‹ A la grand'pinteChapitre 36 sur 103 · RENTRÉE DE L'ARMEE D'ITALIE · texte numérisé non relu

RENTRÉE DE L'ARMEE D'ITALIE

Je n'aime pas la gloire, La gloire des combats; Et défaite ou victoire, Je plains tous les soldats.

J'entrai, ce jour de fête, Au cabaret d'un coin ; Pour me monter la tête Avant d'aller plus loin.

D'abord je bus un verre, Un verre de bon vin, En déplorant la guerre...

Mais un ami survint.

Il était bon apôtre, Et moi, bon compagnon; Trinquant l'un avec l'autre Et nul ne disant : Non.

L'on servit deux bouteilles D'un petit boute-feu Qui rougit mes oreilles Et m'étourdit un peu...

Puis, mon ami, sans doute Tout aussi gris que moi, Reprit gaîment sa route, Me disant : Tout à toi.

La cbaleur était forte Et, pour cette raison, Je restais à la porte, Sur un banc de gazon.

Lors je voyais les choses Comme j'aime à les voir; Je vis, couleur des roses, Ce qui me semble noir.

— Tel un torrent qui roule En envahissant tout, D'abord l'immense foule Monta, monta partout; Sur les tilleuls, les hêtres, Les échelles, les bancs, Sur les murs, aux fenêtres :

Pressés comme harengs !

Et les balcons et les façades Etaient pavoises d'étendards ;

Comme aussi toutes les estrades En coteaux sur les boulevards.

Tel un serpent, la grande armée Allait nous montrer ses tronçons; Tant cette gloire bien aimée Sait faire payer ses rançons !

Au loin s'entendaient les fanfares.

L'armée avançait. — Les tambours Aux roulements bruyants, barbares, Firent vibrer les alentours.

— Du piédestal qui l'emprisonne, Le capitaine en bronze noir Put distinguer chaque colonne, Depuis le matin jusqu'au soir.

— Le deuil marchait en tête. . .

Et les rangs des blessés Rappelaient, dans la fête, Tant d'autres rangs laissés !

Les lignes épargnées De nos vaillants soldats, Suivaient, accompagnées De triomphants Vivats !

Car de chaque contrée Les populations Mêlaient à leur rentrée Leurs acclamations.

Et sur les édifices, Sur les toits des maisons Des foules spectatrices Masquaient les horizons.

Dans ces confus mirages D'hommes et de chevaux, De canons, d'attelages, D'échelles, d'échafauds ; Par la vivante houle Contre mon mur, heurté, Etouffé par la foule Et portant et porté ;

Je vis des bayonncttes Se mouvant comme blés, Puis le sommet des têtes 5 Et des drapeaux criblés!...

— Devant la foule immense, Tous ces hommes brunis Défilaient en silence,

Vêtus d'habits jaunis...

Et nos dames de France, Ces suprêmes pouvoirs, Pour la gloire en garance Agitaient leurs mouchoirs.

— Il en était plus d'une Qui chez elle pleurait ! . . .

— Raisonner m'importune, Rentrons au cabaret...

2ëât

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