‹ A la grand'pinteChapitre 39 sur 103 · PROMENADE EN AUTOMNE · texte numérisé non relu

PROMENADE EN AUTOMNE

Voici les noirs corbeaux qui passent sur mon toit.

Le ciel est gris, brumeux; il a plu, Pair est froid.

La plaine est dénudée, humide, abandonnée.

C'est l'automne et sa fin de brouillards couronnée.

La vigne est rouge encor, mais les fruits n'y sont plus.

La nature est en deuil de ses beaux jours perdus;

Je suis en deuil comme elle. — En ce temps de Tannée

J'éprouve un besoin d'air, de sortir et de voir ;

Et quittant ma demeure alors que vient le soir,

Je cherche aux alentours un pays, dont les vignes

Cernent les horizons de leurs immenses lignes :

Pour entendre aux pressoirs chanter les vignerons.

La vendange est rentrée et chacun des toits fume ;

Les marteaux cadencés font retentir l'enclume ;

Dans leur antre de feu frappent les forgerons.

En ce lieu tout s'agite, on rit, on chante, on aime;

Tout est activité, gaité poignante même,

Pour moi qui passe errant ainsi, lugubrement;

Chacun a ses chagrins. — Qu'importe ! — En ce moment

Le bourg est imprégné des senteurs de la paille,

D'une odeur de pain cuit, de marc ou de futaille.

Les gens sont au logis, mais les petits enfants

De leurs groupes nombreux encombrent la grand'place ;

Et leurs joyeuses voix font retentir l'espace

De querelles pour rire et de cris triomphants.

On voit flamber les feux, on cause sur les portes ;

C'est l'heure du souper, des bruits de toutes sortes ;

C'est le chien de la ferme, aboyant dsns son coin;

C'est un essieu qui grince; un charretier, de loin

Qui fait claquer son fouet, debout sur sa charrette.

Il va manger sa soupe et boire sa piquette !

— En songeant à ces bruits, ces rumeurs ou ces chants, Je laisse là le bourg et traverse les champs.

— Les arbres effarés se tordent, sous l'étreinte

Du grand vent qui les heurte en sifflant sa complainte;

Et les hauts peupliers rangés, aux alentours

S'épanchent l'un vers l'autre en frémissements sourds.

Tout se rêvet de brume et de teintes plombées;

Les pas sont frissonnants sous les feuilles tombées;

Tout devient grave, morne, et cependant c'est beau !

On sent venir le froid, mais c'est un froid nouveau...

On pense à ce bon feu, cet ami de toute heure,

Qui rend gaie en hiver la plus triste demeure;

Et le cœur, ce foyer, ravive son tison ;

Et l'on rentre en soi-même ainsi qu'en sa maison.

— Automne, quand tu viens j'aime mieux la nature. En suivant mon chemin toujours à l'aventure, Dans ce recueillement qu'on ne peut définir, Je cause avec mon rêve ou quelque souvenir... Car je suis comme toi sombre, mon sombre automne ; J'ai mon brouillard aussi, partout il m'environne... Et lorsque je traverse ou les bourgs ou les champs, Plein de mes amitiés ou mortes ou passées ; Le grand vent, qui bruit ainsi que mes pensées, Semble emporter au loin sur les coteaux penchants , Les regrets de mon cœur avec ses tristes chants.

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