo elle se cassera la jambe. Que faire?
Notre homme, qui était ingénieux, lui attache
une longue corde au cou, en jette un bout dans la
cheminée et descend rapidement. Aussitôt dans la
maison, il tourne la corde autour de sa taille et se
15 dit: «Maintenant je suis tranquille.»
Cinq minutes plus tard sa bête était à terre et il avait disparu.
Complet
Les omnibus de Paris admettent un nombre fixe
de voyageurs. Quand toutes les places sont occu-
20 pées le conducteur l'indique au moyen d'un écriteau
portant le mot Complet. Il est alors inutile de
courir après la voiture; on n'est pas admis.
Un voyageur américain qui ignorait cette particularité dit un jour à un de ses amis, au commenceas ment de son séjour à Paris:
— Que signifie ce mot Complet que je vois souvent sur les omnibus?
— Comment! dit l'autre, vous ne l'avez pas encore visité?
— Visité quoi? S
— Mais, Complet! C'est un endroit charmant; il faut voir cela, mon ami.
Alors le voyageur court après chaque omnibus qui porte cet écriteau, mais le conducteur refuse toujours de l'admettre; et il a le chagrin de quitter lo Paris sans avoù- vu Complet.
Les lunettes Un paj^san ayant remarqué que beaucoup de personnes portent des lunettes en lisant, entra dans la boutique d'un opticien afin d'en acheter une paire. L'opticien lui présenta un livre et plusieurs 15 paires de lunettes que le paysan essaya l'une après l'autre. Enfin il déclara qu'elles ne valaient rien. Alors l'opticien jeta les yeux sur le livre et s'aperçut que le paysan le tenait à l'envers.
— Mon ami, lui dit-il, les lunettes sont bonnes, 20 mais savez-vous lire?
— Si je savais lire, répliqua l'autre, je n'aurais pas besoin de lunettes.
Le ministre chasseur
Un ministre protestant, homme très grave et très paresseux, se détermina pourtant à suivre à la 25 chasse quelques personnes de sa connaissance. Il
avait avec lui un garçon pour porter et charger son fusil. On lui assigna son poste; il s'y plaça, s'assit, mit ses lunettes, tira un livre de sa poche et commença à lire, après avoir recommandé au garçon de S l'avertir lorsqu'il verrait du gibier. Chaque fois que le petit drôle apercevait une bête il disait: «Monsieur, en voilà une.» Mais avant que celui-ci eût déposé son livre, ôté ses lunettes, pris son fusil, ce qu'il faisait toujours très lentement, la bête dislo paraissait et le garçon désolé lui disait: «Hélas, monsieur, elle est partie. — ]Mon ami, répondait gravement le pasteur, j'en aurais fait autant à sa place.»
Le boucher et l'avocat
Le chien d'un avocat saisit un morceau de bœuf
is pendu devant la boutique d'un boucher et s'enfuit
avec. Le boucher savait à qui le chien appartenait
et il alla immédiatement chez le maître de l'animal
et lui dit:
— Monsieur l'avocat, si un chien vole un morceau 20 de bœuf dans ma boutique, puis-je réclamer au
maître de l'animal le prix de la viande?
— Mais certainement, répondit l'homme de loi.
— Eh bien, monsieur, c'est votre chien qui a commis le vol en question. Le morceau de viande
25 pesait trois kilos; vous me devez six francs.
L'avocat paya ce que le boucher lui demandait et ce dernier, très content, retourna chez lui. Le lendemain il reçut la note suivante:
«Doit M. s., boucher, à M. N., avocat, la somme de dix francs pour une consultation.»
La pomme de La Fontaine
La Fontaine avait l'habitude de manger tous les matins une pomme cuite. Un jour il en avait mis une sur sa cheminée pour la laisser refroidir et, S pendant ce temps, il était allé chercher un Hvre dans sa bibliothèque. Un de ses amis entre dans la chambre, voit la pomme et la mange. La Fontaine, en rentrant, ne voyant plus sa pomme, devine ce qui est arrivé. Il s'écrie avec émotion: lo
— Ah ! mon Dieu ! qui a mangé la pomme que j'avais mise sur la cheminée?
— Ce n'est pas moi, répond l'autre.
— Tant mieux, mon ami.
— Et pourquoi cela? 15
— Pourquoi cela? parce que j'avais mis de l'arsenic dedans pour empoisonner les rats.
— Ah, mon Dieu! de l'arsenic! dit l'autre, je suis empoisonné! vite, un médecin!
— Tranquillisez-vous, mon ami, dit La Fontaine, 20 en riant, je plaisantais pour savoir qui avait mangé ma pomme.
Combien d'ânes?
Un paysan, qui n'était pas très fin, revenait de la foire avec six ânes qu'il avait achetés. Après avoir marché quelque temps, il se sentit fatigué et monta 25 sur l'un des ânes; mais, regardant autour de lui,
quelle ne fut pas sa surprise quand il s'aperçut qu'une de ses bêtes avait disparu.
Trop inquiet pour réfléchir il se met à la recherche de l'animal qui est sous lui. Pendant trois s heures il cherche en vain. Enfin désespéré il se décide à retourner à la maison.
De loin, sa femme l'aperçoit; elle accourt et lui
demande la cause de son retard. Le paj^san est si
ému qu'il ne songe pas à descendre de sa monture.
lo II montre à sa femme les cinq ânes qu'il amène et
s'écrie:
— Le sixième est perdu !
La femme compte les ânes, regarde son mari, et lui dit en haussant les épaules:
15 — Console-toi, mon pauvre homme: tu ne vois que cinq ânes et moi j'en trouve sept.
Le talisman
L^n marchand de Bagdad, voyant sa femme très malade, alla chercher un médecin. Il rencontra en chemin un derviche qui offrit de lui vendre un talis-
20 man au moyen duquel il pourrait voir les choses invisibles. Un objet si précieux tenta le marchand. Il paya la somme demandée, et portant avec lui le talisman, il arriva à la porte du médecin. Sur le seuil il aperçut une foule d'âmes irritées. Il en ques-
25 tionna une et apprit que c'étaient les âmes des malades que ce médecin avait tués.
— Voilà un talisman que je n'ai pas payé trop
cher, pensa le marchand; ma pauvre femme aurait couru un grand danger entre les mains de ce charlatan.
Il courut alors chez le plus illustre docteur de la ville, mais il trouva sa maison entourée d'une mul- s titude d'âmes dont les clameurs s'élevaient jusqu'au ciel. En vain il continua ses recherches: à la porte de tous les médecins le même spectacle s'offrait à ses yeux.
Enfin, dans un quartier pauvre, on lui donna lo l'adresse d'un jeune docteur à la porte duquel il ne trouva que deux âmes. Il entra et expliqua l'objet de sa visite.
— Je vous suis, dit le médecin, mais comment avez-vous découvert mon adresse? 15
— Votre habileté est bien connue, répondit le marchand.
— Vous me flattez, dit le jeune docteur, je me suis établi la semaine dernière seulement et je n'ai traité que deux malades. 20
La Cigale et la Fourmi
La cigale ayant chanté
Tout l'été, Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue:
Pas un seul petit morceau 25
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine, La priant de lui prêter Quelque grain pour subsister Jusqu'à la saison nouvelle:
S — Je vous paîrai, lui dit-elle,
Avant l'août, foi d'animal, Intérêt et principal.
La fourmi n'est pas prêteuse; C'est là son moindre défaut:
^° — Que faisiez-vous au temps chaud?
Dit-elle à cette emprunteuse.
— Nuit et jour à tout venant Je chantais, ne vous déplaise.
— Vous chantiez ! j 'en suis fort aise. 15 Hé bien! dansez maintenant.
Le Corbeau et le Renard
Maître corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître renard, par l'odeur alléché.
Lui tint à peu près ce langage:
20 — Hé bonjour, monsieur du corbeau!
Que vous êtes joli! que vous me semblez beau!
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plmnage, Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. 25 A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie;
Et, pour montrer sa belle voix, Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le renard s'en saisit, et dit: «Mon bon monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute; Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.»
Le corbeau, honteux et confus, Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
Les Trois Souhaits From the beginning to page 4, Une 17