‹ À propos de la séparation des églises & de l'étatChapitre 22 sur 78 · CYR · texte numérisé non relu

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publique. Après tout, vous êtes citoyens, membres d'une démocratie, en possession par conséquent d’une part de la souveraineté nationale. Ce que des législateurs ont faiten votre nom, d'autres peuvent le défaire, si vous leur en donnez le mandat. Certes, vous avez pour vous la raison et le droit. La cause de la liberté finira donc par triompher, si vous savez en être les serviteurs dévoués.

A l’œuvre donc, mes bien chers Frères ; usez de votre influence pour éclairer les ignorants, raffermir les indécis et encourager les trembleurs. Montrez à tous qu'il s’agit, cette fois, de l’existence du christianisme en notre pays et que l'heure n’est plus aux illusions ni aux chimériques espoirs. Vous avez en mains l'arme de la victoire, l'instrument des réparations nécessaires, je veux dire : l’exercice de vos droits de citoyens ; c’est de quoi il me reste à vous entretenir.

L'accueil enthousiaste fait par toute la gauche à ces paroles épiscopales a montré, une fois de plus, que ce que toutes les fractions de la démocratie française détestent chez les catholiques, ce n'est pas le dogme, c’est uniquement l'attitude politique.

Par contre les organes du parti clérical n’ont pas hésité à attaquer le vaillant évêque avec la dernière violence. La Libre Parole a mis en opposition Pie X et M5 Lacroix.

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Que va-t-il se passer ? La question est posée avec une netteté parfaite.

Dans les siècles où l'Eglise était moins centralisée, où les églises nationales et le corps épiscopal avaient encore une sorte d’indépendance, la solution de questions de ce genreaurait pu être élaborée lentement, on aurait pu procéder à des études, des essais, des épreuves. Aujourd’hui il n’en est plus ainsi, et si l’omnipotence pontificale a ses avantages, elle a aussi ses périls.

Les pères du Concile du Vatican, malgré leur clairvoyance, ne se doutaient pas du terrible instrument qu’ils mettaient entre les mains du pape, en proclamant son infaillibilité.

Les choses en sont à ce point, que lPavenir du catholicisme est vraiment suspendu à une parole de Pie X.

Les affaires de France ne sont qu'un épisode. En acceptant ou en refusant les associations cultuelles, le pape décidera une question de principe infiniment plus haute, il décidera si, oui ou non, la démocratie est une hérésie.

Les catholiques du genre de M Lacroix

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sont certainement une minorité, et ceux du genre de M. Drumont, malgré leur tapage assourdissant, ne sont pas plus nombreux ; c’est entre ces deux minorités que le pape va juger, c'est vers cette gauche ou vers cette droite qu'il dirigera la masse des fidèles ; nous pouvons être heureux d’être spectateurs de ce grand moment historique. Il ne faut cependant rien exagérer, la situation n’est grave qu’au point de vue sentimental, car il n’est au pouvoir de personne, pas même du pape, de diriger les événements.

La France et, comme elle, bien d’autres peuples ont contracté une sorte de mariage avec les idées démocratiques. La vieille Eglise a fait tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher cette union. Mais, maintenant que l’'unior est consommée, l'Eglise la bénira-t-elle ou la maudira-t-elle ?

Si l'union est bénie, la France continuera à vivre, tant bien que mal,avecl Eglise, comme avec une mère qu'on aime et qu'on respecte, quoiqu’elle représente une génération passée.

Si l'union est maudite, l'Eglise, d’un geste

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plein de grandeur aurarenoncé à la place qu’elle occupait, et le jour viendra bientôt où la carte de la France catholique correspondra ponctuellement à la carte de la Franceillettrée. Les cantons sans routes et sans écoles seront les derniers boulevards de l’Eglise, et nos descendants verront se renouveler le phénomène qui marqua la fin de la civilisation païenne, lorsque le mot de paganus, paysan, prit le sens de païen. À la fin du xx* siècle, paysan de-

viendra synonyme de catholique (1).

14 mars 1906.

(1) Depuis quelques années, le terme d’intellectuel est considéré par certains catholiques comme la plus grosse injure qu’ils puissent adresser à leurs adversaires.

Enfin, ces jours-ci même, quelques-uns des catholiques les plus illustres, et à leur tête MM. Brunetière et G. Goyau, ayant cru devoir adresser aux évêques quelques considérations, d’ailleurs très respectueuses, sur l'essai loyal de la nouvelle loi, ont été fort maltraités par toute la presse conservatrice.

Les mêmes journaux qui félicitaient avec tant d'enthousiasme des paysans illettrés en révolte contre une loi dont ils ignorent le texte, trouvent fort mauvais que des académiciens réclament le droit de parler.

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