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CHAPITRE I L'opposition et le ministère

Notre Parlement local a clos ss es le 22 décembre dernier, après trente quatre jours d'un travail assez spasmodique et irrégulier. Néanmoins ia machine législative a fonetionné avec sa méthode accoutuimée, puisque, à part la liste budgétaire, elle a fourni le nombre assez coquet de près de cent quarante lois, dont la majeure partie est d'intérêt particulier.

De ce grand tota:, vingt-huit sont des changements aux lois d'incorporation de cités et villages; huit ont amendé Îles différents codes: plus de trente modifient les statuts qui régissent la province: sept se rapportent à la perception des taxes, généralement pour les augmenter, tandis que onze ont pour objet l'admission aux professions libérales de personnes qui n'ont pu où n'ont pas voulu se conformer à quelque partie des règlements.

Ces amendement. ux lois existantes deviennent chaque année si nombreux, qu: mauvais plaisant à proposé de changer le nom de ‘‘législatew donné bien à tort à la majorité qui contrôle notre assemblée depuis près de vingt ans en celui de “ravaudeurs de vieilles lois”, tant leur besogne annuelle a besoin de continuelles retouches. (Ces changements répétés créent une telle confusion qu'il faut y revenir bien des fois pour les rendre applicables.

Chose assez digne de remarque, les plus longues et quelquefois les non moins intéressantes discussions sont celles qui ont pour cause la présentation de projets de loi ou la soumlsion d'amendements que la Chambre a rejétés ou qu'elle n'a pas jugé à propos d’incorporer dans ses décisions. De ce nombre sont le projet Cannon pour autoriser les femmes à exercer la profession d'avocat; celui qui concerne la compagnie des abattoirs, glissé à la dernière heure, dans la demande d'emprunt

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es améliorations proposées.

Somme toute, on ne peut guère féliciter le gouvernement du grand succès de la dernière session. Le cabinet Gouin est composé de gens qui se contentent, pendant les vacances, de

les employés de leurs ministères, car Dieu sait combien ils pataugent quand ils entreprennent de se conduire eux-mêmes.

On peut facilement en juger lors de l'examen des projets de loi qu’ils soumettent. Il en est de même quand ils ont à

vote d’une Chambre plus ignorant du département intéressé.

La tâche des ministres a encore été rendue moins ardue, par la faiblesse numérique de l'opposition.

Ce n’a pas été un mince travail que celui de M. Sauvé. Seul ou presque seul, il lui a fallu, au débotté, se renseigner en Parcourant les divers apports de chaque ministère, dont la lecture, ingrate et ennuyeuse, est cependant indispensable pour permettre une critique raisonnée des actes de l'administration.

Il a dû, non seulement scruter la conduite du gouvernement, découvrir ses secrètes intentions déguisées sous le masque de la parfaite honnéteté administrative, réparer ses oublis et com-

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bler ses lacunes, mais en même temps surveiller la législation proposée, tant dans les commissions qu’à la Chambre et suivre jour par jour et heure par heure les capricieux méandres de la politique ministérielle.

Tout critique acerbe ou envieux que l’on puisse être; que l'on veuille à tout prix diminuer la valeur d’une tâche accomplie avec succès dans des circonstances particulièrement difficiles, on sera bien forcé d'admettre, en toute justice, que le chef de l'opposition a su donner à des fonctions qu'il n’a pas recherchées et qu’il aurait bien volontiers déléguées à un collègue, un caractère de distinction et une sobriété d’allure qui ont d’abord étonné puis éminemment satisfait cette partie de lélectorat que les circonstances l’ont amené à représenter plus particulièrement à l’assemblée.

Bien malgré lui, le gouvernement a dû compter avec cette force nouvelle qui s’est dressée devant lui au moment ou tout semblait lui promettre ses coudées franches.

Aussi a-t-on fini par adopter une tactique née de la crainte de la critique saine et raisonnée et réserver pour les dernières heures de la session les projets de loi les plus importants pour les faire examiner à la vapeur sans discussion, presque sans études préliminaires.

Forcé par cette stratégie d’administrateurs peureux et sans souci de l'intérêt public, à limiter son travail à l'examen des grandes questions d'importance supérieure, M. Sauvé a su choisir les points les plus disceutables des mesures offertes par le ministère et affirmer en chaque occasion les principes que le parti conservateur a toujours appuyés et défendus. Avec force, mais avec mesure, il a rappelé au parti libéral son passé de doctrines sacrifiées aux besoins du moment et ses appels démagogiques d'antan, vite remplacés soit par une législation opportuniste soit par des demi-mesures dont partie est lettre morte et le reste est passé sans aucun souci de l'opinion ou des besoins de la population.

Le chef du gouvernement, grincheux quand on lui suscite des obstacles, autocrate et tyran quand on lui résiste fermement, habitué à l’obéissance passive et abjecte de la part des siens a d’abord essayé ses moyens ordinaires. Eclats de voix, ironie, puis silence dédaigneux et plein de morgue, dénégations sèches et courroucées, il a tout mis en œuvre pour intimider et désarçonner le chef de l’opposition.

Et quand sa méthode ratait son effet, il pouvait compter sur son premier lieutenant, expert dans l’art d’accommoder les textes, pour venir à sa rescousse avec une Interruption spirituelle dans l'intention, mais vulgaire dans l'exécution, ou bien une

bien qu’elle manque généralement son effet.

Car il lui faut compter, parmi ceux à qui il s'adresse, avec une phalange assez nombreuse d'avocats et de jurisconsultes en herbe qui ont eu occasion de se mesurer avec lui sur un pied

instant rétablir le texte ou faire tomber à plat l’essai de jeu d’esprit malencontreux. Sa manie lui réserve encore bien d’autres chutes, mais il s’en tirera par une audace à toute épreuve et par l'exercice d’une qualité qu’il possède à un haut degré, celle de bien soigner les amis dont il sroit avoir besoin.

Pas rencontré chez ceux qu’il a combattus, cette courtoisie et cette générosité qui sont la Marque de lutteurs francs et courageux. Les coups d’un ennemi honnête peuvent être violents mais ils sont droits; il ne fait Pas appel à la ruse et ne se réfugie Pas derrière un texte Ou un ténébreux article de procédure pour

arrêter ou empêcher la critique de l'adversaire.

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Quand on n’a pas peur, on ne refuse pas les renseignements demandés, auxquels tout député a un droit absolu. On ne les retarde pas sans raison, pour ne les fournir que trop tard, quand ils ne peuvent être utilisés de façon convenable.

De plus, quand on a derrière soi une armée de janissaires obéissant aveuglement aux ordres donnés, on ne se sert pas du mensonge et de la traîtrise pour éviter un assaut que l’on se sait capable d’arrêter par le seul poids du nombre et l’on combat visière ouverte et bannières déployées.

Si l’on veut imposer des taxes on ne cherche pas à les déguiser sous un nom moins impopulaire; si on calque une législation nouvelle sur des propositions déjà faites par un adversaire plus éveillé et plus soucieux de l'intérêt publie, on ne refuse pas d’en reconnaître la valeur, même après que la démonstration en a été faite.

Néanmoins, malgré les difficultés grandes que M. Sauvé a rencontrées dans l’accomplissement de sa tâche difficile, son courage et sa persistance en face d’obstacles presque insurmontables lui ont permis de s’en acquitter de manière à mériter le respect de ses adversaires et la confiance de ses amis.

Nous ne pouvons mieux faire que citer deux témoignages qui lui ont été rendus au cours de la dernière session et qui viennent de deux côtés bien opposés, mais qui rendent au chef de l’opposition la justice à laquelle il a àroit.

. Voici l’appréciation d’un journaliste qui l’a vu à l’œuvre:—

“IT est impossible de s’imaginer la somme de travail

‘et la puissance d'énergie que doit déployer le chef de

‘* l'opposition pour accomplir la tâche qu’il a acceptée.

‘ Plus d’un se serait découragé et de guerre lasse aurait

‘‘ laissé le gouvernement agir à sa guise, tripoter les affaires

‘“ publiques n'importe comment et aurait dit à la province

‘“ de Québec: puisque tu n’a pas voulu donner au gouver-

‘* nement de ton choix une opposition raisonnable en nombre,

‘* subis les conséquences de ton acte.

‘M. Sauvé n’a pas voulu prendre cette alternative,

‘ plus facile de laisser faire. Dès l’ouverture de la session

“il a pris une ligne de conduite dont il ne s’est pas départi

‘ depuis. Il a bataïllé ferme, sans parti pris, sans parti-

‘ sannerie, mais avec le souci continuel de donner à sa pro-

‘ vince toute la somme de son travail, toutes les ressources

‘ de son talent et toutes les énergies de son cœur.

par le Patriotisme et l’esprit Malgré son immense majorité, “sont toujours si justes ‘‘ sage malgré lui.”

D'un autre côté, l’un des principaux lieutenants de Sir Lomer Gouin, le président du Conseil Législatif, a parlé de lui en ces termes :—

“M. Sauvé

se bat vaillamment. Il fait “ lutte. Seul i

st, il se trouve d

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