‹ À propos de la séparation des églises & de l'étatChapitre 16 sur 78 · PEN VERTE · texte numérisé non relu

PEN VERTE

raud, qui n’est ni socialiste, ni hérétique, crut qu’en sa qualité de prêtre et de député, il avait le droit et le devoir de parler à ses coreligionnaires. Respect à Dieu! s’écria-t-il dans l'Univers, en rappelant les paroles du sermon sur la montagne et l’ordre donné par Jésus à Pierre de remettre l’épée dans le fourreau (1).

Il se trouva un évêque pour le désavouer (2); il ne s’en trouva point pour le féliciter.

Désormais, le besoin, instinctif chez les catholiques, d’être tous du même avis, agissait puissamment ; les plus pacifiques curés de Paris, ceux-là mêmes qui avaient le plus blimé la rébellion, montaient en chaire pour saluer les héros de la résistance.

Encore aujourd’hui, la plupart des catholiques, dans leur for intérieur, déplorent et réprouvent ces tumultes, mais déjà ils n’osent

plus élever la voix; ils refont ce qu'ils ont

(1) No du 6 février 1906, édition semi-quotidienne. On trouvera à l’Appendice la seconde moitié de cet article (voir ci-après, p. 119).

(2) On trouvera, à l’Appendice, le texte de la note officielle de Ms Dubillard, évêque de Quimper et de Léon (p.119, n. 2).

ALAN ITR

fait au jour de l'aventure Taxil et de l’affaire Dreyfus : ils se laissent conduire par les violents.

Cette fois pourtant, l'honneur est sauf, grâce en particulier à M. l’abbé Lemire, député du Nord, auquel je me permets d'adresser un très respectueux salut. Dans la séance du 8 mars, il a reconnu, avec une entière franchise, tout ce qu’il y a d’agitation factice, malsaine et même criminelle, dans les troubles organisés à propos des inventaires.

C’est « le régime de la Terreur » qu’une bande de factieux fait peser sur les catholi ques. « Régime de la Terreur », le mot n’est pas de nous, il est du très catholique Directèur du Sillon, M. Marc Sangnier. « Ce qui nous attriste, dit-il, plus que les odieux propos du Jaune et de l'Autorité, c'est la pusillanimité de plusieurs que dégoûtent, comme nous, les procédés honteux d’une certaine presse qui se prétend, et que les anticléricaux se hâtent de proclamer catholique, et dont les violences inconsidérées ont fini par en imposer aux

hommes les plus excellents et jusqu’à certains

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prêtres eux-mêmes. Voilà trop longtemps que dure, dans les milieux catholiques, cette sorte

de régime de la Terreur (1). »

(1) L'Éveil démocratique du 18 février 1906. Ce même numéroraconte longuement un Meeting organisé, le 9 février, par M. Marc Sangnieret le Sillon. I] s'agissait de protester contre la Séparation, eten même temps de grouper les catholiques de bon sens, décidés à ne protester que par des moyens légaux. M. Sangnier fit un splendide discours, préconisant la soumission à l’autorité religieuse et la conquête de lopinion publique par les méthodes d'amour. Pour raconter ce qui se passa alors, je vais transcrire purement et simplement le récit de l’organe Silloniste.

« Il convient de reconnaître que M. Vatrin, qui prit la parole après M. Sangnier, a fait preuve, quant à lui, d’un courage peu ordinaire : celui de dire ce qu’il pense et d’aller jusqu’au bout de sa pensée, Aussi bien, ses déclarations pour très navrantes qu’elles soient — surtout si elles traduisent, comme il est à craindre, le sentiment de plus d’un parmi ceux qui se réclament du christianisme — ne manquent pas d’un vif intérêt.

La Saint-Barthélemy de demain.

M. Vatrin commence par célébrer le grand empereur Charlemagne qui ne craignait pas « de ne pas employer que la croix pour imposer le baptème » et les « admirables guerres de religions qui ont déli-

RTL XX =

Il faut être reconnaissant à M. Marc San-

nier d’avoir ainsi parlé, mais son désir de Ês ;

vré la France de l’hérésie. » « Est-ce que, je vous le demande, ajoute le contradicteur, toute la France chrétienne n'applaudirait pas si, en une seule nuit, on exterminait tous les sectaires et les francs-maçons ?.. » De bruyantes protestations couvrent aussitôt ce langage. Mais avec sang-froid M. Vatrin continue :

« La Saint-Barthélemy fut une nuit splendide pour l'Église et la Patrie... Nous devons prendre l'Église dans son ensemble ou la rejeter entièrement... Je suis partisan des mouvements de violence, c'est pour cela que je dis qu'il n’appartient pas au Pape de les diriger... Or, que vous le vouliez ou non, il y a là une question politique : il s’agit de donner à la France un gouvernement catholique... J'estimedonc qu'il n'appartient pas au clergé de se mêler de ces. questions. Le Pape n’a pas parlé et s’il parlait il ne pourrait que conseiller le calme; mais il n’a pas parlé, donc il nous approuve. »

Après avoir remercié le contradicteur de sa franchise, Marc Sangnier répond :

«On nous a donc dit qu'à côté de l’action des prétres qui est une action de paix, de douceur et de bienfaisance, il y avait l’action des citoyens catholiques de France, action qui doit être dirigée par des laïques et qui a nécessairement un caractère politique puisqu'il s’agit de donner à la France un gouvernement qui ne persécute pas les catholiques mais, au contraire, respecte et encourage leurs droits

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