CHEVAL DEMI-SANG
Dessin de Lançon, d’après le bronze de Barye.
C’est, encore, ce Loup tenant un cerf à ta gorge , qui a l’intérêt d'un troisième acte de mélodrame, qui serait écrit dans la langue de Corneille. Le féroce chien sauvage s’est lancé d’un bond sous le cerf; deux galops qui se sont choqués en sens inverse ; et il s’est accroché de toute la longueur tenace de ses canines. Le cerf est fixé au sol, et telle est l’intelli-
FRANCE
SCULPTEURS
ANTOINE-LOUIS BARVE.
LES ARTISTES CELEBRES
gence du mouvement que l’on sent, en même temps que l’impossibilité de faire un pas, l’effort désespéré pour continuer de courir.
De même dans YElan surpris par un lynx , le menu agresseur, ayant, à l’inverse du précédent, sauté sur le dos de la victime. Ou dans la lutte puissante du Taureau attaqué par un ours. Gcs deux grosses pièces auront quelque peine à être, l’une victorieuse, l’autre vaincue: le taureau est, même pour un ours, un morceau de résistance ; il ne s’avale point comme le lièvre par le jaguar.
Cependant voici encore un taureau; mais cette fois terriblement compromis. C’est le Taureau attaqué par un tigre , une des plus belles pièces de l’œuvre, et dont il existe d’anciennes épreuves admirables. Ce taureau, que Barye a également représenté sans son adversaire, sous le titre de Taureau cabré , est peut-être, au point de vue du mouvement, un des plus lancés. A fond de train, tout le poids du porps portant sur les deux pattes de derrière qui vont le jeter en avant comme deux ressorts. L’avant-train paraît avoir une furieuse direction oblique, dont il serait bon pourtant de sc défier, car il n’est pas de boulet qui ferait plus de ravages. Cette masse puissante du taureau se cabrant en avant et un peu de côté ne donne pas, chose curieuse, l’impression de la lourdeur, mais plutôt de mouvements légers dans une chose lourde.
Drame encore, ou plutôt monologue dramatique, le Sanglier blessé, un des derniers modèles de Barye. Cette fois l’adversaire a été l'homme, et ce n’est pas un croc, mais un épieu qui a fait la plaie, où il reste planté. L’animal peu beau, mais rudement dolent, exhale sa plainte rauque par l’hiatus de son groin.
Drame surtout l'Ocelot dévorant un héron , une pièce qui a notre avis n’a pas toute la célébrité qu’elle mérite, et que nous rangeons parmi les plus belles. La contraction considérable de tous les muscles du carnassier accroupi, contrastant avec la flaccidité de cet oiseau qui n’est plus qu'un paquet de plumes inanimé, excite peut-être plus d’émotion que ne ferait la lutte de puissants ennemis. La tête du héron surtout, une étonnante et navrante tête morte, avec des yeux éteints et un grand bec bête même dans la mort!... Une critique pourtant. Ceux qui ne connaissent point l’ocelot pourraient croire, à la vue du bronze, sans doute les proportions n’étant pas assez indiquées, qu’il s’agit d'un animal de plus forte taille. On peut d’autant mieux noter celle critique, qu’une insuffisance de ce genre est peut-être unique dans toute l’œuvre. Or, l’ocelot est une
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exquise et mignonne créature de petit tigre (allez le voir au Muséum), si veloutée, si caressante à l’œil, si mignonne, qu'on voudrait l’avoir sur ses