‹ À la mémoire de Jules BoeckelChapitre 15 sur 26 · Pronostics · texte numérisé non relu

Pronostics

Dans la Welibühne du 28 février, un Centriste anonyme se demande si le Bloc de droite en décomposition est vraiment le dernier. Il trouve que M. K. E. Müller a été bien trop optimiste, au Reichstag, quand il a déclaré que le Bloc actuel serait le dernier. Et c’est ce que répèlent à l’envi tous les journaux de gauche. Erreur grave, dit noire Centriste. Car, pour que ce Bloc fût le dernier, il faudrait que le Centre eût changé radicalement, eût fait peau neuve ! En est-il ainsi ? Non certes. M. Olto Kriegk, de la presse Hugenberg, n’est pas si optimiste que M. K. E. Müller !

Il s'attend sans doute à un gouvernement de gauche

après les élections. Maïs ce gouvernement ne sera pas éternel ! Le-Centre est prêt à marcher aussi bien avec la droite qu'avec la gauche. Cette politique de balance n’a pas de fin. C’est là de la «Realpolitik » et c’est avec elle qu’il faut compter.

Sans doute fera-t-on à l’aile gauche du Centre quelques concessions notables. Et puis, que signifie ce terme d’ « aile gauche » pour ce parti-sphinx si énigmatique ? Faut-il parler ici de Wirth, d’'Imbusch, de Stegerwald ? Le Centre est en pleine fermentation,

c’est évident. Mais il n’en reste pas moins le pivot de

la politique du Reich, le facteur décisif et ce n’est pas un rôle dont le parti consentira jamais à se déparüir. A la Journée Catholique de Dortmund, en 1927, on a donné à la noblesse catholique la promesse que le prince Aloys de Lüwenstein serait sur la liste du Centre. I1 a déjà été au Reichstag pendant 10 ans. Il a disparu pendant la Révolution. On l’a vu reparaïtre, comme Vice-Président, au Congrès du Centre de 1920. II habite la Bavière et cependant ne fait pas partie du Centre ou Parti populaire bavarois. Il est resté dans le Centre du Reich. Il a prévu d’ailleurs, avec beaucoup de clairvoyance, que son heure viendrait. Comme député, on pouvait le liquider. Comme premier Président du Comité central du parti pour les Journées catholiques, il a une influence prédominante. Il est l’homme de confiance du nonce papal et des évêques catholiques d'Allemagne.

. Voilà ce qu'oublie, dit notre Centriste, M. K. E. Müller. Or le prince Aloys de Lüwenstein estime que la République allemande est une forme politique née de la trahison et du parjure. C’est en février 1926, non en 1919, qu'il a tenu ce propos au Congrès de la noblesse catholique d'Autriche. Cela ne l’a pas empêché de présider les Journées catholiques. C’est lui qui a appelé Stegerwald à la présidence de la Journée de Dortmund. Croit-on qu'il soit disposé à pactiser avec la gauche ?

Il est des symptômes insignifiants qui parfois définissent mieux une situation que des faits retentissants. Quand Slresemann a décidé de partir pour la Riviera, 11 a organisé chez lui un déjeuner en l’honneur du nonce papal. Parmi les hôtes, il y avait Von Papen, député au Landtag de Prusse. Une semaine après, Von Papen, à son tour, offre un déjeuner au nonce papal. On dit maintenant, dans les milieux du Centre, qu'on ne sail pas si Von Papen, homme d'’aile droite, sefa candidat au Landtag de Prusse. Mais cela ne diminuera nullement son influence dans les milieux catholiques. Il est le propriétaire exclusif de la Germania. Il en a exclu tous les éléments de gauche. Son influence y sera durable. Et, avant lui, le prince Von Lôüwenstein a su assurer son influence en dehors du Reichstag et d’un Parlement quelconque.

Quand on a célébré l’anniversaire de la création du Reichsbanner au Cirque Busch, le Président du Centre de Berlin, le Recteur Kellermann, a parlé en faveur de la République allemande. Il a osé attaquer ouvertement le Cabinet Marx. Oui, mais qui est M. Kellermann et qui est M. von Guérard ? C’est ce dernier qui seul importe. N'oublions pas non plus l’attitude de tout l’épiscopat allemand. Tout récemment, le clergé catholique de Bochum a décidé de ne pas admettre aux enterrements ni les étendards du Reichsbanner ni ceux de la Croix gammée. Et, quand il s’est agi d’enterrer peu après un mineur, les étendards du Reichsbanner ont été écartés. Le Reichsbanner a refusé d'accepter cet oslracisme et le clergé s’est alors éloigné. L’enterrement a eu lieu sans lui.

C'est ici qu'on voit apparaître les conséquences de deux Conférences épiscopales de Fulda. Voilà ce qui peut se passer en pleine Ruhr, là où les travailleurs catholiques sont la grande majorité ! Non, il ne saurait y avoir de vraie rupture entre le Centre et la Droite ! Il faudrait pour cela que les travailleurs catholiques fussent décidés à tourner le dos au Centre. Ils ne le feront pas. Ils ne sont pas plus vigoureux que les Socialdémocrates qui, ayant l’école laïque à la bouche, soutiennent en réalité l’école confessionnelle en restant dans les Eglises et en leur donnant 40 millions d'impôts ecclésiastiques par an ! Ils aiment mieux le clergé que l’étendard noir-rouge-or. Tant que le Centre n’aura pas perdu de 15 à 20 sieges, il ne cessera pas de se porter tantôt à gauche el tantôt à droite. Le catholicisme devient de plus en plus autoritaire. Dominicains et Jésuites se disputent à Rome la prééminence. Ces Dominicains sont pour le fascisme, les Jésuites contre. Pie XI est pour les Dominicains. Le Centre ne saurait être en Allemagne un défenseur sincère de la République. Marx est.

« politiquement mort ».

et Von Papen vivent !

Mais le prince Lôwenstein

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