‹ A la grand'pinteChapitre 65 sur 103 · A MADAME · texte numérisé non relu

A MADAME

Oui, vous avez raison, je suis triste, morose !

Je vois tout s'écrouler, ou pencher, ou finir. . .

Et d'instants eu instants, de moins en moins, je n'ose

Kspérer comme vous et croire en l'avenir.

Je m'arrête troublé, je regarde en arrière ; Tout est débris, tronçons, ruines. — Rien de plus. Quelles gloires pourtant dans ce grand cimetière ! Mais passons. — Les regrets sont toujours superflus.

Madame, c'est ainsi. — Votre douce parole, Echo toujours vibrant de votre noble cœur, Est un charmant concert où Pâme se console ! Ehl bien, comme un hibou tout renfrogné; rêveur

Je reste dans mon coin... Et songeur solitaire, Je m'éloigne de tous et de tout à la fois. Du découragement si je veux me distraire, J'ai l'air d'un condamné qui soulève sa croix !

Oh ! que je voudrais être indifférent quand même. Je fais de vains efforts... Et s'il me vient parfois Va sourire, aussitôt je retombe en moi-même, En pensant que le sort est cruel quelquefois.

— Moi, j'ai passé ma vie à courir après l'ombre... J'ai cru construire. — Hélas i je vois trop mon erreur. Ma base est écroulée ! — En ces temps de pénombre, J'ai bâti sur un sol trop mouvant, par malheur.

Tout oscille ! — Où va-t-on? — La croyance dissoute, Que deviendront les arts, fils du génie humain? Labyrinthe effrayant, dont nul ne sait la route, Dont chacun croit le fil conducteur dans sa main.

Le siècle me semblait splendide et grandiose ; Et, lézard du vieux mur, je dormais au soleil...

— Des cris m'ont réveillé [ — Je suis triste, morose; Je ne demandais rien, moi, qu'un plus long sommeil.

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