ST C1 PS
et quelques autres observations de médecins de la région que nous avons songé à tirer de la trentaine de cas réunis les indications cliniques et thérapeutiques
qu'ils comportent.
Historique
Déjà signalée par Unterwood vers la fin du dixhuitième siècle, la paralysie infantile prend place définitivement dans l’histoire de la pathologie nerveuse avec l'important travail par lequel Heine en 1840 en reconnaît la localisation médullaire. La seconde moitié du dix-neuvième siècle voit paraître les nombreuses observations et les nombreuses théories de West (1845), Kennedy (1850), Duchenne de Boulogne (1855), Charcot et Joffroy (1870) qui attestent l'intérêt croissant excité par la fréquence progressive des cas.
Enfin en 1890, au congrès de Berlin, Medin en relate une épidémie. Il insiste sur l’aspect polymorphe de l'affection, donne la première description détaillée de la période aiguë; l’histoire donne à la maladie son nom joint à celui de Heiïne. |
Il convient de rappeler cependant que, auparavant en France, dès 1885, Cordier de Lyon avait décrit la petite épidémie de Sainte-Foy-l’Argentière. Mais ce ne fut, il est vrai, que plus tard que parurent les importants travaux de Netter et seulement en 1911 les
Flo
thèses considérables de Mme Tinel Giry et de Schreiber.
Au début du vingtième siècle, en effet, les épidémies se succèdent avec une importance croissante. La première, observée et relatée par Medin, est de 1887; la péninsule scandinave en est déjà le théâtre. Wickam, Harbitz et Scheel étudient celles, plus importantes encore qui y sévissent de 1902 à 1905. En 1900, d’autre part, Zappert insiste sur la fréquence des cas de paralysie infantile en Autriche; en 1908, une épidémie violente y éclate. En 1909 l’Allemagne et en 1910 la France, à leur tour, sont atteintes. L’Angleterre et le reste de l’Europe paraissent à peu près épargnés.
Aux Etats-Unis, dès 1892, les cas se multiplient, atteignant leur maximum de 1907 à 1909. Une épidémie intense éclate en 1916 et en mars 1917 vingtquatre mille cas sont signalés. Puis ce nombre décroit dans le courant de 1917.
En France, après les treize cas de Sainte-Foy-l’Argentière, il eût semblé que la maladie voulût épargner notre pays. Mais en 1919 de nombreux foyers apparaissent dans l'Ariège, le Gers, la Creuse et enfin à Paris et dans sa banlieue (Netter et ses élèves).
Après avoir sévi dans une région, la poliomyélite semble parfois s’y installer d’une façon endémique. On l’a constaté en Suède et aux Etats-Unis. En France, toutefois où il est vrai, même la grande épidémie de 1909-1910 semble avoir été moins violente que dans les autres pays, le nombre des cas paraît depuis en pleine décroissance. Néanmoins de temps en temps,
Mers
véritables menaces d’un retour toujours possible du fléau, des épidémies locales surgissent.
L’une d'elles en 1927 dévasta deux villages de l'Anjou et fit l’objet d’une thèse. Enfin l’été dernier, une véritable épidémie se déclara à Dijon même et dans la région dijonnaise. C’est vers la fin de juillet, au moment des plus fortes chaleurs, qu’on vit apparaître, dans les quartiers sud de Dijon, une succession de syndromes méningés qui intriguèrent un moment les médecins de la région. Puis apparurent, groupés par rues où par pâtés de maisons, les signes indubitables de la paralysie infantile; en même temps, on avait connaissance de nombreux cas dans les villages de Ia côte bourguignonne. Nuits, Vougeot, Meursault et Beaune étaient également frappés en même temps que la banlieue dijonnaise. La notion d’épidémieite était patente (les enfants du sexe masculin payant le plus lourd tribut) et confirmée par la présence shuultanée d’une épizootie sur les porcs et les gallinacés.
Le polymorphisme de la maladie, affirmé par Heine, trouve ici sa confirmation pleine et entière; aussi commencerais-je par l’exposé des observations avant de chercher à en dégager les formes cliniques qui peuvent caractériser l’épidémie bourguignonne de juillet-août-septembre 1929.