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à M. le rédacteur de la Gazette de Québec [microforme]

Ayant complètement réussi à former dans le faubourg St-Louis de Québec deux écoles élémentaires françaises, une pour les jeunes garçons et l’autre rm les jeunes filles, où on leur enseigne la lecture, ’écriture, l’arithmétique et des ouvrages manuels analogues à leur sexe, dans des bâtiments peu dis-pendieux, avec célérité et économie; je crois ne pouvoir rien faire de mieux que d’engager les amateurs d’éducation à venir les visiter pour,en les voyant, profiter des avantages qu’elles peuvent procurer dans an pays qui en a tant de bésoin.

Qui conque voudra se rendre à mon invitation sera reçu avec civilité toutes les après-dinf: entre deux et trois heures, toute l’année, les samedis exceptés, et il y a ordre au maître et à la maîtresse, de leur montrer tout ce qui s’y fabrique et de leur expliquer les moyens que l’on emploie pour instruire les éléves dans ces différentes branches d’’astruction, qui méritent bien certainement d’être encouragées, tant à cause du peu de temps que les enfants donnent dans un âge où ils ne sont d’aucune utilité à leurs parents que par le peu qu’ils dépenseront pour leur procurer des connaissances aussi utiles et agréables que celles qu’on y enseigne.

Si les pères et mères étaient bien imbus de l’obligation où ils sont de bien élever leurs enfants et du compte sévère qu’ils auront à rendre à Dieu de leur négligence à cet égards on n’aurait pas la douleur de voir un si grand nombre d’enfants polissonner dans les rues, grandir dénués de toute instruction et menaçant d’être la honte de leur famille et re de la société.

l'est fâcheux qu’il n’y ait pas d’ateliers où l’on pourrait renfermer ces jennes vagabonds et les for-

cer à apprendre un métier qui leur procurerait le moyen de soutenir leur existence et débarasserait la ville et les campagnes de leurs dépradations.

Si donc on désire prévenir les malheurs dont

! nous menace cette engeance vagabonde et procurer aux générations présentes et futures les avantages que promet le mode d’éducation que je vous présente, que j’ai compilé dans plusieurs auteurs, mis en pratique depuis cinq ans et dont le succès me garantit la bonté.

Ce n’est point un projet en l’air, il est effectif et en opération; en sorte que l’on en peut juger avec connaissance de cause,

D'abord je maintiens qu’un Lâtiment de trente pieds quarrés et quinze d’élévation entre les deux planchers, distribué comme celui des jeunes filles, peut contenir deux cents et quelques enfants assis, ayant des tablettes, devant eux et un dossier derrière, avec des passages ou coulisses pour aller et venir commodément, sans se heurter; que l’élévation entre les deux planchers donnera assez d'air pour n'être point suffoqués ni par la chaleur du s0leil l’été ni par celle du poële l’hiver.

On peut vérifier ces avancés en inspectant cette école et en prenant des informations de la maîtresse, qui vous dira quelle est non seulement habitable, en toutes saisons, mais encore ronfortable et salubre:;

u’elle est suffisamment é. ärée avec ses quatre chassis dans les deux étages et bien chauffée dans toutes ses parties avec un seul poële.

Il y a des galeries à huit pieds de hauteur du premier plancher, où se confectionne, tous les après diners, les ouvrages manuels. C’est un spectacle eurieux Gevoir une quantité de petites filles, dont quelqaes-unes n’ont que quatre ans, échiffer de la laine, la carder, la filer, tricoter et faire de l’étoffe ; d’autres charger les quenouilles de filasse, filer, faire des

bas et de la toile.

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Quelque fois elles sont employées à brayer dans la cour, à écorcher et à peigner la filasse du lin et du chanvre qu’elles ont cultivé daus la belle saison.

Le matin, la maîtresse leur montre à lire, écrire et compter, avec l’aide des monitrices, dans l'étage au-dessous des galeries.

Les heures d'instruction et de travail sont tellement réglées que le tout se suit régulièrement, sans embarras et avec un tel succès qu’il y a des élèves qui depuis quatre ans que cet établissement est en opération, ont appris passablement à lire, écrire, compter et travailler, et qui gagnent de modiques gages, en raison des ouvrages qu’elles sont capables de faire, et ce depuis dix sols jusqu’à ane piastre par semaine; la maîtresse et deux maîtres ouvriers ont dix chelins par semaine.

Il y a à lPentour de cette maison quelques bâtiments indispensables, comme un hangar, un fournil, un puits et des latrines; comme en campagne on désire loger le maître et la maîtresse, on peut adosser à la cheminé un appenti pour leur résidence.

La maison d'école ne garçons peut être bâtie dans les mêmes proportions que celle des filles et ne coutera au plus de cent vingt-cinq à cent cinquante louis, y compris les fournitures nécessaires, tant pour l’achèvement des édifices que pour les outils, lettres imprimées, ardoises, crayons, télégraphes, bancs, livres, tableaux, papier et encre, pour plusieurs années.

Comme je crois fermement qu'aucun maître ou maîtresse ne pourra réussir à tenir une école d’après ma méthode, sans une espèce d'apprentissage, Je les invite à venir le faire dans mes écoles, où elles n’auront à payer qu’un écu de gratification au maître ou à la maîtresse et un autre pour un manuel pratique.

Je ne prendrai pas la peine de détailler tous les moyens que j'emploie pour tenir le bon ordre dans mes écoles, exciter l’émulation et faire faire des

progrès aux élèves, ce serait abuser dela patience des lecteurs, je ne ferai mention que de ceux que l’on n’emploie pas ordinairement; par exemple: pour épargner aux parents la dépense des livres, J'ai imaginé des télégraphes, auxquels je suspens matin et soir, quatre lettres ou mots, et autant de chiffres, que je compose, avec de grosses lettres et chiffres imprimés et collés sur du carton, que je passe dans des coulisses appuyées sur une planchette, enfilée dans une branche de fer dans laquelle elle tourne et présente tantôt le devant, tantôt le derrière de la planchette; sur le devant sont les lettres ou les mots plus ou moins longs, suivant la force ou capacité des élèves de la de devant laqnelle il est planté, ainsi que les exemples d’écriture à imiter, les tables de numération, d’additions, de soustractions, de multiplications et de divisions, à apprendre par cœur.

J'ai pris. la peine pour faciliter l’épellation de

faire des tableaux par ordre alphabétique ; d’abord *

de deux lettres seulement, ensuite de trois, après de quatre, et ainsi progressivement jusqu'aux plus longues de sixlettres. Ceux des mots sont faits dans le même ordre et progression, depuis deux syllabes jusqu’à huit et neuf, ce qui facilite beancoup l’épellation. A la fin de chaque tableau et au bout de chacun des mots qui y sont portés, se trou vent des phrases qui expliquent l’usage de ces mots et accoutument les élèves à lire couramment ; de sorte qu’il n’est pas surprenant de voir des enfants qui, su bout de einq à six mois, lisent ces petites phrases et se vantent qu’ils savent lire, d'autres qu’ils savent compter parce qu’ils savent nombrer et faire de petites additions ; enfin quelques-uns se croyent parfaits dans l'écriture parce que tout en leur montrant les lettres sur le dlégrapié, on les leur fait former sur leurs ardoises et qu’ils barbouillent les portes et les contrevents des maisons avec du blanc de céruse, des lettres que la mémoire leur permet de tracer ; tout cela les exalte et leur fait

parcourir le cours de leur éducation élémentaire avec nn plaisir inoui. |

Un moyen d’émulation dont ou fait un usage fréquent dans mes écoles, c’est de donner la place de celui qui se trompe quant le moniteur l’interroge sur quelque partie de son devoir et qu’il ne répond pas Juste et vite, à celui qui le reprend promptement.

M'étant aperçu de l’activité des enfants et de leur ennui quand les leçons sont longues, "je n’ai donné de durée à chaque leçon que dix minutes; en sorte

ue dans trois heures de séance le matin, les enants font dix-huit exercices et autant l’après-midi, ce qui donne trente-six exercices par jour ; de sorte qu’étant constamment employés, ils ne s’ennuient point et non pas le loisir de se faire des niches ni de troubler le silence.

Pour exécuter exactement ces exercices, j’ai une pendule qui frappe un coup et avertit du moment arrivé pour changer d'exercice que le maître annonce et marque d’une cheville sur un tableau.

Les moniteurs se transportent aussitôt à la tête de leur classe respective et en font autant ; de sorte, que toutes les classes commencent simultanément l'exercice qui lui est désigné spécialement.

On observera que ces exercices sont arrangés de manière qu’il n’y a qu’une seule classe qui lit tout . haut, dans un temps donné aux règles, et cependant chaque classe lit et répète plusieurs fois tout haut + sans être interbolisée par une autre.

Telle est la grande marche que l’on observe dans mes écoles, et qui s’exécute facilement dès que les moniteurs sont au fait de leurs fonctions, de même qu’un bataillon de militaires manœuvre bien quand

| les officiers et sergents savent faire : exécuter les évolutions.

Mais ce n’est pas tout. On fait apprendre par ca ur aux différentes classes la partie de la grammaire française qui convient à chacune d’elle ; par exemple, on interroge la première classe sur seule-

ment les lettres qu’on leur montre ; on Due demande comment elles se nomment, combien il y en a; si on les distingue en voyelles et en consonnes, de combien de traits elles se forment.

A la seconde classe on les interroge sur les mots ; on leur demande à quoi ils servent, combien il y en a de sortes, s'ils ont des nombres et des genres, etc. ainsi desuite par progression, de classe en classe jusqu’à la sixième où ils arrivent chargés de tous les matériaux nécessaires pour des phrases, des sentences et rendre raison de toutes les parties du discours, et où le maître les perfectionne dans la lecture, l’ortographe, la ponctuation et l’histoire du Canada.

Si les enfants savent Lien épeler, ils ne feront pas de fautes d’ortographe, excepté dans de certains mots qu’on appelle homonymes, qui ont la même prononciation mais qui s’écrivent différemment, dont j’ai fait des tableaux explicatifs afin de leur éviter les qui proquos qui résulteraient s’ils n'étaient pas correctement écrits. Supposez par exemple qu’on demande par un billet d’envoyer de “ l’eau,”

et qu’on recevrait un os, pour avoir écrit “ os” au lieu “ d’eau.”

La meilleure preuve que l’on puisse avoir du progrès des élèves dars une langue quelconque, est de leur faire faire l’analise d’une phrase dans cette langue ; on peut bien juger de la beauté de l’écriture par l'inspection, mais la connaissance grammaticale ne peut se prouver que par l’analise.

On ne fait point à mes écoles d'examen public préparé de longue main, de crainte que l’on ne croie que les élèves sont plutôt doués de mémoire que descience. On peut les examiner tous les jours, sans préparation préalable.

Tel est le sommaire de ce que j’enseigne et la méthode que j'emploie ; et quiconque voudra vérifier ce qui eu est peut veuir me trouver tous les jours de l’année, entre deux et trois heures de l’après-

midi, (les samedis exceptés,) et je me ferai un plai-

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rm,

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sir de leur prouver ce que j’avance en les conduisant à mes écoles.

Tout homme impartial qui examinera cette méthode avec attention, sera obligé d’avouer que c’est la meilleure de toutes celles que l’on a suivies jusqu’à cette heure dans le pays, et quelle mérite d’être adoptée par la législature, et ordonnée d’être suivie et exécutée dans toutes les écoles élémentaires de la province, puisqu'elle rencontre les moyens les

lus simples d'enseignement, les plus expéditifs et Les moins dispendieux.

Québec, le 21e octobre 1835.

J, F. PERRAULT, protonotaire,

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