‹ à mes prêtres [microforme]Chapitre 18 sur 19 · TE · texte numérisé non relu

TE

de la chaleur, a besoin de cumbustible ; une citerne, pour arroser un jardin, a besoin d’être remplie d’eau du ciel ou du ruisseau. Or ce qui évlaire leur esprit, ce qui réchauffe leur cœur, ce qui vivifie leur âme, c’est ce pain délicieux que nous donne Jésus- Christ. Et de même qu’une lampe sans huile s’éteindrait, qu’un foyer sans combustible serait froid, qu’une citerne sans eau serait desséchée, ainsi sans le pain eucharistique leur âme serait condamnée à l'obscurité, au froid, à la mort. Voilà pourquoi saint Augustin s’écriait : ‘“ O Jésus, viens en moi pour que cette nourriture qui est la chair de mon Dieu, serve au salut de mon âme ; afin qu’en te mangeant je vive de Toi, je vive pour Toi, je parvienne jusqu’à Toi, je demeure en Toi. ”

Que de chrétiens s’abstiennent de la communion fréquente parcequ’ils s’en croient indignes. Ils regardent la communion comme une récompense et non comme un remède, la sainteté comme la condition de la communion et aon comme son fruit ; ils ressemblent, en se tenant éloignés de la sainte Table, à des hommes qui diraient : j'attends d’être guéri pour appeler le médecin.

C’est au prêtre à enseigner aux fidèles que la communion n’est pas le salaire de la vertu, la récompense de la sainteté ; elle est avant tout le viatique du voyageur, le soutien des faibles, le remède des malades, la vie et la résurrection des mourants. ‘“ Venez à moi, disait Jésus-Christ, vous tous qui êtes couverts de blessures et je vous guérirai, et ego reficiam vos ; ” car, ajoutait-il, c'est aux âmes meurtries et non aux âmes justes que je suis venu apporter le salut : Non vent vocare justos sed peccatores.

Et dans l'Evangile, qui voyons-nous accourir à ses pieds ? Les sourds et les muets, les aveugles et les lépreux ; ils l’entourent avec amour, ils baisent avec respect les bords de son manteau et Jésus-Christ les touche, les bénit de sa main puissante et tous s’en retournent guéris. Or Jésus-Christ est aujourd’hui sous les voiles eucharistiques ce qu’il était il y a vingt siècles sous les voiles de son humanité et ce sont les infirmes, dit ‘’Evangile, les pauvres et les mendiants surtout qu’il invite à sa table ; ‘“ pauperes et debiles introduc. ”

Dans le plan de l'institution divine, l'Eucharistie est une uourriture et un breuvage offerts à tous les chrétiens : ‘ bibite ex hoc omnes ”’. Et pour mériter de manger ce pain et de boire ce calice, il n’est pas nécessaire d’avoir péniblement amassé des trésors de vertus, il suffit, disent tous les docteurs, de posséder actuellement l'innocence de l’âme et de vouloir faire sou possible pour ne pas la ternir.

Par conséquent un chrétien a-t-il une âme purifiée par l’amour ou par le repentir ? A-t-il le désir d’être à Dieu, d’accomplir sa volonté comme un serviteur fidèle et d'éviter ce qui blesse la sainteté de son regard ? C'est assez. Qu'il bannisse toute crainte, toute peur de Dieu, et l’âme dilatée par la confiance et l’amour, qu’il aille partager avec le prêtre le pain du sacrifice. 11 ne doit pas craindre de s'approcher de Celui dont la douceur ineffable, aux jours de sa vie mortelle, ravissait tous les cœurs et les attirait à la vertu ; Celui dont la parole très suave consolait les esprits les plus affligés ; Celui dont le regard affectueux remplissait de componction les pécheurs les plus obstinés ; Celui dont les mains libérales répandaient les grâces avec tant de profusion sur tous ceux qui l'approchaient.

Que le chrétien s'approche done souvent de la Sainte Table, qu’il communie souvent. Là, Jésus vient à ses frères, à ses enfants, pour les changer en lui-même ; il unit son corps et son sang, son âme et sa divinité à tout leur être pour le purifier. Là, cet aliment divin pénétrera leur âme, éclairera leur intelligence d’une vive clarté sur la grandeur des biens divins et sur le néant de choses de ce monde ; il y allumera un grand désir de Dieu ; il mettra en leur cœur, en leur volonté un grand besoin, une force puissante de pratiquer la vertu, d’imiter Jésus- Christ, de reproduire sa sainte vie.

Là, il expérimentera combien le Seigneur est doux. Son âme, ravie de la présence de son époux, sera comblée d'un contentement incroyable. Abimée dans son néant, inondée de lumière, pénétrée des sentiments de la plus suave dévotion, tranquille dans le plus ineffable repos, elle goûtera l’inénarrable satisfaction de cette union céleste avec son Bien-Aimé dans laquelle

comme dit saint Thomas, elle ravit et elle sera ravie, elle prend

et elle est prise, elle embrasse et elle est embrassée : Jndecibili modo rapi et rapitur, tenet et tenetur, strengit et strengitur.

Ne cessons donc pas de prier, de faire tous les sacrifices possibles pour obtenir de Dieu qu’il allume dans le cœur de tous ses enfants l'amour de l’Eucharistie, qu'il leur donne la nostalgie de l'autel, l'enthousiasme de la communion. Qu'il serait heureux si tous, sans se tromper eux-mêmes et sans mentir à Dieu, pouvaient, avec saint Ignace d’Antioche, s'écrier : “ Le feu qui me brûle ne peut souffrir aucun aliment terrestre ; aucune nourriture corruptible ; nulles délices et saveurs mondaines ne me peuvent satisfaire. Ce que je désire, ce que je veux, c'est le Pain de Dieu, le Pain céleste, le Pain de vie qui est la chair de Jésus-Christ ; ce que je désire, ce que je veux, c’est le breuvage de Dieu, le Sang de Jésus qui est la charité indéfectible et la vie éternelle. ”

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