EPILOGUE
On sait que la correspondance échangée entre MM. Loyson et Mugnier a eu pour conséquence (Taynener ce dernier à renoncer à ses fonctions de premier vicaire de Sainte Clo tilde.
Voici comment le correspondant po.risien de ^'Indépendance belge s'exprimait à ce sujet sous la date du 30 octobre :
Ce matin, les journaux catholiques annonçaient en style énigmatique de sacristie que M. Amette, archevêque de Paris, « avait accepté ]a démission de M. l'abbé Mugnier, premier vicaire de Sainte- Clotilde ». Cela n'a l'air de rien et c'est cependant un événement important dans le monde religieux parisien.
Sainte-Clotilde est une des paroisses les plus aristocratiques de Paris et son premier vicaire est un personnage, autant par le rôle qu'il joue que par le casuel élevé qu'il touche et dont se contenteraient bien des petits évêques de France.
En outre, M. l'abbé Mugnier était connu comme ayant été un catéchiste zélé, qui accomplit la conversion de François Coppée et de Huysmans. Cela ne lui suffisait pas, il avait rêvé la conversion du père Hyacinthe. Les deux hommes s'étaient
rencontrés chez notre excellent ami M. Eugène Ledrain, et immédiatement des relations amicales s'établirent entre le puissant vicaire et l'ancien prédicateur de Notre-Dame. M. Loyson, qui écrit au jour le jour ses impressions dans son Journal, a consacré certains feuillets à l'abbé Mugnier, feuillets dont nous devons la communication à M. Paul- Hyacinthe Loyson, le fîls de l'ex-père Hyacinthe (i).
Tous ces détails ont été révélés à propos de la publication d'un livre dont j'ai eu l'occasion de vous parler ici même : La vie de Charles Perrault, Son mariage, par l'abbé Houtin.
L'abbé Houtin avait communiqué les documents de son volume à l'abbé Mugnier dix-sept mois avant la publication. Celui-ci n'avait pas fait d'objection, il avait même donné des détails complémentaires. Mais au lendemain de la mise en vente du livre, l'abbé Mugnier retirait tout ce qu'il avait dit et il avait l'imprudence de parler du Père Hyacinthe Loyson comme « d'un vieillard tombé en enfance, dont le grand âge affectait la mémoire et dont, conséquemment, les témoignages ne sont plus dignes de foi ».
Le fils du Père Hyacinthe, qui est un combatif, prit mal la chose; une violente polémique s'enga-
( 1 ) Ici figurent quelques unes des citations que nous avons reproduites ci-dessus d"aprp< VF^nâe. (Note de la Bibliothèque de Propagande.)
geait entre notre jeune et vibrant confrère et le prêtie de Sainte-Clotilde.
Les journaux calholiques pressèient l'abbé Mugnier de s'expliquer; .il écrivit une lettre hasardée où, au lieu de reconnaître franchement ce qui s'était passé, il ergota, distingua, atténua, expliqua comme il put, mais sans conclure. Finalement, l'autorité épiscopale s'est mêlée de l'affaire et, ce matin, on annonce que l'archevêque vient d'accepter sa démission, ajoutant avec cette ironie des communiqués catholiques que « l'abbé Mugnier a dû se décharger des fatigues du ministère paroissial pour chercher dans la retraite le repos qui lui est nécessaire ».
On dirait un billet de révocation envoyé au XVIIP siècle par le Régent à quelque ministre important qui aurait déplu. J...
A la même date du 30 octobre le Siècle de Paris publiait sous ce titre : Conversion manquée, la lettre ci-dessoiis, qui peut être considérée comme chjturant Vincident :
Lettre ouverte à M. l'abbé Mugnier, premier vicaire démissionnaire de Sainte-Clotilde.
Paris, 28 octobre.
Monsieur, Vous êtes, depuis hier, démissionnaire du premier vicariat de Sainte-Cl(?tilde, et c'est l'archevêque de Paris qui vous imposa cette retraite. Je
ne me vanterai pas ici de l'avoir imposée à l'archevêque, je n'aurai pas le tiiomphe cruel : je me bornerai" à constater le fait pour les grands journaux cléricaux qui, ayant accueilli avec joie vos calomnies contie mon père et s'étant refusés ensuite à nous reconnaîtie le droit de réponse, se garderont bien aujourd'hui d'enregistrer l'issue de la lutte.
Pour vous, monsieur, quelle qu'ait été l'indignité de' vos procédés, je ne me sens plus qu'une sincère pitié, et, si j'étais de votre religion, je vous pardonnerais en Jésus-Christ.
Une autre considération me conseille encore cette indulgence, c'est qu'on tait de vous le bouc émissaire de la déroute, comme on fit de vous le bélier de l'assaut, j'entends l'instrument de la conversion, en ce qui est de mon père, et le témoin à gage de l'imposture pour la défense des Oratorlens. Celui que j'ai touché à travers vous, celui qui, en silence, boit toute la honte, c'est AI. Alfred 13audrillart, ancien normalien, grand prix Gobert, recteur de l'institut catholique.
Et maintenant qu'après cmq mois d'hostilités, le combat finit faute, je puis le dire, de combattants pour me tenir tête, dégageons la leçon de nos démêlés : je n'ai aucun mérite à ma victoire, je la dois tout entière à la puissance de la vérité et à la bonté de la cause que j'ai eu conscience de servir, celle de l'affranchissement d'un clergé que vous n'honorez guère, monsieur.
Paul HyacintheLoyson.