‹ A propos d'un prêtre marié :Chapitre 6 sur 16 · L'HOMME & LE SYSTÈME · texte numérisé non relu

L'HOMME & LE SYSTÈME

(kite fois, je yn avoue vamcuparmes adversaij^es, désai-mé devant leur faiblesse et ^stupéfait devant leur bêtise. Même il me vient une 2^-0 fonde pitié d'avoir à pourfendre des fantômes et à écraser des larves d'idées. Mais ces fantômes en imposent encore aux bonnes gens, et ces larves sont mccl faisantes. Je pou7^suivrai donc le combat tout seul, n ayant plus affaire quà des ténèbres. Au hout des ténèbres il y a la lumière, et ce sera (e triomphe de la Vérité.

Apres que V avant-dernier Exode se fut l'épandu dans Paris,. M. l'abbé Arthur Mugnier y premier vicaire de Sainte- Clotilde, à qui je l'avais communiqué, adressa la lettre suivante à /'Univers et à la Croix :

Lettre de M. l'abbé Mugnier dans I' u Univers ) et dans la a Croix» du 26 août :

Paris, 25 août 1909

Monsieur le Directeur,

Il y a un peu plus de deux ans, une personne qui

connaît bien M. Hyacinthe Loyson me suppliait

de « trouver le moyen de faire rentrer au vieux

bercail » ce pasteur errant et malheureux.

J ai eu la simplicité de croire qu'on peut essayer de faire un peu de bien même à un renégat (sïc)

Mon accueil a' été d'autant plus compatissant [stc) que je pouvais m'imaginer que l'âge et de douloureuses expériences lui avaient enfin ouvert les yeux.

II se disait si profondément découragé! Il aimait a entrer dans nos églises, à y rencontrer des prêtres qu'il avait connus. Je l'ai écouté, je l'ai lu en cherchant d'instinct tout ce qui rapproche, e[ par une délicatesse imprudente dont il se prévaut pour m'en blâmer ensuite, ne soulignant pas ce qui divise.

Ajoutez-y des politesses que je reconnais aujourd'hui avoir été excessives.

J'ai voulu aussi et surtout l'empêcher de commettre un crime de lèse-amitié, et de provoquer un scandale, en laissant publier la correspondance de l'abbé Charles Perraud. J'avais d'ailleurs déclaré, et à lui et à d'autres, que cette correspondance ne contenait pas la preuve de la faute dont on osait charger la mémoire de son ancien ami.

Sur mes instances, il y avait renoncé. Pourquoi, dix-sept mois après, est-il revenu sur sa décision ( i ) ? Pour me remercier et me punir tout ensemble M. Hyacinthe Loyson qui ne respecte ni les vivants ni les morts, me prête un langage contre lequel je proteste énergiquement (2).

(1) J'en donne plus loin rexplication note i-.

(2) Dé'Tienti aux citations des paroles de M.' Mugnier transcrites dans les mémoires de mon père et publiées par moi dans 1 Exode du 25 juillet- 10 août derniers.

Pour ceux qui me connaissent, mon ministère, si humble qu'il soit, vaut mieux que toutes les paroles.

Pour les autres et pour tous, voici ma seule et unique déclaration :

J'accepte, sans réserve, tous les dogmes de la Sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, c^t je leur donne la pleine adhésion de mon esprit, de mon cœur et de ma vie.

Veuillez agréer, M. le Directeur, l'expression de mes très distingués sentiments.

A. MUGNIER

Premier vicaire à Sainte-Clotilde.

Aussitôt que cette lettie eut été portée à la connaissance de Mme la comtesse de Fallois de Saint-Germain, celle-ci adressa la réponse suivante à V Univers qui s'est réfusé à l'insérer : (3)

(3) Voici le refus de son Directeur :

Leyal-André-en-PIéneuf(Côtes-du-Nord), 6 septembre iqoq.

Madame,

fe reçois ici votre communication et je suis au regret d'avoir

ous écrire çiu'il m'est impossible de la publier; je pourrais

is déclarer tout simplement qu'en droit, n'ayant pas été

:nmée dans la lettre à laquelle vous voulez répondre, vous

pouvez me contraindre à insérer la vôtre. Mais je préfère

pas me réfugier sous l'abri que me donne la légalité. Je

vous dirai donc très nettement que, dans les colonnes de

y Univers, je considère comme clos les incidents auxquels vous

faites allusion et n'y veux point revenir.

Veuillez agréer, Madame, l'hommage de mes respectueux

''"'^"^^- François Veuillot.

La comtesse de Fallois de Saint-Germain à I' « Univers ».

Scey-en-Varais (Doubs), 29 août 1909.

Monsieur le Directeur,

Vous publiez, dans le numéro de VUmvers du 26 août, une lettre de M. l'abbé Mugnier, premier vicaire de Sainte-Clotilde, qui débute par ces lignes :,

« Il y a un peu plus de deux ans, une personne qui connaît bien M. Hyacinthe Loyson me suppliait de trouver le moyen de faire rentrer « au vieux bercail )> ce pasteur errant et malheureux. J'ai eu la simphcité de croire qu'on peut essayer de faire un peu de bien même à un renégat... etc, etc. »

Je suis la personne dont parle M. Mugnier, et j'estime que je dois à la vérité, à ma profonde vénération pour l'ex-Père Hyacinthe, à mon amitié pour sa femme et son fils, de redresser la tortueuse et étonnante version que donne M. Mugnier de faits auxquels je me suis trouvée mêlée par ma présence et ma correspondance.

Au mois de janvier 1907, et au cours d'une conversation toute personnelle avec M. Mugnier, j'eus l'occasion imprévue de lui citer ou de lui montrer quelques lignes que je venais de recevoir de M. Loyson. Avec une spontanéité qui dénotait la plus vive sympathie d'idées, M. Mugnier me demanda si j'étais en relations fréquentes avec

M. Loyson, et si je pouvais lui donner son adresse

Paris, parce qu'il avait un extrême désir de le

)ir {4). Je donnai l'adresse et j'assurai le premier

icaire qu'il serait reçu avec une sincère cordiali-

Lé, le grand Carme ne connaissant pas les

mesquines rancunes et s'intéressant toujours

passionnément à la crise religieuse qui se déroule

depuis le fameux Concile auquel il refusa son

adhésion.

Quelques jours plus tard, étant chez M. Loyson, quai de la Mégisserie, je vis entrer l'abbé Mugnier et je les laissai en tête-à-tête. La semaine suivante^ 1. Mugnier me demandait de transmettre à M. et M'"<^ Loyson son désir de les recevoir à déjeuner chez lui et, me priant de me joindre à eux, M. Mugnier me fixait le jour par cette carte que ai sous les yeux : « Chère madame, vous êtes arfdite, et je vous remercie de tout coeur. J'ai crit quai de la Mégisserie. Comme je n'ai vu apparaître ni enterrement ni mariage, ce sera îuardi prochain. J'espère que M'"^ Loyson pourra venir. — Respectueux dévouement. .

A. Mugnier. »

Madame Loyson grippée ne vint pas. Nous fùixies trois convives, plus l'amphytrion : le Père Hyacinthe, moi, et un prêtre indépendant. De « convention » il ne fut pas plus question que de vieilles lunes. La conversation fort intéressante

. Il faudrait ici : de le recevoir. Consulter plus loin la note ^.

et nullement confidentielle roula sur les hautes personalités du parti religieux libéral qu'avait connues et aimées le Père Hyacinthe : Montalembert, Gratiy, Perraud, etc.. Il y fut question incidemment du mariage Perraud qui n'était pas encore ébruité parla brochure Iloutin, mais qui ne soulevait aucun doute, aucune objection de la part de l'abbé Mugnier ni de l'autre prêtre; je lus seule à me montrer, non scandalisée mais surprise.

Voilà les faits dans leur scrupuleuse exactitude, je défie M. l'abbé Mugnier d'en démentir le plus léger détail. Si l'on peut me voir dans cette courte série de négociations « supplier » le premier vicaire de Sainte-Clotilde de venir convertir un (( renégat » désespéié et le trainer presque de force chez lui, je veux bien être pendue. Avant de jouer ce rôle, il aurait fallu que le spirituel abbé dont les causeries sont un régal de dilettante, eommençât par me convertir moi-même, puisqu'il sait mieux que personne pour quelles raisons j'ai rompu depuis des années avec l'Église catholique, et comment depuis les scènes scandaleuses des inventaires je me refuse à payer un centime au culte Romain.

Je sais que M. Mugnier montre une lettre de moi lui demandant « s'il ne pourrait pas faire rentrer au vieux bercail, si démoli, si battu par la tempête qu'il soit, le pasteur errant qui souff.e de son éloignement des âmes ),. Je suis loin de me défendre d'avoir écrit ces lignes qui présentent le

Père Hyacinthe tel que je le connais : pasteur d'âmes dans toute la force du terme évangélique, et triste, mortellement triste, de voir l'Eglise à qui appartient un si beau troupeau, le mener à la ruine et aux ténèbres. Cette réconciliation in extremis entre M et elle, prouvant la noblesse des deux adversaires et leur ancien amour, me semblait très belle, et l'abbé l'avait si bien compris comme moi qu'il la précisait en me répondant : « Je voudrais être le Pape pendant cinq minutes, pour dire au Père Hyacinthe en lui tendant les bras : sans condition ^ mon fils, sans examen de ce que vous croyez ou ne croyez pas, je vous rends votre place, vous ne nous avez jamais quittés, vous serez éternellement nôtre dans l'amour du Dieu de vérité w.

Mais c'était là une de ces illusions généreuses dont la réalité des choses humaines et surtout catholiques a vite raison, et je suis trop vieille poui y avoir cru plus que le temps de la formuler.

M. Mugnier, si fin, si intelligent, le seul supportable des conférenciers orthodoxes (?) et auquel une vieille amitié faite de charme et de gai scepticisme me lie, possède le don naturel des mots justes et pénétrants qui font stigmate (quand il est lui-même et non pas sous l'étole). C'est par l'un d'eux que je veux finir. Il m'a dit, devant la haute, terme, puissante et mélancolique figure morale du Père Hyacinthe : a Cet homme est plus honnête que nous. »

Ce cri de la conscience qui ira à la postérité

vaudra à M. l'abbé Mugnier le pardon de la vilaine petite comédie ecclésiastique qu'il vient de jouer, par ordre supérieur, je veux le croire.

En vous requérant, Monsieur le Directeur, de faire paraître ma réponse dans votre plus prochain numéro, je fais moins appel à la loi qu'à votre esprit de justice et de courtoisie et je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments distingués.

Ctesse j5g FaLLOIS DE SaINT-GeRMAIN.

De son côté, M. Hyacinthe Loyson, aussitôt qu'il eut pris connaissance de la lettre de M. Mugnier dans Wnivers, écrivit au premier vicaire en ces termes :

Lettre de ,M. Hyacinthe Loyson à M.

Mugnier, premier vicaire de Sain^e- Clotilde.

Genève, le 27 août 1909.

Monsieur,

Je vous croyais un ami, et vous n'êtes pas un honnête homme.

Vous venez d'écrire à V Univers une lettre cyniquement hypocrite. Je dis cymquement hypocrite, ne pouvant dire autrement, puisque j'ai entre les mains — et vous le savez — les preuves écrites et signées par vous de l'absolue fausseté de vos affirmations.

Je livre ces documents à mon fils, vous m'y contraignez par vos mensonges, et je le laisse libre d'en faire l'usage qui lui semblera bon pour défendre l'honneur de son père, et, ce qui est audessus, les intérêts de la Vérité.

Je ne vous garde point rancune. Monsieur, je vous le dis du fond du cœur, mais j'ai une grande pitié pour le prêtre qui monte en chaire et à l'autel avec une tell4 concience, et je prie Dieu de vous pardonner comme je vous pardonne.

Hyacinthe Loyson.

(Lettre recommandée, restée sans réponse).

ICnfin, le même jour que mon père, j'écrivais aussi à M. Mugnier. Voici ma lettre :

Coppet, 27 août 1909.

Lettre de Paul Hyacinthe-Loyson à M.

l'abbé Mugnier, premier vicaire de Sainte-Clotilde :

Monsieur,

Pour la tioisième fois depuis l'ouverture de nos hostilités, je viens vous offrir l'occasion de sauver ce qui reste de votre honneur.

Par votre lettre du 26 courant dans V Univers, vous faites ^ je suis bien obligé de vous le dire —

un pas de plus dans l'hypocrisie, dans le cynisme, dans la bêtise. Vous ne présentez plus mon père comme un homme « qui se trompe de bonne foi » mais comme un menteur, tout crûment, puisque vous osez désavouer vos conversations avec lui Par malheur vos lettres sont là qui monireni clairement où est le menteur.

Certes, je n'avais pas envisagé que votre aberration obstinée dût jamais nous mettre dans le cas de publier cette correspondance. Et avant d'en vemr a ce Parti extrême, pour laver Vhomme qui m'est le plus sacre de la plus vile des calomnies, je veux qu'une chose smt bien établie : c'est que je vous en laisse à vous seul l entière responsabilité.

Je vous invite donc à rétracter dans l'Univers cette imputation de mensonge dont vous avez le Iront de charger mon père, alors que toutes vos lettres à ce même père sont autant d'hommages à sa droiture et à son absolue noblesse.

Si, dans les quarante huit heures, vous ne ne donnez pas satisfaction, c'est vous-même. Monsieur, qui enverrez ces lettres à l'impression.

Vous allez prononcer sur vous : le verdict est entre vos mains.

Paul Hyacinthe-Loyson.

(Recommandé et resté sans réponse.)

M. Mugnier a prononcé. J'avoue que ce n'est pas sans un sentiment d'infinie tristesse que j'en suis réduit à le confondre. A trois reprises je lui

ai offert de se sauver. Il n'avait qu'à écrire dans sa pi em'ière lettre kV Univers : « M. P. H.-Loyson désire savoir pourquoi mon nom figure dans la liste de témoins cités par Mgr. Baudrillard. On m'a demandé si j'avais vu ou su quoi que ce soit qui pût me faire croire au mariage de l'abbé Peiniud avec M'"^ Duval. J'ai répondu catégoriquement : Non. Mais je n'entendais pas que mon témoignage fût exploité contre M. Hyacinthe Loyson que je tiens pour un honnête homme : ce qu'il a vu ou su ne me regarde pas. » Au lieu de cet acte de prudente franchise qui conciliait les obligations de M. Mugnier^ envers .l'EgHse et envers mon père, ouj plutôt envers la vérité, M. Mugnier préféra jouer d'une équivoque qui aboutit enfin au brutal cynisme. Depuis sa dernière lettre à 1' « Univers », l'un de ces deux hommes, ou M. Mugmer, ou mon père, doit rester marqué du nom de menteur. Or ceux qui me connaissent en témoigneront : j'attaque l'adversaire à visière levée, et j'appelle le choc des seules idées, ayant pleine confiance dans \es\ miennes propres. Mais foîce m'est bien d'accepter la lutte telle qu'on me l'impose, pour venger l'honneur de mon père. Car il serait plaisant, vraiment comme le voudrait le Bulletin de la Semaine qui réprouve « le jeu des petits papiers » et ose, à ce propos, invoquer Tartufe, il serait, dis-je, vraiment trop raide que Tartufe pût venir vous jeter au visage les pires calomnies et exiger de vous de ne pas y répondre : « Je vous traite de menteur et c'est moi qui mens, c'est enten-

du, mais vos seules preuves de mon mensonge, ce sont mes lettres, et une politesse élémentaire vous interdit de vous en servir... » Non, j'ai beau faire, cette tartuferie ne me convainc pas. Et ce qui me débarrasse de tout scrupule, c'est que Tartufe, dans la circonstance, aspirait au rôle de convertisseur ! De l'aveu même de M. Mugnier il faisait le siège depuis plus de deux ans de la conscience candide de mon père, pour ajouter ce suprême trophée aux âmes déjà repêchées par lui du rare Huysmans et du bon Coppée ! Cette fois, quels furent ses travaux d'approche, quelles son audace et sa sournoiserie sous couleur de libéralisme et de débordante amitié, c'est ce qu'il sied qu'il raconte lui-même. Et puis, enfin, l'édifice de mensonge est trop colossal, il faut le ruer bas tout entier.

Il y va ici de la vérité de l'histoire de l'Eglise qui passe de beaucoup les questions de personnes. Le premier vicaire de Samte-Clolilde n'est plus désormais qu'une soutane trouée aux mains de Mgr Baudrillart qui s'en fait un paravent précaire, puisqu'aussi bien c'est le recteur de l'Institut cathohque qui, usant de son pouvoir impératif de vicaire général de Paris, a dicté à l'abbé Mugnier sa lamentable protestation, comme il lui avait déjà demandé de corroborer dans V Univers la comédie oratorienne. Et c'est donc, pour la deuxième fois, i'oratorien Baudrillard, passé maitre en faux témoignage,.que la vérité atteindra en face.

Voici les lettres de l'abbé Mugnier à mon père.

On est prié d'en comparer les expressions à celleâ de sa lettre dans V Univers et dans la Croix :

BASILIQUE PAROISSIALE

DE SAINTE-CLOTILDE

Paris, le i3 janvier 1907.

Monsieur

et permettez-moi d'ajouter : mon Père,

M^^ de Saint-Germain m'écrit que vous aurez l'extrême bonté de me recevoir, mardi prochain, à 4 heures. Je veux vous exprimer tout de suite ma reconnaissance et ma joie.

Que de fois j'ai rappelé à M. Ledrain les heures que nous avons passées avec vous, et c'était pour le remercier encore et toujours (5)!

J'ai besoin de vous voir et de vous entendre.

(5'! Ceci prouve que c'est M. Eugène Ledrain, conservateur au Musée du Louvre, qui présenta le premier M. Mugnier à mon père, pour combler les vœux de M. Mugnier. Ce ne fut donc point Mme la Comtesse de Fallois de Saint-Germain qui alla chercher M. Mugnier pour l'introduire auprès de mon père en le « suppliant « de le convertir, comme le donne à entendre la lettre de M. Mugnier dans l'Univers. Au surplus, et beaucoup plus tard, M. Mugnier ayant perdu les traces de mon père, voulut à tout prix les retrouver, et il s'adressa, cette seconde fois, à Mme la comtesse de Fallois, comme cette lettre en témoigne ainsi que la réponse de Mme de Fallois à V Univers, Donc, deux démarches spontanées de M. Mugnier, et un gros mensonge dans l'Univers.

Il faut que vous sachiez bien que, depuis trentesept ans, votre nom m'émeut plus que tout autre, et que j'ai gardé, dans le secret de mon cœur, une profonde vénération pour vous.

Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de mon très respectueux dévouement.

A. MUGNIER

Premier Vicaire, 25, rue Las-Cases.

BASILIQUE PAROISSIALE

DE SAINTE -CLOTILDE

Paris, le lo février 1907.

25, rue Las-Cases.

Monsieur et Cher Père,

M'»^ la Comtesse de Saint-Germain me transn et votre réponse, et je vous en suis profondément reconnaissai^t. En daignant accepter mon humble invitation, vous me faites un très grand honneur, et vous me donnez une joie que je ne peux dire.

J'espère que la santé de M'»^ Loyson lui permettra de se joindre à vous, car je tiens beaucoup à sa présence.

Nous reprendrons le cours de ces entretiens inaugurés, au passage Dulac, (6) poursuivis quai

(6) Chez M. Ledrain : deuxième aveu de M. Mugnier.

de la Mégisserie (7), et qui, permettez-moi cette confiance, dureront toujours.

Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de mon plus respectueux attachement.

A. MUGNIER

p.-S. — Ce sera, si vous le voulez bien, mardi prochain, 12 février, à midi.

Paris, 26 août 1907.

Monsieur, et Cher Père,

Je pars, la semaine prochaine, pour l'Italie où je passerai trois mois de vacances.

Si j'avais pu traverser la Suisse, je me serais fait une joie de vous saluer, au passage. Puisqu'elle m'est refusée, permettez-moi de vous écrire que votre souvenir m'accompagnera partout, et que je vous associerai, d'instinct et de cœur, à ce que je verrai de grand et de beau.

Puis je vous retrouverai, cet hiver, à Paris où votre éloquence peut encore, croyez-moi, prévenir bien des ruines ou les réparer.

Dieu, l'âme, Jésus-Christ : que de causes à défendre !

Que Dieu vous garde cette jeunesse de corps et d'âme que nous admirons tous (8) !

(7) A rhôtel où était descendu mon père.

(8) Comparer la lettre à V Univers : u II se disait si profondément découragé. . . »

J'espère que M™- Loyson se porte bien. Je la remercie encore de son accueil.

Veuillez agréer, mon bien cher Péie, l'expression de mon profond respect et de mon meilleur dévouement.

A. MUGNIER

BASILIQUE PAROISSIALE

DE SAINTE-CLOTILDE

Paris, le 7 janvier 1908.

Mon Père,

L'année qui vient de s'écouler m'a apporté la joie de vos entretiens, et je l'aimerai toujours.

J'espérais que 1908 vous ramènerait parmi nous, et voici que j'apprends que le Midi vous garde, au moins pour quelques mois. Si la santé de M^e Loyson doit s'y raffermir, tant mieux !

Mais quelle déception pour ceux qui vous aiment, qui auraient voulu toujours vous connaitre, et qui trouvent en votre parole un réconfort religieux ,9) ! Je lis, pour me consoler un peu, les pages éloquentes que le Siècle fait paraître, et que vous avez la bonté de m'envoyer (ro).

^ (9) Comparer avec la lettre à VUnivers : « Mon accueil a été d'autant plus compatissant... »

(loj Je rappelle ici les dates, les titres et le contenu de ces « pages » de mon père dans le Siècle : Siècle du 27 décembre 1907, sur V interdiction /aile par les ève'ques du sud-ouest à leurs

Ah ! quel temps que le nôtre ! On s'injurie de toutes parts, et personne ne veut profiter de

fidèles de lire la Dépêche de Toulouse : « L'habileté de ces évèques tient du jésuitisme. . Je ne leur appliquerai pas le mot de Luther : « Quand un homme est fait évêque, le diable entre en lui ». Je me contente de dire qu'il cesse d'être homme en devenant évêque... Il n'y a plus d'évêques dans la France républicaine, mais uniquement des préfets violets, délégués révocables du pape Pie X et de son secrétaire d'Etat, le cardinal Merry del Val... Un sel affadi, ce sera sur notre épiscopat français le dernier mot de l'histoire. »

Siècle du 16 décembre 1907, sur V Excommunication du roi de Naples : « Elle est bien morte, cette Eglise. C'est elle qui s'est suicidée, ou, si l'on préfère, c'est le pape qui l'a tuée... Un catholique fervent, mais clairvoyant, m'écrivait ces jours derniers ; Pie X est un fou fanatique, auquel l'Eglise a été livrée... L'excommunication porte bonheur, et la boutade de M. Thiers est historiquement fausse : « Celui qui mange du pape en crève! » 11 suffit d'un estomac robuste pour le bien digérer. »

Siècle du 2 novembre 1907, lettre à M. le D^ Kuy.per : « L'attitude des catholiques français est aussi contraire à l'esprit de l'Eglise qu'aux devoirs du citoyen... Pendant qu'un député clérical vous citait avec éloge à la tribune du parlement français, un député républicain lui répondait d'un mot ! C'est V Eglise qui s'est suicidée! Ce mot sera celui de l'histoire... Deux hommes, au xvie et ou xviie siècle, ont sauvé l'Europe et la Chrétienté par l'héroïsme de leur pensée et de leur action : un français, Calvin, et Guillaume III devenu loi d'Angleterre... L'hommage à rendre à de tels hommes n'est pas dans les âmes qui doivent imiter leur clairvoyance et leur courage pour continuer leur œuvre d'émancipation chrétienne, plus nécessaire aujourd'hui que jamais. »

Siècle du 17 octobre 1907, sur l'Encyclique de Pie X et la rupture avec la Papauté : a II y a deux langages dans l'épiscopat... Ce sont là les grands coupables. L'histoire de l'Eglise a des dessous que ses fidèles ne soupçonnent pas. Moi, je parle

la paix que les anges de Noël transmettent aux âmes de bonne volonté. Que dire et que faire? Ajoutez à cela que les Séminaires se vident à

et j'agis au grand jour et au grand air, et je dis comme le prophète Elie : Le Seigneur est vivant et je me tiens en sa présence. . Pie X, par son encyclique et son syllabus, aura prononcé sa propre déchéance... Le grand Lama du Vatican n'est au courant de rien et décide de tout... Les formes de l'Eglise romaine sont de vieilles outres, et les papes ménie les plus sincères et les plus pieux — il faudrait peut-être dire surtout les plus sincères et les plus pieux — sont, en tant que papes, des pécheurs endurcis dans leur infaillibilité. »

Enfin, dans le Siècle du 15 septembre 1907, M. Mugnier ne niera pas avoir lu un article intitulé : Encore le Syllabus de Pie X. car deux phrases s'y trouvent citées d'un ecclésiastique qui est le plus intime de ses amis :

« Une Eglise dont l'autorité repose sur des /aux en histoire et sur des compromis en morale... Rome a parlé et sa parole a été d'une nullité telle que ses amis, pas plus que ses ennemis, n'en peuvent plus rien attendre... Chiens muets qui ne savent plus aboyer, dit le prophète... // ne faut pas tomber en papisme, écrivait Rabelais, car papisme est purement idolâtrie... « Votre m'écrivait récemment un des membres les plus distingués du clergé de France, votre parole peut encore, croyez-moi, prévenir bien des ruines ou les réparer. Dieu, rame. Jêsus-Christ, que de causes à défendrel » Et il ajoutait : « Pauvres théologiens, ceux qui prétendent faire tenir V infini dans les vin^t-quatre lettres de l'alphabet ! Leurs formules ont tué l'enthousiasme dans les Ames sans y mettre l'obéissance et la paix...- » H faut que le vieil édifice soit entièrement à bas... On assure que le cardinal Sarto, qui ne voulait pas être pape, a dit au cardinal Lecot, son voisin de conclave : a Electio mea esset ruina Ecclesiœ! » — « Mon élection serait la ruine de l'Eglise ! m — Il a prophétisé. »

M, l'abbé Mugnier est prié de choisir parmi ces « pages )> celles dont « l'éloquence » le « console » le plus.

vue d'oeil, et que les ruines visibles et invisibles s'accumulent.

J'ai vu, hier, M^^ de Saint-Germain. Il me semblait que vous étiez présent à nos entretiens.

Je lorme pour vous et pour M'"^ Loyson des vœux que je puise dans votre propre cœur.

Veuillez agréer, monsieur et Cher Père, l'assurance de mon profond et bien respectueux attachement.

A. MUGNIER

25, rue Las-Cases.

Enfin, pour clore cette série, voici une lettre que M. l'abbé Mugnier écrivait au « renégat » plus de deux mois après que celui-ci eut commis le « crime de lèse-amitié » en autorisant la publication du livre de M. Houtin (octobre 1908) :

BASILIQUE PAROISSIALE

DE SAINTE-CLOTILDE

Paris, le 27 décembre 1908.

Mon cher Père,

L'heure est aux vœux, et il est doux de s'abstraire de tout le reste pour les formuler.

Vous devinez les miens, et je n'ai pas besoin de les détailler davantage.

C'est une mosaïque où chacun est représenté

dans ce cadre idéal de Nice où vous êtes allé rejoindre votre « frère le soleil » comme dit saint François d'Assise.

Que Dieu vous conserve votre santé comme on n'en voit plus, cette vigueur d'âme que plus d'un vous envie (il).

Mes souhaits s'étendent à M™^ Loyson qui se porte mieux, je l'espère, et à vos enfants si éprouvés.

Puissions-nous vous revoir à Paris, d'abord rue Las-Cases où vous serez fêté, comme toujours, (12) puis à Aulnayvoù reverdiront nos souveniis.

Pourquoi ne rééditez-vous pas vos conférences sur Dieu, de 1864 ou i865?

On ne les trouve plus en librairie, et elles ont gardé, avec leur éloquence, une rare actualité.

E. OUivier me disait, naguère, combien il vous avait trouvé supérieur à Lacordaire.

A bientôt, mon chère Père, et veuillez agréer pour vous et M"^« Loyson l'assurance de mesentiments bien respecteux et tout dévoués.

A. MUGNIER

Il y avait encore d'autres lettres de l'abbé Mugnier à mon père que celui-ci n'a pas conservées, comme il devint pour nombre de lettres de

(11) Cf. plus haut, note 8.

(12) Malgré le « crime de lése-amitié ».

Ch. Perraud, preuve que mon père, pas plus dans un cas que dans l'autre, ne prémédita de publication. De ces lettres perdues de M. Mugnier, il reste ça et là des traces dans les mémoires de mon père, ainsi :

i5 mai igoy, Paris. — Lettre de l'abbé Mugnier : « En venant me voir, la semaine dernière, vous m'avez donné une grande joie. Je retiens toutes vos paroles. Elles sont lumière et flamme. » {publié dans /'Exode du 2S juiilet-io août dei'hiers).

Et encore dans le courant de juin igo8, ce passage d'une lettre dont M. Mugnier ne saurait nier l'authenticité puisque mon père l'ayant recopié et le lui ayant adressé, sans commentaire, au mois de juillet 190g, après la première lettre de M. Mugnier dans VUmvers, M. Mugnier répondit aussitôt à mon père, en date du 16 : « Mon père, pourquoi m'avez-vous envoyé un extrait de mes lettres au lieu de m'écrire directement ?» — Voici cet extrait :

« Mon Père, vous me connaissez à peine, mais moi je vous admire et vous vénère depuis longtemps, et c'est pourquoi je souffre quand vous souff"rez dans votre cœur si grand et si bon.

Je vous remercie des beaux articles que vous m'avez envoyés(i3). Vous y signalez tant de maux et vous y proposez des remèdes dont hélas! le malade ne veut d'aucune manière (14). »

(13) Toujours les articles du Siècle.

(14) Le M malade », c'est l'Eglise,

M. l'abbé MUQNIER

et Mme. la Comtesse de FALLOIS

]y[rae (jg Fallois ne s'en est pas tenue à écrire une lettre à V Univers. Dès que l'attitude de l'abbé Mugnier n'eut p«s laissé de place dans son esprit à l'explication la plus charitable, M"^^ de Fallois, amie personnelle et ancienne pénitente de l'abbé Mugnier, me communiqua spontanément certains documents, en m' autorisant à les publier. C'est ce dont je m'acquitte aujourd'hui. Voici d'abord deux passages de ses propres mémoires que le lecteur n'aura qu'à rapprocher des passages de ceux de mon père déjà publiés par moi, pour en vérifier la concordance, alors que les deux îédacteuîs écrivaient à l'insu l'un de l'autre :

Journal de la comtesse de Fallois

Paris, i5 janvier 1907

.... Aujourd'hui seconde causerie avec le Père Hyacinthe, qui a piis fin par l'entrée de l'abbé Mugnier venant dire, sans la moindre périphrase, au Carme excommunié que l'Eghse est perdue, qu'il ne reste plus rien du catholicisme. C'était l'heure où les évêques deFrance étaient réunis en Concile au Château de la Muette pour s'incliner devant l'autorité du Pape et tenter d'organiser un

culte possible... dont Timpossibilité est évidente. J'ai été saisie intérieurement par la gravité de la scène que j'avais sous les yeux; ces deux prêtres, séparés en apparence par l'orthodoxie, se tendant la main, et le plus jeune s'inclinant devant le vieillaid pour lui dire : « V^ous aviez prévu ce qui arrive, et tenté de l'empêcher ».

C'était émouvant. Je jouissais de la grandeur simple du Père Hyacinthe, de son admirable sincérité, c'est l'honnête homme dans toute la forte beauté du mot.

Je les ai laissés ensemble et ai couru à la Revue de Pans où j'ai trouvé M. Lavisse. Là c'était la joie du triomphe universitaire.

« Les élections, m'a-t-il dit, ont prouvé que les « primaires n sont désormais les électeurs et que tout le vieux monde a passé, donc, c'est fini, la religion du moyen-àge est morte ».

De là je suis passée dans le cabinet de M. B... autre antienne non moins intéressante : « Les Jésuites restent une force non vamcue, ils sont partout, ils mettent la main à tout. La Séparation de l'Eglise et de l'Etat leur livre la France, il n'y aura plus de clergé séculier, il n'y aura que des Jésuites dans les paroisses ».

Scey, i8 février 1907.

Je veux dire un mot de notre déjeuner

chez l'abbé Mugnier, mardi 12. M™*^ Loyson fortement grippée n'avait pu y venir, il y avait le

Père Hyacinthe, un aimable abbé qui se nomme X, le maître de la maison et moi. Déjeuner exquis, cordialité d'une note particulière tout à la fois très simple, très admirative et presqu'émue. Tout ce qu'à dit l'abbé Mugnier en se tenant dans l'orthodoxie suj les bords glissants de l'hérésie où l'entraînait la parole libre du P. H. a été d'un tact merveilleux. Le Père causait avec sa parfaite bonhomie, se sentant à l'aise et y mettant chacun. On a parlé des célébrités de l'école catholique libérale qui avaient été ses amis : Montalembert, qu'il aimait tendrement, Lacordaire qu'il goûtait moins, un peu repoussé par le côté hautain de sa nature, l'abbé Ch. Perraud surtout, qui ralliait tous les suffrages et dont l'abbé Mugnier nous montra le doux et mélancolique visage, le Père Gratry — et bien d'autres. iVu dessert l'abbé poita une coupe de Champagne à la santé de Mme Loyson.

Ce qui émanait de cette réunion intirre

c'était la joie du Père de se trouver en famille cathohque s'élevant au-dessus des étroits et méchants préjugés des dévots et l'entourant de respect et d'affection, pas la moindre note discordante n'a gâté cette heure très douce (i5)

(15) On remarquera que dans son journal Mme de Fallois n'a même pas relevé la conversation, qui eut lieu pourtant à ce déjeuner, sur le mariage de Charles Perraud, comme en témoignent les lettres de Mme de Fallois ainsi que celles de l'abbé Mugnier : tant il est vrai que ce point d'histoire ne suscita aucune protestation et passa pour chose toute naturelle.

Lettre de M. l'abbé Mugnier

à M"" la comtesse de Fallois

2 octobre 1908 Chère madame,

Je suis désolé de la publication que vous m'annoncez (16). Je m'étais fié aux promesses du P. Hyacinthe. Rien, de son vivant, m'avait-il dit, ne paraîtrait sur ce sujet (17).

Ceux-là seuls triompheront qu'on appelle les catholiques intransigeants. Ils ciieront plus que

(16) F.e livre de l'abbé Houtin sur Charles Perraud.

(17) Telle, en effet, avait été la première décision de mon père. C'est moi qui le fis revenir sur elle. La raison, aujourd'hui, doit en éclater à tous les yeux : des deux hommes qui ont déployé le plus d'insistance auprès de lui pour empêcher la publication de son vivant, l'un M. l'abbé Mugnier, s'v serait résigné après la mort de mon père, l'autre, M. Paul Sabatier, n'aurait vu alors « aucun obstacle », à ce qu'elle prit place dans le fil de sa biographie. (Lettre au Protestant, 28 novembre içoS). De l'aveu donc de ces deux adversaires, ce qui était en cause, ce n'était point le bien fondé de la publication, mais l'opportunité de sa date. Or, je le demande après la campagne de diffamation que vient d'essuyer mon père vivant, campagne destinée à le représenter comme un vienteur et un faussaire. qu'eût-ce été de nous. Houtin et moi, une tois disparu le témoin du mariage de Charles Perraud? C'est alors qu'on aurait eu beau jeu pour nous accuser d'imposture : le témoignage oral nous eût manqué. 11 est vrai que les documents restaient. Mais pour qui connait l'esprit d'Eglise, il est bon de prendre toutes précautions. Qui me blâmera d'avoir déjoué le pièee en précipitant la publication?

jamais contre les libéraux. On enveloppera dans un même discrédit les Montalembert, les Gratry et les Penaud. Je vous remercie de m'a voir donné de vos nouvelles. Quand viendrez-vous à Paris ? Nous causerons de tout cela de vive voix.

Veuillez croire, chère madame, à mon respectueux et meilleur attachement.

A. MUGNIER

P. -S. — La souffrance des martyrs, comme vous dites, servira ... contre eux. Vous verrez.

Du même à ia même

4 novembre 1908.

L'ouvrage de M. Houtin fait parler de lui. Cn le blâme universellement. Jamais le P. Hyacinthe n'aurait dû consentir à cette publication. Il m'avait dit que son fils me donnait raison. Le résultat est celui-ci : En jetant une ombre (car pour les catholiques, c'est une ombre et plus encore que le mariage d'un prêtre) sur la mémoire de l'abbé Perraud, on détiuit du bien qui a été fait. Il y a 17 ans qu'il est mort. Ne pouvait-on le laisser tranquille dans sa tombe? Les religieux qui ne l'aimaient pas exultent. « Les voilà bien, ces libéraux ! » disent-ils. Et ce livre ne provoquera

aucune réforme, aucune. Un ami ne doit pas révéler la vie privée de son ami (i8).

Veuillez croire

A. MUGNIER

Fragment d'une lettre de M^^ la comtesse de Fallols à M. l'abbé Houtin, commentant les deux précédentes.

6 juillet 1909

L'une des lettres de l'abbé M. est curieuse en ce qu'elle ne met aucunement en doute le mariage de Ch. P. C'est d'ailleurs le sens de tout ce que je lui ai entendu dire à ce sujet, sauf les dernières fois que je l'ai vu à Paris en avril ; j'ai été alors stupéfaite comme vous de son revirement d'opinion ou plutôt d'attitude. Il est évident qu'il y a là pour lui une cause personnelle à défendre, et comme son péché mignon est l'égoïsme, il lâche tout pour sauver ce qui le touche.

Si pourtant je vous autorisais à répéter cette phrase qu'il m'a dite : « Vous n'ignores certainement pas qu'à Paris Husieurs ecclésiastiques des plus estimés vivent comme Vahbé Perraud, » oserait-il, devant moi,

(18) Sur}la légitimité morale de la publication je me suis, ailleurs, surabondamment expliqué. M^e de«Fallois y revient plus loin. Je ne veux que retenir, ici, Vaveu manifeste par M, Mugnier jieV authenticité des faits, alors que, par trois fois dans l'Univers, il a témoigné du contraire !

— Sala renier? Je ne veux cependant pas en user, l'abbé M. a été dans quelques circonstances (pas dans toutes) très bon et très sympathique pour moi, je serais désolée de me dresser en dur adversaire contre lui, mais cependant je ne lui céderai pas un pouce de vérité.

Je regrette beaucoup de n'être pas entrée dans plus de détails en écrivant mon journal. Je n'y parle généralement que de psychologie.

DE F. DE S. G

Lettre de M. l'abbé Mugnier

à M'^^'^ la comtesse de Fallois

BASILIQUE PAROISSIALE

DE SAINTE CLOTILDE

Paris, le i5 juillet 1909.

Chèie Madame, M. Houtin m'a écrit une longue lettre dans laquelle il insère un extrait de la vôtre (19).

Vous lui avez dit que j'avais parlé à M. Loyson du « mariage » de l'abbé Ch. Perraud,

Je crois qu'il ne vous a pas comprise, car vous savez, mieux que personne, que non seulement j'ai déploré l'opportunité^ de celte publication,

(19) Cette lettre de M. Houtin à M. Mugnier a été publiée dans \' Exode des 10 juillet- 10 août.

mais que je n'ai jamais cru à ce mariage, que je vous ai dit et répété que le livre de M. Houiin ne m'avait pas convaincu.

On m'a demandé si je savais que l'abbé Perraud fût marié; si je m'étais aperçu de quoi que ce soit qui pût m'induire à le croire.

J'ai dit très nettement : Non. Là s'est borné mon témoignage.

Et je me suis bien gardé d'ajouter que le P. Hyacinthe est un faussaire et un imposteur.

Est-ce que tout le monde nepeutpassetromper:

On peut se tromper sans mentir (20 .

Mais que j'avais donc raison de Fupplier M. Loyson d'empêcher cette publication ?

Pourquoi est-il revenu sur sa décision?

Vous m'aviez dit, j'ai votre lettre : (( Faites bon accueil à M. Loyson qui pourrait peut-être rentrer dans l'Eglise catholique». Vous aviez alors des raisons de le croire.

Vous savez si j'ai fait le possible et l'impossible pour le bien accueillir.

J'espère que je n'aurai jamais lieu de m'en repentir.

Veuillez croire, chère madame, à mes respectueux dévouements.

A. MUGNIER

(20) J'ai déjà, dans V Exode, démontré à M. Mugnier, et Mmfi de Fallois le refera plus loin, que sur de tels laits on ne peut se tromper sans mentir avec la dernière impudence. Voir ma lettre du 19 juillet. On remarquera dans celle-ci, sous la plume de l'abbé Mugnier, les traces de ce révirement d'attitude dont parle Mm* de Fallois.

Réponse de M"^^ la comtesse de Faiiois à M. l'abbé Mugnier.

Scey, le i6 juillet 1909 Cher Monsieur l'Abbé,

Il m'est douloureux de répondre à votre lettre reçue ce matin, parce qu'elle marque forcémenjt un point de séparation brutal entre nos souvenirs et que je redoutais ce triste incident depuis le jour où, à ma si vive surprise, je vous ai entendu changer absolument de langage au sujet de l'aftaire Perraud- Hyacinthe.

Il est de toute exactitude que vous avez désapprouvé la publication du petit livre de M. Houtin, je l'ai lu à la fois par vous et par lui, de même que j'avais appris par une de ses lettres de 1907 qu'il retardait de plusieurs mois l'impression de son livre pour vous être agréable.

Ceci posé, permettez que je remonte un peu au-delà de cette époque et que je rectifie, selon mes souvenirs, deux faits que votre lettre dénature complètement.

Vouz écrivez : « Vous m'avez dit — j'ai votre « lettre — faites bon accueil à M. Loysou qui « pourrait peut-être rentrer dans l'Église catholi- « que. » Vous aviez des raisons de le croire. Vous savez si j'ai fait le possible et l'impossible pour le bien accueillir, j'espère que je n'aurai jamais lieu de m'en repentir. »

J'aimerais, je l'avoue, à revoir ma lettre, que vous citez évidemment de mémoire, je n'en discute pas les termes, mais je vous' affirme — et vous me connaissez assez pour n'en pas douter, — que la possibillité d'une réconciliation entre le P. Hyacinthe et l'Église n'a jamais été l'objet d'un désir de ma part, je vénère le P. Hyacinthe dans le présent, je l'admire avec un enthousiasme qui n'a pas vieilli, et je respecterai profondément ce qu'il fera dans l'avenir parce que je sais que son acte final, quel qu'il soit, émanera d'une consience pure, droite et libre. Je n'ai donc pas songé un instant à provoquer un retouj qui ne dépend pas des hommes et que personnellement je regretterais. Mais j'ai répondu de mon mieux au désir que vous m'aviez exprimé d'entrer (21) en relations avec un orateur célèbre que vous aviez toujours, disiez-vous, aimé et approuvé, sachant d'autre part que je ferais plaisir au Père Hyacinthe dont le cœur reste si ouvert et si affectueux à tout ce qui est religieusement catho- Uque, en lui amenant un prêtre à T esprit large et aux idées modernes.

Vous vous souvenez, n'est-ce pas, que c'est vous qui, le premier, êtes venu voir (22) le Père de passage à Paris et lui avez demandé avec une

(21) C'est rentrer qu'il faudrait. Voir plus haut la lettre de xM. Mugnier lui-même d'où il ressort qu'il avait déjà rencontré mon père chez M: Ledrain. xMme de Fallois n'est pas responsable de son erreur.

(22) 11 faudrait rezoir.

amabililé parfaite de venir déjeuner chez vous avec M'^e Loyson qui, souffrante, n'a pu se rendre à votre invitation. Votre vieille amitié pour moi m'avait admise au nombre des convives et c'est dans le charme d'une causerie inoubliable qu évoquant les ombres des amis disparus de ce monde, le Père Hyacmthe nous parla de Montalembert, de Lacordaire, de Gratry, de Charles Perraud, et que pour la première fois j'entendis faiie allusion aux chagrins intimes de celui-ci et à la situation irrégulière que vous paraissiez connaître tout aussi bien que le Père Hyacinthe. Que le mot « mariage » n'ait pas été prononcé, je vous l'accorde sans peme, mais que le mot « concubinage )) ait été sous-entendu, c'est ce que j'affirme formellement. Vous avez vous-même remarqué que M'"^ Duval n'était pas mtellectuellement à la hauteur de l'abbé Perraud et que ses amis souffraient de cette disproportion.

Vous pouvez juger d'après la précision de ces souvenirs combien j'ai été étonnée de vous voir approuver la réponse des Oratoriens, appiobation qui implique la m^se en doute de la véracité du Père Hyacinthe et plus encore de la déhcatesse des sentiments d'amitié qui est le côté le plus sacré du grand et noble caractère de M. Loyson.

Qu'il soit injurié, vilipendé, calomnié par la Croix, les Semaines Religieuses, les Evêqucs et la tourbe dévote, ce n'est qu'un honneur qu'on peut lui envier, mais être renié par un ami, c'est une tristesse que je m'en veux de lui avoir procurée.

J'ai autorisé M. Houtin à puiser dans mes souvenirs et à répéter ce que je lui ai dit. Je mets en pratique le précepte de l'adorable Maître Jésus : « Faites à autrui ce que vous voudriez qu'on vous fît à vous-même ». Dans les épreuves de ma vie ignorée et sans importance, si un fait quel qu'il soit, pouvait par sa divulgation servir la cause de la vérité, je remercierais d'avance celui ou ceux .jai le feraient connaître. Je suis persuadée que, de là-haut, l'abbé Perraud est de cet avis.

Croyez, cher M. l'abbé, à mes sentiments d'affection inaltérable.

DE F. DE Saint-Germain.

Du même à la même.

BASILIQUE PAROISSIALE

DE SAINTE-CLOTILDE

Chère Madame Je retrouve votre lettre, et je vous en donne copi'^. l^'orti>i}ial est à votre disposition.

Vendredi, 25 janvier 1907.

6, square du Croisic.

« Le P. H. assez souffrant et que je n'ai pu » voir avant-hier, m'a écrit les lignes ci-jointes » que je trouve si belles et si tristes que je ne puis )) m'empêcher de vous les communiquer confiden-

)) tiellement. Est-ce que vous ne trouverez pas le » moyen de faire rentrer au vieux bercail — si )) démoli, si secoué par toutes les tempêtes qu'il )) soit - le pasteur errant qui souftre si cruelle- » ment d'être sans troupeau ?

)) Comme moi vous lirez entre les lignes tout ce )) qui n'est pas écrit. Il y a des souffrances grandes )) comme l'infini.

» A vous de cœur.

)) DE F. DE S*-G

Est-ce clair ?

Je vous répète, quant à la conversation où M. L. parla de l'abbé Perraud, que je n'ai jamais dit, avec lui, qu'il fût marié et qu'il vécût concubinaire avec M»^^ Du val. J'ai dit en effet qu'il y avait disproportion intellectuelle entre M™^ Duval et labbé Perraud.

Vous dites que le mot concubinage à été sonsentendu. Un sous-entendu n'est et ne sera jamais un témoignage. On ne peut le prouver.

Je vous répète enfin que je n'ai m dit m èerit que le Père Hyacinthe fût un imposteur et un faussaire (23),

J'ai dit ce que je savais de l'abbé Perraud et rien de plus.

Trouvez-moi deux lignes de moi, sionées par moi qui affirment le contraire (24).

C23) Distinguons, en effet; M. Mugnier s'est contenté de prêter son concours à ceux qui ont soutenu cette thèse. •

(24) Rien de plus facile, voyez plus haut la lettre de M. Mugnier à M'"^ de Fallois en date du 4 novembre 1908.

Vous me connaissez depuis trop longtemps our ne pas ignorer que je suis franc et pas mèchcuii.

Veuillez croire, chère madame, à mon respectueux et meilleur dévouement.

A. MUGNIER

De la même au même

Scey, 2 5 juillet 1909

Cheî monsieur l'abbé,

J'ai été empêchée de répondre sur l'heure, comme je l'aurais voulu, à votre dernière lettre du 1 8 juillet, car c'est spontanément que j'avais besoin de répliquer aux arguments dont vous vous serviez et à la très fidèle citation que vous me faites du biUet que je vous écrivais le 25 janvier 1907.

Deux mots d'abord sur ce billet : je l'ai écrit dans le sens de ma pensée, vous l'avez interprêté dans le sens de la vôtre, ce qui est très différent, puisque vous êtes officiellement, et loyalement, je veux le croire, un prêtre catholique, tandis que je suis non moins ouvertement en rupture avec l'Eglise dans laquelle je suis née et ai été élevée, et que je suis devenue, par le travail et l'effort de mon intelligence et de ma raison, une théosophe que les désignations de cultes n'intéressent plus. Je pensais, en vous écrivant, qu'il était profondé-

ment regrettable, à l'époque troublée où nous vivions, qu'un homme tel que le P. Hyacinthe fût tenu à l'écart du monde catholique et n'y apportât pas la lumière et la force de sa parole et de son exemple, que le Pape, ou tout au moins son entourage, pouvait faire un signe de rapprochement sans exiger du vieux et noble orateur de Notre-Dame une rétractation de doctrine que son intelligence ne saurait rendre sincère. C'était là une idée toute personnelle que j'ai sans nul doute mal traduite puisque vous avez compiis qu'il s'agissait pour vous de travailler à la conversion (!!!) du Père Hyacinthe quand je pensais beaucoup plutôt à celle de l'Eglise. Voilà ce qui a produit un malentendu entre nous.

D'autre part, vous m'écrivez « qu'un sousentendu n'est et ne sera jamais un témoignage, car on ne peut pas le trouver... » Vous reconnaissez donc qu'il y avait sous-entendu dans le terme de « relations » entre M. Perraud et M"»^ Duval, mot dont le Père Hyacinthe, l'abbé et vous-même vous êtes servis devant moi pour parler du lien qui unissait ces deux personnes. Pensez-vous que j'ai cherché à en trouver les preuves? Il me suffisait que trois hommes dont l'honorabilité me paraissait incontestable parlassent amicalement d'un fait dont ils avaient été témoins pour que j'y ciusse sans le moindre doute.

Chaque jour, en chaire et dans vos catéchismes, vous affirmez l'existence de Dieu, en donnez-vous la preuve?

Enfin vous dites que vous n'avez pas, comniê un simple oratorien, traité le P. Hyacinthe d'imposteur et de faussaire; c'est exact quant aux paroles écrites, mais ces qualificatifs injurieux ne découlent-ils pas logiquement de la thèse arrangée par les oratoriens, et pour laquelle ils se parent de votre approbation?

Quant à l'adoucir en admettant que le P. Hyacinthe a pu se tromper, convenez que c'est une mauvaise plaisanterie ; on ne se trompe pas sur le compte d'un ami qui pendant 20 ans vous a ouvert toute son âme et montré tous les incidents de sa vie.

Je ne regrette point pour le P. Hyacinthe la polémique très vive qu'a soulevée cette aftaire si importante pour la cause du mariage des prêtres dans l'avenir, je la legrette uniquement pour ceux qui ont montré une fois de plus l'intolérance, l'étroitesse et la mauvaise foi de l'esprit clérical. — Quant à vous, cher monsieur l'abbé, que je ne crois ni clérical, ni « méchant », mais seulement placé par votre milieu dans une situation où la franchise est difficile et dangereuse, je vous renouvelle l'expression de mes vieux sentiments d'affection.

De F. DE SAINT-GERMAIN

Du même à la même

Paris, Samedi 24 juillet 1909

Chère Madame,

I" « Ramener au vieux bercail » signifie, convertir ou essayer de convertir. Tout le monde l'entendra ainsi (25)

20 En vous disant qu'on ne peut pas prouver un sous-entendu, je n'admets pas du tout qu'il y en ait eu dans ma pensée.

Toute ({ relation » n'est pas coupable.

Vous avez cru que je sous-entendais. Eh bien! je vous affirme, fen conscience, que je ne sous-entendais pas du tout. Car le sous-entendu ne se prouve que par le témoignage de celui qui sousentend.

Si j'avais cru à un mariage ou à des relations coupables, je l'aurais dit nettement , car je n'ai pas l'habitude d'user de périphrases.

J'ai écouté respectueusement comme je le iais toujours.

Vous avez cru comprendre ce qui n'était pas dans ma pensée, et c'est ce qui arrive très souvent, dans la conversation, et je ne vous en fais pas un crime.

(25) M. Mugnier s'obstine à déclarer qu'il a bien renie ue convertir mon père : c'est précisément cette déclaration qui m'importe.

3o Mon témoignage a précédé la brochure et est par conséquent distinct d'elle.

Je ne l'ai ni rédigé ni signé.

Vous pensez bien que si je l'avais rédigé, j'y aurais apporté une autre note (26^ surtout après les très courtoises relations que j'avais eues avec le Père Hyacinthe et dont j'ai parlé à tout le monde.

C'est élémentaire. Et enfin est-ce injurier quelqu'un que de n'être pas de son avis? Est-ce que tout le monde ne peut pas se tromper ? Moi aussi je puis me tromper et si on dit que je me trompe, alors même que je ne me tromperais pas je n'en suis blessé d'aucune manière.

Personne ne peut m'obliger à croire au mariage de l'abbé Perraud. Mon meilleur ami ne m'y obligerait pas. Ce n'est pas un article de foi.

M. Paul Hyacinthe- Loyson m'écrit des lettres de menaces et veut me traîner dans la boue, parce qu'en déclarant, comme il me l'avait demandé, que son père n'est ni faussaire ni im.posteur, j'ai ajouté qu'on peut se tromper sans mentir.

Mais c'est une vérité à La Palisse! Et si on ne se trompe pas, tant mieux! Où est l'injure?

Cette question me semble un peu exagérée, et je crois M. Paul Hyacinthe-Loyson trop bien élevé pour me reprocher les politesses que j'ai

[■z()) Moi, je n'avais pas à tenir compte de ce qu'aurait pu faire M, Mugnier, mais de ce qu'il a fait.

faites à son père et que vous avez bien voulu partager (27).

Veuillez croire, chère madame, à mes respectueux dévouements.

A. MUGNIER

De la même au même

28 juillet 1909.

Castel de Scey-en-Varais par Maizières (Doubs).

Cher monsieur l'abbé.

Je crois que les malentendus se greffent sur les malentendus dans cette pénible afïaiie. Le fond de la question Perraud importe peu à M. Paul H.-Loyson qui ne voit aucun mal à l'intimité qui existait, de l'aveu de tous les vieux amis, entre Tabbé et M"^^ Duval; mais il en voit beaucoup à ce que les Oratoriens traitent son père de faussaire et de menteur, qu'ils se servent de votre nom pour appuyer leur accusation, et surtout que vous n'ayez trouvé pour protester contre cette étonnante alliance que l'axiome discutable émis dans votre lettre à V Univers : « Tout le monde peut se tromper. » Ici, les Oratoriens ne se trom-

(27) Je n'ai aucun gté à savoir à M. l'abbé Mugiiier pour avoir usé du Champagne comme d'un émollient de conscience dans sa tentative de conversion.

pent pas en affirmant qu'un homme qui raconte sur la vie privée de son ami un fait mensonger et exhibe des lettres dont le sens est altéré, est un menteur et un faussaire ; mais ils sont ridicules et absurdes en apportant eux-mêmes les preuves que l'homme qu'ils accusent a dit la véiité et a montré des lettres authentiques pour lesquelles on ne lui avait jamais demandé le secret et qui éclairent une question qui a coûté la vie à son malheureux ami. Votre défection a donc semblé inexplicable à M. Paul H.-Loyson et à bien d'autres, je vous avoue sans ambages que je suis de ce nombre. Après avoir entendu de mes oreilles ce que j'ai entendu, je pourrais à la rigueur admettre que le mot grossier mais adéquat de « concubinage » ayant été remplacé dans notre conversation par celui de ({ relations » qu'emploient les gens du monde civilisé et qui ne laisse de doute à personne, ait créé un malentendu dans votre pensée ; mais je ne puis comprendre qu'ayant témoigné au P. Hyacinthe la vénération et l'admiration que je vous ai vu lui témoigner, vous ayez autorisé les Oratoriens à vous citef contre lui. Le silence suffisait à vous mettre hors cause dans le débat, et je m'étonne que votre prudence habituelle se soit, pour cette fois, écartée de sa règle ordinaire. Convenez que le P. Hyacinthe peut à juste titre s'en montrer blessé et son fils outré. Pour ma part, et après nos conversations à ce sujet (entre vous et moi), j'avais pensé que vous garderiez la neutralité.

En résumé, cette discussion ne s'est aggravée ou du moins n'est descendue à des injures de personnes, que par l'outrecuidance et la bêtise des Oratoriens ; elle tourne contre eux et je ne puis que m'en réjouir. Ce que le P. Hyacinthe a voulu prouver par un exemple saisissant c'est que le célibat des prêtres est un ferment d'hypocrisie dans le clergé ou un martyre inutile qu'il est plus que temps de supprimer.

Je crois qu'il a atteint son but et que les jeunes générations, qu'il aura contribué à éclairer, le béniront.

Je suis très attristée de cet incident que j'aurais voulu contribuer à adoucir, mais que votre lettre kV Univers a exaspéré. Je n'en reste pas moins à votre disposition pour les communications que vous croiriez utiles de faire à mes amis de Genève; et je vous renouvelle, cher monsieur l'abbé, l'expression de mes sentiments dévoués.

DE F. DE S^-G

Fragment d'une lettre de M""^ la conritesse de Fallois à M. Paul Hyacinthe- Loyson.

Scey, 24 juillet 1909.

... Quant au « modernisme », ce n'est pas là le champ exploité par l'abbé Mugnier. Sa spécialité, c'est sa merveilleuse facilité d'adaptation aux milieux très divers où il évolue. Un jour où,

le matin, je l'avais trouvé vibrant d'enthousiasme avec moi devant la fameuse lettre de Zola, « J'accuse », je l'entendais, le soir, dire dans une conférence aux « Mères Chrétiennes » de Notre- Dame de Sion (auditoire d'ambassadrices et de duchesses) : « J'ai les épaules alourdies du poids de l'acte odieux que vient de commettre un homme que je ne saurais nommer devant vous Mesdames. » — Et une fois que je lui conduisais le fils d'un de mes amis, un garçonnet de seize à dix-sept ans qu'on envoyait finir ses études à Paris, il lui disait : « Soyez égoïste, il n'y a que cela pour arriver à quelque chose. » — Vous me trouverez bien inconséquente d'avoir cru en lui et de l'avoir amené à votre père (28). Je m'en fais le reproche; mais après tout, c'est à lui-même qu'il nuit, non aux autres. Sa correspondance est charmante. Il ne faut jamais exiger des prêtres la sincérité; quand elle est dans leur tempérament, ils rompent tôt ou tard avec l'Église qui ne peut plus se servir d'eux...

DE F. DE S'-G

(28) Je n'en veux aucunement à Mme de Fallois. Ayant plus que des raisons suffisantes de croire à sa franchise à elle, c'est évidemment à son interprétation de la phrase litigieuse du « retour au bercail ». que je me range. Mais quand même l'abbé aurait raison dans son interprétation à lui, celle-ci ne servirait, comme je l'ai dit, qu'à accabler le convertisseur qui flagorna si bassement un renégat de toutes ses feintes adulations.

Témoignage de M. l'abbé Houtin

Enfin, pour compléter ce second dossier, voici en quels termes M. Albert Houtin lépondit à la demande de renseignements que je lui adressai touchant les entretiens qu'il avait eus avec M. l'Abbé Mugnier :

3i août 1909.

Mon cher ami.

Mon témoignage se borne à peu de chose en dehors de ce que je vous ai déjà dit. Jamais M. Mugnier n'a élevé le moindre doute contre l'identification de X et de Ch. Perraud, et contre mon récit dont il a lu le ms avec empressement. Une fois il m'a fait une objection contre le titre, me disant que cette liaison ne pouvait être un « mariage ». Je lui ai expliqué que pour moi le titre était une expression de courtoisie, et il n'a pas insisté. — Le 4 juillet dernier, il a essayé de revenir sur ce titre, je lui ai dit : « Au fond, nous sommes parfaitement d'accord ; ce que j'appelle mariage, vous voulez l'appeler une faute ou une série de fautes. » Il m'a répondu : « Dans quelle vie de prêtre, n'y en a-t-il pas ?» — J'ai eu envie de répliquer : « Dans la mienne et dans celle d'Alfred Baudrillart. » Mais il aurait pensé que je me moquais, et j'ai préféré laisser passer sans le relever ce témoignage de parfait scepticisme à

égard du célibat ecclésiastique. — Il a dit pareillement un jour à la Comtesse : « Vous n'ignorez certainement pas qu'à Paris plusieurs ecclésiastiques des plus estimés vivent comme l'abbé Perraud. » (Lettre delà Comtesse, 6 juillet 1909).

Vôtre,

A. HOUTIN.

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