BALLADE
— Oh ! monsieur, prenez garde aux loups, Partir si tard ! Restez chez nous.
— Mes bras sont forts, la route est claire, De la neige on a la lueur.
J'embrasserai plus tôt ma mère.
Adieu, mes amis, j'ai du cœur.
— Restez chez nous, la table est mise, Le feu flambe dans le foyer.
Vous partirez dès l'aube grise.
Restez, monsieur le cavalier.
— Le cavalier se mit en selle.
Chacun eut beau le supplier; A la clarté d'une chandelle
Il but le coup de l'étrier.
— \ili —
— Un pied de neige est sur la glace.
A chacun il serre la main.
La route à travers les bois passe.
On lui hèla dans le lointain :
— Oh ! monsieur, prenez garde aux loups, Partir si tard! Restez chez nous...
Il fend l'air : son bruit sourd s'efface 5 Et lui se perd dans le brouillard. .
Chacun de nous droit à sa place, Augura mal de ce départ.
La nuit, sait-on ce qui se passe...
Qu'importe ! Il eut un sort fatal.
On n'a jamais retrouvé trace Du cavalier ni du cheval.
— Jeunes gens, prenez garde aux loups, Quand vous passerez par chez nous !