‹ À oté de la rampe, comédies & saynètesChapitre 26 sur 100 · SCÈNE III VERLY, MADAME FAIIVEL · texte numérisé non relu

SCÈNE III VERLY, MADAME FAIIVEL

MADAME FAUVEL

Monsieur Verlv! Comment êtes-vous céans ? Sommes-

nous entrés par escalade ou est-ce une prise de possession? Faut-il appeler le guet, ou prévenir M. le maire de préparer son écliarpe? Et madame Claude?...

VERLY.

Elle vient de sortir pour aller à une assemblée de sa crèche.

MADAME FAIJYEL.

D'oïl j'arrive. Nous Favons attendue pendant trois heures, au milieu du caquetage des dames patronnesses et des gloussements de ces petits anges. J'ai des bourdonnements dans les oreilles. Et le biberon automoteur, quel succès! Vous verrez qu'on fera une société anonyme pour cette délicieuse invention. Toutes les mères de famille voudront des actions. J'espère, monsieur, que vous vous y intéresserez. Je venais savoir pourquoi madame Claude était si fort en retard. Maintenant tout est expliqué. On vous dit très amoureux d'elle.

YERLY.

Madame...

MADAME FAUYEL.

Cela est permis et n'a rien de surprenant. Mais je crois que vous perdez votre temps. Madame Claude aimait son mari. Elle a gardé à sa mémoire une dévotion farouche. C'est dommage, car vous feriez un époux supérieur, j'en suis certaine; je vous ai sur mon carnet.

YERLY.

Votre carnet ?

9i L'INFIDÈLE

MADAME FALVEL.

Oui, une liste de muricigcs (jue je lais in i^etto entre gens qui se conviennent. Vous avez été conduit à l'autel quinze fois déjà parnia main.

YERLY.

Quinze fois! Mais vous me faites passer à l'état de Barbe-Bleue. Dites-moi, vous avez connu M. Claude? (a part.) Je ne risque rien de l'interroger.

MADAME FALVEL.

Oui.

VERLY.

Mais bien connu ? Je n'entends point par là une connaissance sommaire et superficielle.

MADAME FAUVEL, vivement.

Pourquoi cette question? A quoi voulez-vous en venir?

VERLY.

Je désirais savoir de vous s'il était digne de cette tendresse rare qui lui a survécu.

MADAME FAUVEL

M. Claude était fort bien. Je l'ai vu au Chili où il était venu pour un héritage, du temps que M. Fauvel y était consul.

VERLY, à part.

Le Chili... Quelle idée! (Haut.) On dit les Chiliennes fort séduisantes, et de mœurs pas absolument féroces... 11 V a une romance là-dessus.

MADAME FAUVEL

Oui, les fciiimes y ont beaucoup de grâce et d'abandon.

VERLY.

Et M. Claude n'a point touché le cœur d'une Garmelita ou d'une Dolorès, aux yeux de velours ?

MADAME FAUVEL, vivement.

Non, non, iM. Claude était incapable... Auriez-vous entendu dire quelque chose ? Expliquez-vous. Vous paraissez savoir...

VERLY.

Je ne sais rien, mais... (a part.) Quel intérêt elle aussi prend à la vertu de M. Claude ! C'est une ligue générale pour la défendre.

MADAME FAUVEL

M. Claude plaçait trop bien ses affections. II n'était pas homme à les éparpiller.

VERLY, à part.

Les éparpiller... (Regardant madame Fauvel.) Est-Ce

que?... Non, non, quelle bêtise!

MADAME FAUVEL

Mais quel est le motif de cette cm'iosité singulière?

VERLY.

Vous allez le savoir. Mes sentiments à l'égard de madame Claude ne sont pas un secret pour vous. J'ai eu le malheur de dire un mot, fort innocent dans ma pensée.

qu'elle a interprélé coniine injurieux pour la mémoire de son mari, et elle m'a mis au défi de prouver qu'il ne donnait pas l'exemple de toutes les vertus conjugales. Bon gré, mal gré, il faut que je réponde à ce défi, sous peine d'une rupture complète, et j'entre en campagne, à la recherche de la Circé qui a amolli le cœur de cet époux incomparable. J'irais au pôle Nord pour apprendre quelque chose. Encore une fois êtes-vous certaine qu'il ne s'est rien passé au Chili ? Pai'iez, et sur le plus léger indice je m'embarque pour Valparaiso afin de ramener les témoins.

MADAME F AU V EL, agitée.

Mais c'est de la folie!... Comment madame Claude at-ellepu avoir une idée aussi insensée, et vous, monsieur, qui êtes un galant homme, est-il possible que vous vous livriez à une recherche pareille ? Cela n'est pas digne de vous, en vérité.

VERLY.

Je ne dis pas, madame. 11 n'y a là rien qui doive me grandir aux veux de mes concitoyens, et je ne m'attends point à recevoir le sautoir de la Légion d'Honneur pour cette expédition. Mais madame Claude le veut, et j'aime madame Claude.

MADAME FAUVEL

Attendez au moins que je lui aie parlé. Je veux lui faire sentir combien sa conduite est peu raisonnable.

VERLY.

J'en suis désolé, madame, mais vous n'obtiendrez rien.

Voici un quart d'heure que je devrais être en route, et je ne nie console qu'en pensant que j'ai fait de ce temps l'emploi le plus agréable. Je vais me livrer à mon enquête, et je rapporterai ici le sieur Claude déshonoré ou béatifié, couvert d'ignominie ou rayonnant de l'auréole des bienheureux, (il sort et rentre aussitôt.) Vous répondez du Chili?...

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