Mémoires d'Oulre-Tombe, éd. Biré, in-12, IV, p
2. Les détails biographiques manquent complètement sur les deux premières dames; et la dernière nous est connue seulement par la brève note du comte de Marcellus : « Aniche, synonyme gascon d'Annette et diminutif d'Anne. Aniche était fort belle, et s'était fait connaître sous l'Empire par l'ardeur de son royalisme. Je l'ai admirée à Bordeaux, en 1815, louant des chaises à tous les promeneurs des allées de Tourny : elle n'avait pas d'autre fortune » [Chateaubriand et son temps (1859), p. 248). Il semblerait d'autre part, d'après la deuxième lettre d'Edmond Géraud, publiée ci-après, p. 11 et suiv., que les femmes Aniche et Duranton n'étaient qu'une seule et même personne.
3. Edmond Géraud, né à Bordeaux en 1775, fut un poète aimable, auteur d'un recueil de Poésies diverses publié en 1818. Critique très indépendant, fondateur de la Bûche d'Aquitaine en 1817, puis directeur de cette grande revue, il y publia, et dans d'autres périodiques, de nombreux articles. Correspondant et ami des hommes les plus illustres de l'Empire et de la Restauration, Chateaubriand, Alfred de Vigny, Saint- Victor, Charles Nodier, Maine de Biran, etc. . ., il fut un homme connu. De sentiments d'abord républicains, il devint par la suite, en haine de Napoléon, très dévoué à la cause des Bourbons dont il considéra le retour comme le signal de la délivrance du pays. On pourra consulter sur ce littérateur aujourd'hui à peu près oublié : Charles Laterrade, Eloge d'Edmond Géraud (Mémoire qui a obtenu une médaille d'or de l'Académie de Bordeaux) (1890). — Gaston Maugras, Journal d'un étudiant (Edmond Géraud) pendant la Révolution (1789-1793). 2^ éd. (1890). — Un témoin des deux Bestaurations [Edmond Géraud). Fragments de journal intime publiés par Charles Bigot (1892). — Un homme de lettres sous l'Empire et la Restauration (Edmond Géraud). Fragments de journal intime publiés par Maurice Al])ert (1893).
nous attendons, et jalouses d'être promptement admises à présenter cet hommage, elles ont eu l'heureuse idée de s'adresser à vous. Ces dames ont pensé qu'il vous appartenait mieux qu'à tout autre de protéger la couche du royal enfant, après avoir paré de lauriers immortels la tombe de son malheureux Père *.
Veuillez donc, Monsieur le Vicomte^ accueillir la demande des Dames bordelaises, et prêter à leur démarche l'appui de votre nom. Il semble que le noble Pair, l'éloquent écrivain qui compte parmi nous tant de sincères admirateurs, ne saurait refuser à notre cité cette preuve touchante d'affection et d'estime.
Quant à moi, bien que très inconnu de vous sans doute, je l'avouerai, Monsieur le Vicomte, j'ai profité avec un vif empressement de cette occasion de vous écrire. J'ambitionnais depuis longtemps de pouvoir joindre l'assurance de ma profonde considération à tant de suffrages illustres, et de vous témoigner, à l'exemple de toute la France, la haute estime où je tiens votre talent et votre noble caractère.
Agréez, Monsieur le \'icomte, cette nouvelle manifestation de tous les sentiments que vous inspirez si bien et avec lesquels j'ai l'honneur d'être
\ otre très humble et très dévoué serviteur, Edmond Géraud.
Bordeaux, ce septembre 1820 -.
Suscription :
A Monsieur
Monsieur le Vicomte de Chateaubriand.
Pair de France,
à Paris.
Chateaubriand, ainsi pompeusement sollicité, n'y put résister ; et il écrivit pour la duchesse de Berry une lettre qui ne lui parvint sans doute jamais en raison d "intrigues d'étiquette :
1. Délicate allusion aux Mémoires touchant la vie et la mort du duc de Berry (1820).