SABRAN, CAROLINE
CAROLINE, paraissant ô gauche et apercevant Sabran. A part.
Lui !... (Froidement à Sabran.) Pardon, monsieur, je ne vous savais pas ici et...
SABRAN, affectant de aonrire.
Vous pensiez trouver M. Moulinier... (Montrant la droite.) Il s’habille, madame, il s’habille... (Fausse sortie de Caroline à gauche.) Il se fait beau, M. Moulinier... Ce sera long... Mais ne vous dérangez pas, je vous prie... je quitte la place, (n remonte au fond. Fausse sortie.)
CAROLINE, qui s’est retournée.
Je ne suis pas ici chez moi.
SABRAN, entre ses dents.
Oh ! mon Dieu... c’est bien la même chose.
CAROLINE, hautaine.
Vous plaisantez, je suppose...
SABRAN
Du reste, puisque nous avons tous deux à causer avec M. Moulinier... rien ne nous empêche de l’attendre ici.
CAROLINE
VOUS avez raison. (Caroline passe à droite, s’assied près de la table et se met ô feuilleter un journal illustré qu’elle tenait A la main en entrant. — Sabran s’assied de son côté à droite et tire un journal de sa poche qu’il parcourt. — Tous deux se tournent presque le dos, mais de temps en temps Sabran se retourne et jette à Caroline des regards irrités. Puis, dès que celle-ci le regarde à son tour de la môme façon, il affecto de se replonger dans sa lecture. — Jeu de scène.)
MOULINIER, entr’ouvront doucement la porte de droite, risquant un coup d’œil et voyant le jeu de scène. — A part, montrant Subran et Caroline et faisant un signe qui veut dire : Us vont se rapprocher.
Lu glu... la glu... (il disparaît, refermont vivement la porte.) SABRAN, levunt les yeux et se retournant au bruit de la porte qui se
referme.’
Vous m’appelez, madame ?
CAROLINE
Moi... mais du tout, monsieur... (ils se remettent à lire. — Nouvelle pause.)
SABRAN, nerveux et impatienté, se lève, passe au milieu, vient A Caroline, ouvre la bouche comme pour parler, et, ne trouvant rien, revient à sa place, puis, après avoir pris une nouvelle résolution, revient de nouveau au milieu.
Voyons, Caroline... dites-moi ce que je vous ai fait?
CAROLINE, qui a quitté son journal et s’est levée aux premiers mots de Sabran. — Commencement de colère.
Ce que vous m’avez?... Gomment, monsieur, tous avez l’audace de me questionner... après l’affront de ce matin... (Montrant un paquet de lettres.) Mais mes lettres, monsieur, mes lettres que vous m’avez fait rendre par votre ami ?
iW
SABRAN, s’animant à son tour et montrant un paquet.
Mais les miennes, madame, les miennes que vous m’avez renvoyées par le môme intermédiaire?
CAROLINE
Moi, c’est différent.
SABRAN, stupéfait.
Ilein ?...
CAROLINE
Je m’étais aperçue que vous ne m’aimiez plus*., et c'était précisément pour prévenir votre abandon...
C’est-à-dire que j’avais moi-môme remarqué que depuis longtemps je vous (Appuyant.) ennuyais... et désirant vous débarrasser d’une présence importune...
CAROLINE, avec colère.
Vous mentez I
SABRAN, de môme.
Madame !
MOULINIER, qui o passé sa tète par la porte do droite. La retirant vivement et fermant lu porle.
Ohî...
CAROLINE
Vous m’abandonnez pour vous marier.
SABRAN
Je vous jure... -
CAROLINE
Ne jurez pas... je sais tout...
SABRAN
Eh bien, avouez donc à votre tour que si vous me quittiez, c’était pour venir chez Moulinier?
CAROLINE
Moi!... Allons donc...
SABRAN, avec un geste d’affirmation.
Oh!... (Caroline hausse les épaules. — Une pause.)
CAROLINE, montrant Snbran.
Ainsi, voilà le résultat de mon amour... Dire quo j’avais tout sacrifié à cet homme, et qu’aujourd’hui il me
délaissé pour... (indignée.) Oh!... (Elle s’assied à gauche.)
* SABRAN, montrant Caroline.
Et penser que j’ai sacrifié à madame les dix plus belles années de ma vie!... (indigné.) Ah l... (n s'assied à
JO
droite. — Tous deux gesticulent avec animation — Une pause. — Se levant et venant à Caroline, d’un ton radouci.) VOYOUS, Caroline... vous vous trompez... vous cherchez à vous tromper... Il est impossible que vous ne m’aimiez plus... (Désignant
la droite.) et surtout que vous aimiez...
CAROLINE, se radoucissant.
Vous ne le pensez pas... (Regardant Sabran.) Eh bien... et vous-même... cette jeune fille... est-ce que?...
SABRAN, protestant.
Oh ! Caroline ! (il se rapproche d’elle.)
* ta
Mais alors... pourquoi m’avoir renvoyé mes lettres?...
SABRAN, embarrassé.
Que voulez-vous?... un instant de folio... d’égarement., on veut oublier... on le croit... et... (vivement.) Mais vousmême... pour quelle raison ?...
CAROLINE, embarrassée de son côté.
J’avais peur, mon ami... (Etonnement de Sabran qui se rapproch e encore.) Oui, je craignais de devenir un obstacle à votre bonheur... à votre avenir... (Protestation de Sabran.) Je voulais me dévouer obscurément... en silence... Qui sait si plus tard vous 11e m’en auriez pas su gré?
SABRAN, avec élan.
Caroline ! (Instant d’émotion. — Sabran s’assied près de Caroline et lui prend Us mains doucement.) Voyons... est-ce que vraiment ce serait fini... bien fini... (vraiment.) Non, n’est-ce pas?
CAROLINE, le regardant dans les yeux, même jeu.
Eh bien! et vous... est-co qu’il n’y a plus de place pour moi... là... dans ce cœur?
SABRAN , tombant aux genoux de Caroline.
Liline !...
Jujules!...
CAROLINE
SABRAN, aux genoux de Caroline.
Tu ne peux avoir oublié nos douces soiréos... nos bonnes causeries d’h ver... Enfant, qui croyait pouvoir vivre sans moi!...
Ingrat, qui s’imagi ait se passer de sa petite femme !
SABRAN, ravi.
Oh ! tu ne me quitti: as plus, n’est-ce pas ?
CAROLINE
Moi... non... mais toi?...
SABRAN, protestant. '
Liline !
CAROLINE
Jujules !
MOULINIER, entrant de droite et montrant Sabran et Caroline qui se
regardent arec amour.
Repilicés (Il entre en scène en toussant.) Hum !... hum!...
gABRÀN.
Oh!... (Il se baisse vivement , feignant de chercher quelque chose par terre et se met à quatre pattes. — Caroline, très-rouge, se met à feuilleter son journal. — Moulinier s’arrête, jouant la surprise. — Tableau.)