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A MM. les abonnés du Journal de Québec [microforme]

Preuant pour Dieu l'argent, et pour'guidele doute, Des antiques vertus abandonnant la route

Et foulant à leurs pieds les droits les plus sacrés, Quand les peuples courbés sous le vent de leurs crimes S’arrêtent frémissants au bord des noirs abîmes

Et jettent vers le ciel leurs regards effarés,

Alors, pour ranimer la vertu qui chancelle,

Des grands cœurs dévorés de la flamme éterneile Qui donnait aux martyrs les ardeurs de son feu, Pour l'honneur et le droit sacrifiant leur vie, Montrent qu'il est encore, à la terre éblouie,

Ici bas, des héros, et dans le ciel, un Dieu?

Dans les sombres forêts de la vicille Armorique, Au milieu des dolmens du monde druidique, Avez-vous vu briller le vieux glaive breton ? Avez-vous entendu l’héroïque Vendée,

Terre par les martyrs tant de fois fécondée,

A l'appel de ses fils bondir comme un lion ?

Triste comme Israël exilé de Solyme

Quand Rome a fait entendre une plainte sublime,

À ces récitsnavrants dont leur âme s’émeut,

Ces enfants des Croisés, comme autrefois leurs pères Allaient des Sarrazins braver les cimeterres, Prennent leur forte épée en criant : Dieu le veut !

La trompette a sonné l'heure de la bataille.

Au bruit des lourds canons vomissant la mitraille ; Comme ces paladins que célébrait Tasso,

Ils font étinceler leur glaive formidable,

Et pendant tout un jour leur ardeur indomptable A fait trembler le sol de Castel fidardo.

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\ Enveloppant leur mort dans un linceul de gloire, \ k IIS tombent en léguant leurs grands noms à l’histoire, | Comme tombait Roland aux champs de Roncevaux. L- La victoire, en pleurant, délaisse leurs bannières ; Car la gloire, fidèle à ces âmes guerrières, Refuse de la suivre et garde leurs tombeaux!

Pimodan ! à héros digne d’une épopée ! « 7 Homme des temps anciens, dont la puissante épée ei Pour ceux que l’on opprime a toujours combattu : Toi, que Rome païenne eût mis au Capitole,

Les siècles salueront l’immortelle auréole, Qui couronne ton front, à glorieux vaincu !

Fille des chevaliers, Ô vieille et forte race,

Comme aux jours de Bayard, sans reproche et sans Tu gardes fièrement le drapeau de l'honneur, [peur, Sans craindre les clameurs de la foule qui passe,

Dans cette sombre nuit qui pèse sur nos tètes,

Toi seule a retrouvé l'éclat des anciens jours ;

Dans les cieux assombris ton nom brille toujours, Aussi grand, aussi pur qu’au temps de tes conquêtes.

Tu n’as pas oublié les leçons immortelles

Que te donnaient les preux aux grands jours des com- Ni les saintes vertus qui marchaient surleurs pas, [bats Belles comme la gloire, et comme elle éternelles.

N: on, tu n’as pas appris ces funestes doctrines, Qui fassent | 1es esprits et flétrissent le cœur, Et qui sèment partout le doute et la douleur Pour moissonner la mort au milieu des ruines.

Ah ! qu’il nous soit permis de chanter votre gloire,

0 vous, dont les aïeux, en répandant leur sang Pour.le nom de la France aux bords du Saint-Laurent,

à Ont fait les plus grands jours de notre jeune histoire. = i)

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Car ce vieux drapeau blanc, aux splendeurs séculaires, Qui vit tant de combats et brava tant de feux,

A gardé, confondu dans ses plis glorieux,

Le sang de vos aïeux et celui de nos pères.

Ces enfants des Normands et ces fils des Bretons, Que la France a laissés aux rives canadiennes,

En chantaat les grandeurs de leurs luttes anciennes, Diront avec orgueil vos exploits et vos noms.

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0 dix-neuvième siècle, époque de merveilles !

Ton génie a créé des forces sans pareilles ;

Tu prends la foudre au ciel et la tiens dans ta main ;

Prompte comme l'éclair, la vapeur condensée,

Emporte dans ses bras une foule pressée ° Et détruit pour jamais les longueurs du chemin.

La matière, ton Dieu, t’a donné sa puissance,

Les trésors de son sein et toute sa science ;

Les éléments vaineus s’inclinent devant toi ;

Tes marins ont sondé la mer et ses abimes,

Sous tes pieds dévorants Les monts n’ont plus de cimes, Et, glorieux, tu dis : l’avenir est à moi.

Eh bien ! dans l'avenir, ce qui fera ta gloire

Ce n’est pas ce progrès que l’on a peine à croire,

Ni tes chemins de fer, ri ieurs réseaux de feu :

Ce sera la légende, irmortelle et bénie,

De ces cœurs pleins de foi qui donnèrent leur vie

Pour le droit et pour Dies, |

Dans vos asiles solitaires, Vous qui priez, vous qui pleurez, Offrant l’encens de vos prières, À l’ombre des parvis sacrés, Consolez-vous, bientôt le monde Qui vient d’enfanter ces héros, Reverra dans sa nuit profonde Resplendir les divins flambeaux.

Foyer de force et de science

0 vieille et sainte papauté,

Qui brille comme un phare immense De gloire et d’immortalité ;

Malgré les fureurs de la haine, Malgré les peuples ameutés, Toujours ta majesté sereine

Domine les flots irrités.

Bien souvent les rois en délire Erappant la main qui les bénit, Ont voulu briser ton empire

Plus solide que le granit.

Is s’éeriaient dans leur démence :

Renversons ce faible vieillard

Qui n’a, contre notre puissance, Que sa faiblesse pour rempart,

Mais rendus au pied de ce trône Qui brille d’un éclat divin, Quand ils eure:t sur ta couronne Porté leur sacrilége main,

Ces fiers souverains de la terre Eperdus, s’arrètèrent là ; Derrière la chaire de Pierre

Ils venaient de voir Jéhova.

Et quand le vieux monde en ruines Sombrait dans les goulfres ouverts, Debout sur les saintes collines

Ta voix bénissait l’univers ;

Et dans cette nuit sans aurore

Que feront les soleils mourants, Seule tu resteras encore

Pour fermer les portes du Temps.

OGTAVE CRÉMAZIE, Québec, 927 décembre, 1860.

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