‹ À perpétuité, comédie en 1 acteChapitre 8 sur 15 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

SABRAN, MOULINIER

MOULINIER, remontant vivement, à Sabran.

Qu’est-ce que tu as, toi?

SABRAN, assis, pouvant à peine parler.

Oh ! mon ami, je... (se levant avec effort et prenant la main de Moulinier tout en le regardant avec anxiété.) Non, Il’est-ce pas?

MOULINIER, stupéfait.

Non... quoi?

SABRAN, avec émotion.

Ah ! figure-toi qu’en revenant ici... (indiquant la gauche.) là... tout à l’heure... je passais devant la maison de Caroline... il y avait un rassemblement en bas... un accident venait d’arriver... un horrible pressentiment me traverse l’esprit et je me dis : Si c’était Caroline qui, dans Un accès de désespoir.. (Prenant vivement la main do Moulinier.) Non, n'est-ce pas ?

‘ MOULINIER, à part, arec commisération.

Il me fait pitié. . . (Haut.) Mais non, mon ami. . . (sabran respire.) mais non.. . (Après un temps.) au contraire.

SAGRAN, surpris.

Au contraire?

MOULINIER

Je veux dire que Caroline a très-bien pris la chose. . . (Mourement de Sabran. — à part.) Quel jocrisse! mon doux Seigneur.

SABRAN

Je respire, (s’asseyant.) Raconte-moi ce qui s’est passé. Tu arrives chez Caroline. . .

MOULINIER

Pardon... Caroline vient chez moi.

Ah! c’est elle qui. . .

MOULINIER

Au moment môme où j’allais sortir elle entrait.

SABRAN, continuant.

Tu lui dis: Madame, mon ami Sabran. ..

MOULINIER

Pardon... (Mouvement de sabran.) Elle rao dit: Monsieur, votre ami Sabran...

SABRAN, de .plus en plus surpris*

Ah ! c’est elle qui?. . . ' —

MOULINIER

Parfaitement, mon ami. . . et avant que je n’aie pu lui rendre tes lettres... elle m’avait remis celles-ci... (sabran se lève. Moulinier lui montre le paquet et le lui tead.) Tiens, les voilà... vérifie...

SABRAN, étourdi, puis furieux.

Comment!.., Caroline!... C’est elle qui!... Ah!.,.

MOULINIER, à part, très-tranquille, préparant le flacon de sels.

Il va se trouver mal aussi. . . (une pause.)

SABRAN

Mais enfin, pourquoi vout-elle me quitter? Quelle raison a-t-elle donnée ?

MOULINIER

Une raison... bien convaincante, mon ami. (simplement.) Tu t’endors après dîner.

SABRAN, furieux.'

Comment ! je. . . Elle t’a dit que. . . (Moulinier fait signe que oui. Exaspéré.) Ah l par exemple!!!

MOULINIER

Tu dois être bien content.

SABRAN, vexé.

Oui... oui... en effet...

MOULINIER, à part souriant.

Iljenrage.

SABRAN

Elle ne t’a pas dit ce qu’elle comptait faire. ~

moulinier.

Non. Seulement , si tu y tiens, je puis le lui demander tout à l’heure.

SABRAN, étonné.

Toi?

MOULINIER

Moi ! Elle va revenir.

Pourquoi faire?

MOULINIER, narquois.

Voilà. .. je l’ai invitée à dîner.

SABRAN, rivement.

Elle a accepté?

- moulinier.

Tout de suite. (Mouvement de Sabran.)Et après le dîner, je lui ai proposé de la conduire au théâtre.

SABRAN, vivement.

Elle y a consenti?

moulinier.

Avec élan*.. J’ai loué une petite baignoire... (souriant.)

et je lui ai laissé entendre que... après le théâtre... (s e fendant en riant sur Sabran.) Ah! ah! ah!

SABRAN, furieux.

Et elle n’a pas protesté...

MOULINIER, arec doute.

Mollement... bien mollement. i. (Venant à Sabran, qui est rouge de colère, et le regardant en souriant. )Dis donc, elle est jolie, Caroline... une femme superbe... Et puis pas bête du tout... (Très-sérieux.) Du reste, ce que j’en fais là, tu comprends, c’est uniquement pour t’être agréable... Tu avais prié ton petit Moulinier... Alors moi, le dévouement incarné,

je... ( Se fendant de nouveau sur Sabran.) Ail! ail! ail! (Le regardant.) Tu ne ris pas?...

SABRAN, vivement.

Si... si... tu Vois... (Affectant de rire bruyamment.) Hi! hi!

hi! hi!...

MOULINIER, à part. -

Il rugit. (Haut, après avoir regardé la pendule.) Mais pardon, mon ami... ce n’est pas pour te congédier... voici quatre heures... la charmante Caroline... (Mouvement de Sabran.) ne peqt tardera revenir... et, tu comprends, je ne voudrais pas la faire attendre... Plus tard, je ne dis pas... mais une première fois... (Se fendant une troisième fois sur Sabrant) Ah! ah! ah!

SABRAN, contraint.

O mon Dieu! c’est bien, jo m’en vais... (il ne bouge pas.) Oh! je m’en vais... (Même ieu.)

MOULINIER, â port.

Il ne bouge pas... (riaut.) Eh bien, tu ne me remercies pas?

SABRAN, très-sec.

Si... beaucoup... oh ! beaucoup, (il remonte.)

MOULINIER, clignant de l’œil.

Dis donc, demain je te raconterai ce qui s’est passé.

SABRAN, sévèrement.

C’est inutile... Il est du reste probable que nous ne nous reverrons pas de quelque temps. (Furieux.) Adieu, adieu... (il sort furieux par le fond.)

MOULINIER, seul, goguenard, descendant en scène.

Quelque temps... avant dix minutes il sera revenu aussi, celui-là... Ils m’amusent tous les deux considéra- , blement... d’autant plus que, grâce à eux, je pourrai ce soir môme, si je ne m’abuse, demander la main... (Tirant une photographie de sa poche et l'embrassant.) Oh ! Eglailtine !... chère Eglantine !... (A*vec admiration, faisant un grand geste.) Des yeux comme ça... une bouche comme... (n fait le même geste. Se reprenant vivement.) Oh ! 11011... non...

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