‹ A la grand'pinteChapitre 18 sur 103 · LES GRIVES · texte numérisé non relu

LES GRIVES

Les raisins sont mûrs, Les grives sont soûles ; Je les vois en foules Se heurter aux murs.

Il en reste quatre Dans mes chasselas, Je puis les abattre D'un coup d'échalas...

— Ce serait indigne D'en agir ainsi :

J'aime tant aussi, Comme elles, la vigne !

Joveux de les voir Choisir dans mes treilles Les grappes vermeilles, Le grain le plus noir, Elles me font rire.

Xargue des chasseurs !

Malgré moi, j'admire Ces oiseaux buveurs.

La récolte est bonne :

In peu moins de bien Ne me nuit en rien, Et je leur pardonne.

Quand vous revenez, Grives, en automne, La mouche bourdonne

Et pique mon nez...

Voilà qui m'outrage !

Vous, sur mes raisins Prenez davantage, Moins chez les voisins.

Mon clos est immense, Il vaut mille écus !

Quelques grains de plus Sont sans importance.

Prenez garde au plomb 0 grives si lasses, Si soûles, si grasses !

Le conseil est bon.

Gare à la cuisine, Aux bardes de lard ; Votre chair est fine. . .

Et, sans plus d'égard, Un gourmand (ô crime !) Arme son fusil, Fronce le sourcil, Tire, et vous décime ! . .

Ne redoutez rien, Moi, je rêve et passe, Gardez votre place , Mangez, buvez bien.

Je vous recommande Mes raisins muscats ; Toute votre bande En fait un grand cas.

Mais, oiseaux ivrognes, Si vous persistez,

Aux prochains étés Vous aurez des trognes !

va*

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