‹ A ma patrie enchainée; poèmesChapitre 5 sur 28 · AVEUGLE ET SON FILS · texte numérisé non relu

AVEUGLE ET SON FILS

A Sm Edward Elgar

Je n'entends pluf le son lointain

Des canons ennemis...

Où sommes-nous, mon Hls?

— Mon père, nous sommes en Angleterre.

Je n'entends plus le bruit du vent

Sifflant dans les cordages.

Je sens, sous mes pas hésitants,

Le sol ferme de la plage.

Est-ce la fin de nos misères?

— Mon père, nous sommes en Angleterre.

J'entends des paroles amies

Que je ne comprends pas,

Je me sens loin, bien loin de la patrie...

D'où vient que ces voix

Me semblent familières ?

— Mon père, nous sommes en Angleterre.

Je sens, dans l'air que je respire, Un parfum de liberté.

Je sens frémir les cordes de ma lyre

Sous un souffle inspiré.

Les oiseaux, les arbres, les rivières

Me parlent de chez nous.

Pourquoi ma peine devient-elle moins amère ?

Pourquoi le repos m"est-il si doux ?

— Mon père nous sommes en Angleterre.

Incline-toi, mon file, agenouille-toi

A côté de moi.

Prenons, entre nos doigts meurtris, Un peu de cette terre hospitalière, Et baisons ensemble, en pensant au pays, Le sol de l'Angrleterre.

Londres^ Décembre 1914.

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