‹ À la mémoire de Jules BoeckelChapitre 7 sur 26 · EUGENE BOECKEL ET SON COUSIN EDOUARD · texte numérisé non relu

EUGENE BOECKEL ET SON COUSIN EDOUARD

Eugène Boeckel, fils de Théodore, né à Strasbourg en 1831, mort à Marseille en 1900, appelé junior, pour le distinguer de son oncle. Avec lui, le nom prend une ampleur scientifique plus grande, en méme temps que va s'affirmer davantage le caractère français de la race, puisque les revers de 1870 ouvraient l'accès de sa patrie à une ruée d'étrangers.

Sa carrière commença suivant le mode classique de celles de la plupart des savants français, c’est-àdire par l'âpre escalade des concours. Il les subit tous avec succès. Successivement externe, puis interne des hôpitaux de Strasbourg, agrégé de chirurgie en 1857, chargé de conférences de médecine opératoire en 1859, suppléant de son maître Sédillot,

chargé de cours de pathologie externe, remplaçant de Koeberlé comme chef des travaux d'anatomie en 1862, membre correspondant de la Société de Chirurgie de. Paris en 1866, de celle de Dresde l’année suivante, chargé de leçons à à l’école du service de santé militaire, il était tout désigné pour la première vacance à la chaire de Clinique Chirurgicale, quand la guerre éclata.

Aussitôt, avec ses collègues, il part derrière les troupes, installe une ambulance à Froeschwiller, où il se dépense sans compter, reçoit le ruban de la Légion d'honneur en 1871, et, après le cruel traité de Francfort, se sent l'héroïque courage de ne pas fuir l’envahisseur. Il fut un de ces patriotes pour lequel les Français, qu'épargna la douleur d’un exil, ne sauraient avoir trop de reconnaissance, car ils maintinrent debout, malgré les efforts de l’oppresseur, le foyer de culture, où ils avaient développé leur force et où vinrent s'éclairer et s ’épanouir leurs plus jeunes compatriotes.

Professeur de chirurgie à la Faculté de Médecine de Strasbourg, il démissionna dès qu’elle fut rattachée en mai 1872 à l’Université allemande, refusant une investiture qui, sans rien ajouter à sa science, n'eut pu que ternir l'indépendance de son caractère. Mais il conserva le champ de son activité scientifique et professionnelle en ne lâchant pas son service hospitalier.

On sait que, contrairement à ce qui a lieu dans les autres villes de France, à Strasbourg, Faculté et Hôpital sont confondus. Les professeurs sont en même temps médecins ou chirurgiens. Les cours se font el les examens se passent dans l’enceinte hospitalière. La ténacité infatigable d’'Eugène Boeckel, secondé d’ailleurs par ses collègues alsaciens et son jeune cousin, eut pour but de détacher certains services, dits services municipaux, de ceux de l'Université. Et en dépit d'innombrables résistances, ils obtinrent gain de cause. L'entretien de ces services était à la charge de la ville, le personnel à tous les degrés en élait purement alsacien. Les médecins ou chirurgiens élaient nommés par la commission d'administration. Ils ouvraient l’accès de leurs salles aux étudiants qui venaient suivre leurs cliniques. Mais ils ne leur faisaient passer aucun examen. Ils n'étaient pas professeurs. Seuls l’étaient les chefs des services universitaires, tous allemands bien entendu. Eugène Boeckel fut le chirurgien du service municipal, ce qui lui permit de continuer sur place son œuvre bienfaisante et scientifique. Aussi refusa-t-il la chaire de clinique chirurgicale que la ville de Genève vint lui offrir. Président du Congrès français de chirurgie en 1895, c’est en français qu'il écrivit toujours, notamment dans la Gazette médicale de Strasbourg. C'est à la chirurgie osseuse et urinaire et aux résections que ses principales œuvres ont été consacrées. Il mourut en 1900, à Marseille, au moment où il allait s’embarquer pour la Corse avec sa fille.

41 Mars 1928

Edouard Boeckel, fils d'Eugène senior, né à Strasbourg en 1840, mort à Strasbourg en 1892, exerça avec honneur la médecine et l'art obstétrical. Assistant et remplaçant de l’accoucheur Aubenas à l’école

des sages-femmes, il y faisait des conférences en langue française.

JULES BOECKEL

Jules Boeckel, fils du libraire, est né à Strasbourg en 1848. Avec lui le nom se pare des reflets de la légende. Il lui fut, en effet, donné d'assister de son vivant à l’apothéose de l'œuvre, dont il avait été, avec son cousin et tant d’autres Alsaciens, l’initiateur et l’ouvrier. Il vit l’Alsace redevenue française. Et ce

des internes », devient chirurgien-adjoint du service municipal dont son cousin est titulaire. Pour la sélection du recrutement des malades, il lui faut, au début, déjouer la malveillance allemande qui, sous le prétexle d'enseigner, draîne sur les services universilaires les plus beaux cas. C'est ainsi que pour ses études de trépanation préventive, il affuble d’appareils plâtrés la cuisse saine d’un traumatisé du crâne que le jeune Germain de garde, croyant atteint de coxalgie, dirige dédaigneusement, comme sans intérêt, sur le dépotoir municipal. Dans ces salles, jamais un mot d'allemand n’est employé et les observations sont rédigées en français.

JONAS BOECKEL

titre de professeur , à la conquête duquel il était si brillamment parti sous le régime français, qu’il avait refusé de recevoir de l’autorité allemande, lui fut conféré par l’unanimité des savants de France et de tous les pays qui l’acclamèrent en novembre 1919 dans l’université de sa patrie.

Externe des hôpitaux en 1868, puis interne quelques mois avant la première guerre, il met au service de l’armée, bien que son titre le dispensât de tout service militaire, ses jeunes talents de chirurgien. A la Capitulation de Strasbourg, il s'enfuit par la Suisse, gagne la France, s'engage au & dragons et fait, comme aide-major, la campagne de la Loire.

Après la défaite, il revient partager la captivité de ses concitoyens: Il passe sa thèse, en 1872, à Strasbourg et à Nancy et, après avoir été nommé « chef

Rédacteur à la Gazette Médicale de Strasbourg, qui, fondée en 1841, parut jusqu’en 1914 exclusivement en français, il en devient le directeur en 1874 et le reste constamment. Chaque année, il franchit les Vosges pour participer aux discussions des réunions chirurgicales françaises, où la fidélité de sa présence entretient le souvenir du passé et l'espérance de l’avenir. Ses travaux lui valent les plus belles récompenses : plusieurs fois lauréat de la Faculté de médecine de Paris (1890), de l’Académie de médecine (1887-1889-1891-1893-1911), de l'Institut de France (1889-1895-1913), il est élu membre de la Société de chirurgie de Paris en 1879, membre correspondant de l’Académie de Médecine en 1895, puis membre associé, et chaque fois avec l’épithète de membre national, tellement ces assemblées sont fières de revendi-

quer sa parenté. Nancy, Lille, Bruxelles, Bucarest se font un honneur de lui offrir une place dans leurs Sociétés chirurgicales. Rapporteur au Congrès international de médecine (section de chirurgie) à Paris en 1900, il est nommé à sept reprises, président d’honneur du Congrès français de chirurgie.

En 1900, il est nommé chirurgien-chef du service municipal de l'Hôpital de Strasbourg à la mort de son cousin. Et ce lui est une fois de plus l’occasion de refuser de l'autorité allemande le titre de professeur qu'elle vient encore lui proposer. Les années passent. La mésentente s’accentue entre Alsaciens et Allemands. L'affaire de Saverne éclate. Jules Boeckel va avoir 65 ans en 1914. Alors pour se venger du dédain qu'il n’a cessé de leur monirer, les puissants du jour le mettent brutalement à la retraite, par application d’un décret français sur la limite d'âge remontant à 1828, qui n'avait jamais été appliqué. Cette mesure d'exception soulève une émotion énorme pour toute l’Alsace et même au delà du Rhin. Mais en dépit de la décision la vigueur toujours jeune du maître pourra s'exercer. Les établissements hospitaliers privés, quelle que soit leur confession, lui ouvrent l’accès de leurs cliniques, où il continuera à consulter et à opérer riches et indigents.

Lorsque la guerre est déclarée, il était en route avec sa femme et sa fille pour passer ses vacances en Suisse. Mais incapable de rester oisif, pendant que son fils fait campagne dans l’armée française, il gaone Lyon, où sa venue est une consolation dans la détresse des premiers revers. Déjà médaillé de 1870, chevalier de la légion d'honneur depuis 1891 et aide-

major de première classe, il obtient la direction chi- .

rurgicale de l'hôpital 101 à l'Ecole vétérinaire, où il reste jusqu’à l’armistice, réparant sur la chair française les dégâts des armes allemandes. Il est promu officier de la légion d'honneur en 1915, puis médecin-major de deuxième classe et enfin de première classe en 1916. Pendant ce temps, les Allemands ie condamnent à mort par contumace et mettent ses biens sous séquestre.

Quand arriva le jour de la victoire; des ordres avaient été donnés pour qu’il fît partie du cortège triomphal de Gouraud qui rentra le 22 novembre à

ras ourg. Mais une grippe l'empêcha de se mettre en roule assez lôl. Malgré les rigueurs du froid et le dé ordi des convois, ls s’embarqua à Lyon dans un us CS de vieux wagons sans couloirs, sans chauffage et mit plus de deux jours pour atteindre les Vosges, deux journées de tertures physiques, car il souffrait de dysenterie et ne pouvait satisfaire les misérables exigences du mal qu'en se livrant à d’incessantes acrobaties, suspendu au marche-pied du

:ompartiment. Mais l'âme dominait le corps. À Sales, dt saula sur une locomotive en partance, et débarqua enfin sur le quai de la ville natale, dans laquelle il entra solennellement le 26 novembre, auprès du général Pétain au milieu des acclamations enthousiastes de ses compatriotes.

C'est alors qu’il fut nommé professeur honoraire dans la salle de l'Université. L'année suivante, il recevait la cravate de commandeur. En 1921, il présidait à Strasbourg le Congrès de chirurgie. Depuis lors, il y mena la vie active de chirurgien consultant, opé-

rant souvent, animant toujours de sa vie dialectique à S discussions scientifiques.

Buste d’Eugène Boeckel, par Marzolff

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