Les causes de l’échec de la loi scolaire
Dans le Vorwärts du 1% mars, M.
essaie d'expliquer pourquoi la Loi scolaire n’a pu voir le jour. Il attribue naturellement le mérite de ce retentissant échec à la Socialdémocratie. Il montre que la résistance du Parti populiste a été molle, que le parti
Kent Lüwenstein
était prêt à loules les concessions. C’est la Socialdé-
mocratie qui l'aurait empêché d'aller plus loin, d’accorder au clergé, en particuber, le contrôle scolaire. M. Lôwenstein se plaint également des Démocrates,
qui reprochent à la Socialdémocratie de n'avoir Die
i1 Mars 192$
résisté assez vigoureusement à la Loi scolaire en préparation. Nous craignons que, dans ce débat, ce soient les Démocrates qui aient raison. Car, comme
nous l’avons montré dans notre dernière élude, l’attilude du socialisme est équivoque sur ce point. Edmond VERMEIL,
Professeur à l’Université de Strasbourg.
Les événements de l’Europe Centrale et l'inquiétude de lAllemagne
La désagrégation de la -coalilion gouvernementale allemande laisse craindre aux différents partis que l'Allemagne n'en souffre dans sa portique extérieure, au moment où des questions de premier intérêt se présentent à la session du Conseil de la $S. D. N. Parmi ces questions immédiates, les événements d'Europe centrale prennent une importance toute spéciale pour PAllemagne.
A Prague comme à Genève la presse allemande
croit voir se développer une politique agissante, à l'instigation de la diplomatie française.
La première directive de celte politique française serait, au sein de la presse nationaliste, de pousser l'Autriche vers la Petite-Entente, L'interprétation donnée au récent voyage de Mgr Seipel à Prague est significative à cet égard. «Nous devons considérer comme certain, écrit le Dr Jügler dans la Berliner PBôürsen Zeitung (29 février) que, sous le Protectoral de la France, la Petite-Entente, dirigée par M. Benès, tente d'exploiter la situation économique de l’Autriche comme moyen de pression pour forcer cet Etat à adhérer à la Petite-Entente ».
On ne manque pas de rappeler que, depuis 1918, la politique française a constamment tendu à créer sur le Danube un «pôle » oppose à Berlin a au Reich, un contre- -poids à l'influence allemande : le moyen le plus sûr de retenir l'Autriche sur la à pente de l’ « Anschluss » à l’Allemagne.
Cette politique commencerall à porter ses fruits. Dans le même temps où on à poussé l'Autriche à la détresse économique pour la priver de ses moyens de résistance, la Petite-Entente, surtout depuis la Conférence de Jachimow, a développé sa « mission constructive » dans le sens d’une consolidation économique de l’Europe centrale.
Le correspondant du Berliner Tageblatt à Prague exposail, le 24 février, le plan économique suivi par la Tchéco-Slovaquie : à défaut de l’Union douanière danubienne, trop délicate à réaliser à cause de la création nécessaire d'organismes centraux, un système de larifs douaniers préférentiels, ou même la cartellisation des branches communes des industries les plus importantes des Elals successeurs, comportant des ristournes douanières, formerait la première étape pratique du rapprochement. Aujourd’hui que la collaboration germano-slave est asservie en Bohême, la «mission constructive» peut être entreprise. Sa « nouvelle politique » ne consiste plus dans l’encerclement du camp des vaincus, comme dans l’ancien programme de 1920, mais dans : un élargissement proprement danubien par l'intégration — économique d’abord — de l’Aulriche, qui pourra à son tour s’entremettre efficacement pour gagner la Hongrie.
L'affaire n'est point simple. Mais sur le point capilal : maintien d'une Autriche indépendante, séparée de façon durable du Reich allemand, Mgr Seipel el M. Benès semblent êlre d’ascord. Des concessions pourront faire le reste. EL la France qui «bat le fer pendant qu'il est chaud, écrit le Dr Jügler, se montre pleine d’égards et de flalteries » envers le chancelier autrichien se rendant à Prague. Ce dernier se retuse d'autre part à porter l'affaire du Tyrol méridional sur le terrain diplomatique. Il ne suit pas son Parlement dans la protestation contre la politique ilalienne en Trentin. 11 ne Wient pas à faire le jeu des feuilles pangermanistes de Berlin. N'a-l-il pas déclaré en substance : « Je ne voudrais pas ulliser les malheurs des Allemands du Trentin à des fins de démonstrations destinées à faire une politique populaire ». De la part du chef responsable, une politique «réaliste », prudente, incapable d’échauffer les esprits en Ilalie ; mais cetle politique de détente entre Vienne et Prague ne peut que contriburr à éloigner Vienne el Berhn : c’est l'espoir du « attachement » qui devient bien problématique. On conçoit le dépit et l’inquiétude de cerlaine presse allemande devant le soi-disant jeu de la pohtique française, à laquelle le « cercle de fer des armes qui étreint l'Allemagne ne suffit plus ».
IT
Le germanisme peut-il essayer d'aller à la traverse de cette politique en se rabatlant sur la Hongrie ? La prudence lui commande de ne pas se compromettre en soutenant ouverlément cet Etat dans l'affaire des mitrailleuses de St-Gothard.
‘La presse nationaliste prend parti indirectement pour la Hongrie, en voulant empêcher la Société des Nations de mettre en vigueur sa procédure d’investigations. L'affaire des mitrailleuses, en soi, n’est rien, dit cette presse. Mais ce qe est grave, c’est de voir la France en prendre prélexite pour essayer d'éprouver le système des «investigations » — afin de pouvoir l’étendre éventuellement aux armements allemands. L'invesligalion en Hongrie est d'intérêt secondaire. Ce qui importe, c’est de créer un précédent ; au surplus, c'est une manière d’ « ofrensive de dégagement» pour sortir de la position défensive où la France se trouvait acculée dans la question de l’évacualion rhénane.
Le danger d’une pareille thèse à été, il est vrai, reconnu aussitôt par la majeure partie de la presse allemande : l'Allemagne, en se faisant à la S. D. N. le défenseur de la Hongrie contre toute investigation, ne pourra pas éviler d' être soupçonnéc de défendre sa propre cause et de poursuivre les mêmes plans que la Hongrie. Ce serait détruire les efforts politiques de plusieurs années. La «solidarité des vaincus» nc
saurait jouer en pareil cas. La Hongrie a fait jusqu’à présent le contraire de l'Allemagne pour recouvrer sa liberté. Le chemin hongrois ne passe ni par Locarno, ni par Genève, ni par Thoiry. Il ne s’est orienté jusqu'à présent que vers la « constellation » fasciste. Les journaux locarniens, de la Vossische Zeilung (art. de Hans Zehrer, ? mars) au Vorwärts s'accordent à dire: Il nous est impossible de nous solidariser avec la Hongrie. Nous n'avons aucun intérêt à saboter l’action de la S. D. N. Sans doute, le nom d°’ «investigation» n’a pour nous, qui venons d’être délivrés du contrôle militaire, rien de sympathique, mais nous ne risquerons pas notre prestige dans une cause perdue d'avance. « L'Allemagne a été assez raisonnable en 1923 pour décliner une offre italienne d'introduction d'armes. La Hongrie a été assez folle pour accepter ce marché douteux. L'Allemagne n’a aucune raison d'aller tirer les marrons du feu pour le compte de la Hongrie. »
IIT
Ce complexe politique ne saurait êlre dissocié des délibérations du comité de sécurilé, à Genève. Un télégramme de la T. V., le 28 février, à la presse allemande, précise que les travaux préparatoires en vue
d’une liaison plus étroite entre l'Autriche et la Petite-
Entente sont pris en considération dans les débats du comité de sécurité à Genève, qui siège sous la présidence de M. Benès. Le résultat général tend en première ligne à la création de projets de traité pour des pactes régionaux de sécurité. Dans le cas présent, le but pourrait être de détacher l'Autriche de la Honerie et de l'Italie par la conclusion d’un accord résional avec la Pétite-Entente. L’Autriche pour assurer son existence trouverait ainsi un solide soutien dans le groupe de la Petite-Hntente, et par suite, dans la politique balkanique de la France.
Aussi voit-on, à Genève, la délégation allemande s'opposer énergiquement à la thèse française des paces régionaux, garantissant l'intégrité territoriale sur la base du stalu-quo. L'Allemagne prélend que cette idée doit être envisagée avec « sceplicisme », qu'il laut se garder de toute « pression morale » pour coniraindre contre leur gré des Etats qui ne seraient pas prêts à conclure de semblables pactes. Ceux-ci, d’ailne peuvent, disent les nationalistes, profiter qu'à la France : un pacte entré Prague, Belgrade et Vienne n’est qu'une combinaison destinée à perpétuer l’hégémonie française sur le continent —et à faire échec à l'Allemagne. |
Celle-ci soutient, au contraire, que des pactes de sécurité ne sont pas le point décisif : seul le désarmement peut garantir la paix du monde. Le Dr Simson, secrélaire d'Etat, a pu prétendre même que si l’on en parle que de sécurité, l'Allemagne peut être fondée à réclamer cette sécurité pour elle-même, «nation désarmée entourée de peuples en armes ». La Germana (1* mars) appuyant cele thèse, estime que les débats actuels ne changeront à peu près rien aux résullats des conférences préparatoires du désarmement, à cause de la faute initiale de méthode : chercher à assurer la paix par la guerre de sanctions. Seul un renversement méthodique de termes créera un avenir meilleur, mais non « l'idéologie du rapport Politis ».
Pour ces raisons, écrit le professeur Gerland, dans la Berliner Büôrsen Zeitung (2 mars) la politique extérieure de l'Allemagne ne saurait jamais accepter
lance leurs,
11 Mars 1928
la proposilion française. Car elle masque pour l’Allemagne un double danger : celui de lui imposer un «Locarno de l'Est» qu'elle «ne saurait signer sans irahir tout son avenir », en souscrivant à des frontières qui ne peuveni être supportées de façon durable.
D'autre part, le danger de nouveaux groupes d'alliances : sous forme de traités défensifs, ce ne serait en réalité qu’une « communauté de vassaux subvenlionnés par la France à l’est, pour les besoins de la politique française ».
L'intérêt de l'Allemagne, dit la Kôlnische Zeitung (4 mars) est de s'opposer absolument à toute tentation du Conseil de la $S. D. N. pour servir les intérêts égoïstes de certains Etats : sans vouloir rien entre-
prendre contre l’organisation de la Ligue, il nous est.
cependant impossible de nous passer nous-mêmes la corde au cou... » |
La riposte oratoire de M. Mussolini dans l'affaire du Tyrol n’est pas faite pour mettre l'Allemagne de meilleure humeur. Le discours du «Duce » est une « sensation ». Les menaces, à travers l'Autriche, atteignent l'Allemagne. L'interdiction de certains journaux allemands, telle la démocrate Vossische Zeitung, sur toute l'étendue du territoire italien, renforce cette impression.
« La presse allemande presque entière, écrit G. Bernhard (4 mars), ne souhaite pourtant nullement ni créer ni soutenir une « terre irrédente ». Le peuple allemand veut respecter la frontière du Brenner. Mais il ne peut tolérer aucun recul ni aucun compromis dans la défense de la cuiture allemande du Tyrol méridional et le maintien de la langue allemande comme un bien sacré. Il s'agit là d’un manquement de l'Italie aux devoirs que tous les gouvernements d'Europe ont à assumer envers leurs minorités. Le nouveau discours de Mussolini laisse croire qu'il n'est plus informé de l'opinion mondiale, et que le jour approche de l'isolement moral complet de l’Italie ».
Ceux-là mêmes qui avaient travaillé naguère le plus ardemment à la conjonction germano-italienne, sont les plus accolés aujourd’hui dans leur désappointement. La Berliner Borsen Zeitung (4 mars), organe de droite, rappelle crûment à M. Mussolini que « l'Italie n’a oblenu sa part coûleuse de butin que grâce à l’aide des autres ; que sans l'intervention des Etats-Unis dans la guerre, l’Ilalie, traître à sa foi, aurait reçu la correction méritée. Mais l'exemple montre que la caractéristique des parvenus politiques
comme des profiteurs de guerre est de se gonfler dans
le présent pour faire oublier leur passé douteux. Il est éminemment regrettable d'avoir à dire de telles vérités au chef de gouvernement d’une nation avec laquelle on aurait pu collaborer et marcher en regard de la situation politique mondiale et particulièrement des tentatives d'hégémonie française en Europe ».
Attitude de dépit sans doute ; mais, en se faisant |
le champion du «Deulschlum » jusqu'aux sommets des Dolomites, contre le « sadisme mussolinien »,.la politique allemande peut aussi espérer donner un regain de faveur au mouvement de l’Anschluss, contrecarrer indirectement les tendances danubiennes de Vienne. |
P. BENAERTS.
LA