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à MM. les membres du Conseil d'agriculture de la province de Québec [microforme]

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Depuis quelques années, la cause agricole est devenue l’objet des préoccupations des personnes les plus marquantes du pays. Non seulement nos législateurs, mais encore n0$ ecclésiastiques, nos capitalistes, nos négociants, les divers membres des professions libérales, en un mot tons les 2 trioles sincères ont pu entrevoir J'abyme où allait ntrainer notre mode défectueux de cuiture Al n ne AP empressions d'y apporter de promis RARTARE "Nagtèrres, | à fonds si riche, n’ont plus cette k iteera ét Paatrefois,”" qui avait porté nos pères à croi@ er10Ré met qu'à ës pouvaient toujours donner sans rien teéevon. Où commence à comprendre aujourd'hui, la nécessité:qu'ilyt de rendre, par des amendements et une culture judigigüse, au sol épuisé sa vigueur d'autrefois; et on en est à chercher les moyens les plus efficaces pour parvenir à ce but. La difiiculté n’est pas tant de savoir ce qui conviendrait au sol pour le raviver, | que de déterminer les moyens à prendre pour con raifère "ee le cultivateur que sa routine est vicieuse et ruineuse ét le déterminer à entrer dans la voie des améliorations. | S, [LS Déjà de grands efforts ont été effectués dans ce\ but496 PE des écoles d'agriculture ont été fondées en vue de tuer @ la théorie dans son application pratique; des co def 4 ateurs, pO

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point regardé comme extrêmement important parmi les agronomes des autres pays: c'est celni de l'étude des insectes relativement à l’agriculture.

Je dis qu'on regarde l'étude des insectes nuisibles ou utiles à l’agriculture comme un point très important dans les autres pays; en effet, jetons les yeux sur nos voisins, qui, en fait de progrès matériels, qui, dans le but de se procurer promptement et sûrement les ressources et le com. fort de la vie, ne connaissent pas de maitres. Voyez le New-Jersey, dans la personne du Dr. Torrey, l’état de New- York, dans celle de Mr. Asa Fitch, les Illinois dans celle de Mr. Walsh, le Missouri dans Mr, Riley &c, se choisir des entomologistes d'état, c’est-à dire, des savants chargés uniquement, moyennant de forts émoluments, de rechercher, d'étudier, de collecter les insectes qui s’attaquent au cultivateur, afin de lui faire connaître les moyens les plus efficaces qu'il peut employer pour combattre ces ennemis ou se mettre à l'abri de leurs dégats.

Je lisais dernièrement dans le Canada Farmer de Toronto: ‘ dans ces deux dernières années, des entomologistes d'état ont été appointés pour les Illinois et le Missouri. Pendant bien des années d’habiles entomologistes ont été employés au frais du trésor publie dans le New-Jersey, le Massachusetts et à Washington. Pendant 20 ans, le Dr. Fitch a été rudement à l’œuvre, comme entomologiste dans l'état de New-York, et le compte rendu qui suit nous fait voir avec quel succès :—# À l'assemblée de la Société d’Agri- “ culture de l’état de New-York, lé Sénateur A, B. Dickin- “ son avança que c'était chez lui une opinion bien arrêtée &# (his deliberate opinion) que les écrits du Dr. Fitch avaient “sanvé, annuellement, au soul état de New-York, l'énorme “ somme de 50,000 piastres ; et, ajoute le rapport, pas une # seule voix dissidente ne s'éleva contre cette assertion re- “ marquable” L'article se terminait ainsi :—"“* Certainement que le Canada, dont la commission géologique est renommée dans tout le monde, ne tardera pas plus longtemps à donner à une cause si utile l'encouragement qu'elle mérite.”

Déjà le gouvernement d'Ontario s’est mis à l'œuvre; les jouruaux nous apprennent que le Conseil d'Agriculture de

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gette Province vient d'accorder à la Socicté Entomologique de Toronto, une somme de 8400 pour lui fournir les moyens de faire des collections d'insectes, de publier des rapports sur deurs dégats et de continuer Ja publication du Canadian Ænlomologist.

La Province de Québec demeura:t-elle seule en arrière dans cette voie ? Ne eonviendrait-il pas qu'elle aussi prendrait les moyens d’avoir des collections et des rapports sur nos insectes nuisibles ? Nous voyons par le dernier rapport de la Chambre d'Agriculture qu’elle a député, l’année dernière, son secrétaire jusqu'à Washingion, pour s'enquérir et examiner comment les musées agricoles étaient montés et tenus chez nos voisins; qui empêcherait de mettre à la tête du musée que l’on veut former, une personne spécialement appliquée à l'étude des insectes, qui conserverait ettiendrait à la dispositions des cultivateurs, dans ce musée, nos insectes nuisibles, les plantes détériorées ou ravagées par ces insectes, les oiseaux insectivores qui méritent principalement protection pour les services qu'ils nous rendent, ete. ?

Tous les cultivateurs ne peuvent devenir des entomologistes, mais n'est-il pas Au devoir de l’état, pour le plus grand bien de la communauté, de requérir le secours de la science pour les éclairer sur ces milliers d'insectes qui les environnent de toutes parts, pour leur apprendre quels sont, parmi eux, ceux qu'ils doivent protéger et ceux qu'ils doivent s’efforcer de dét:uire, pour les renseigner sûrement sur leurs habitudes, leur genre de vie, leur mode de reproduction, ete., afin de parvenir plus efficacement à combattre ces milliers d'ennemis qui, pour être petits et très-petits, n’en sont pas moins redoutables ?

Voulons-nuous nous former une idée approximative des pertes occasionnées par les dégats des insectes ? voyons ce qu'il en est par rapport à quelques uns d’entre eux. On calcule qu’il n’y a pas moins de 120,000 propriétaires de terres dans la Province de Québec; chaque propriétaire ne récoltait pas moins de 2 minots d’ognons, avant que la mouche de l'ognon (l'anthomye) n’eût forcé un grand nombre d’entre eux à abandonner cette culture ; et au point où elle en est aujourd’hui, à peine la récolte est-elle le quart de

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ce qu’elle devrait être, c'est-à-dire qu'au lieu de 240,000 minots, elle ne dépasse pas 60,000 aujourd'hui, c’est donc ve diminution de 180,000 minots, qui, évalués à 50 centint le minot, forment une perte annuelle de $90,000, Prencas maintenant la piéride de la rave (Püieris rapæ) pour Îles choux. Chaque propriétaire ne récoitait pas moins de 50 têtes de choux, avant l'apparition de ce papillon; c'était donc pour les 129,009 propriétaires 6,000,000 de tétes, lesqueiles à $+4 le cent, forment la somme de $2492,009 ; cette récolte est aujourd’hui perdue au moins pour les trois quarts, voilà douce encore une perte annuelle de $180,000. Si nous calculions à présent les ravages de la mouche à blé (Cecydonya trilici), qui, depuis plus de 59 ans compromet la récolte de la première de nos céréales, et qui, pendant plus de 15 ans l'a presque complètement anéantie; ce serait par millions de piastres qu'il faudrait évaluer les pertes.

Ei si, à ces calculs, nous ajoutons encore les dégâts des pucerons el des altises, les nombreux chevaux, moutons et bètes à cornes victimes des œstres, les fourrures déteriorées par les larves des noctuelles, les fruits de toutes sortes perdus par les tenthrèdes, les saperdes, les taupins, ete., ete., ce sera certainement rester en dega de la vérité, que de porter à #1.000,009 le tribut que.la gente insecte prélève annuellement sur la seule Province de Québec.

Sans doute que la science n’est pas toujours en moyens de fournir des armes efficaces contre de tels ennemis, mais les règles de la sagesse et de la prudence ne nous prescrivent-clles pas de les étudier, de les surveiller, de les suivre partout pour découvrir par quels moyens on pourra les combattre avec plus de succès ? et le temps n'est-il pas arrivé, pour notre gouvernement, d'entrer à cet égard dans la voie qu'ont suivie avec tant d'avantage, les peuples qui nous ont dévancés dans les améliorations et les perfectionnements ?

C'est là une réflexion que je prends la liberté de livrer à la méditation des honorables membres du Conseil d’Agriculture.

L'ABBÉ PROVANCHER.

Québec, ler Février 1870.

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