I. — OBSERVATION
« Savoie », N° 457. — Mme Tru, 33 ans.
— Pas d’antécédent héréditaire ni personnel à signaler.
Le début de l’affection actuelle remonte à août 1936 par un épisode aigu étiqueté « point de congestion à droite » ; sédation rapide des phénomènes généraux, mais persistance de la toux, d’un point de côté thoracique et d’un certain degré d’asthénie avec une température vespérale irrégulière entre 37°4 et 37°8.
En juillet 1937 : accentuation du point de côté, apparition de quintes de toux au moindre effort, augmentation de l’asthénie, pas de modification de la température, un examen radioscopique montre un épanchement pleural droit.
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Le 12 septembre : ponction de 800 cc. de liquide rosé : l’examen bactériologique de ce liquide fut négatif, ainsi qu’une bacilloscopie pratiquée au même moment.
Après cette ponction, tentative de pneumoséreuse abandonnée après trois insufflations pour remontée liquidienne et adhérences multiples.
Une radiographie pratiquée à ce moment montre une opacité diffuse de la moitié inférieure de l’hémithorax droit avec une image semi-annulaire à a partie supérieure de cette opacité. Côté gauche normal.
Depuis ce moment, la malade reste au repos complet ; la dyspnée et l’asthénie persistent, la toux a légèrement diminué.
À l’entrée au Sanatorium de « La Savoie », le 12 mars 1938, la malade ressent une dyspnée assez importante, l’expectoration est de 4 à 5 crachats par jour, la toux est quinteuse, et surtout il existe des douleurs thoraciques continues avec des exacerbations très vives non supportables, ne permettant pas le sommeil.
Le teint est jaune paille, la température aux environs de 38° le soir ; la malade aecuse une certaine lassitude ; Pappétit est mauvais avec nausées et pesanteurs gastriques. Le poids de 60 kgs (taille : 1 m. 54).
L'examen des poumons montre une rétraction importante de l’hémithorax droit, une matité de bois de tout cet hémithorax. une respiration très courte, soufflante, avec, dans la région paravertébrale et la région antérieure sous-claviculaire, un souffle aux deux temps. A gauche, la respiration est supplémentaire.
La radiographie montre une rétraction importante d° l’hémithorax droit et une opacité complète homogène de tout cet hémithorax. A gauche, la trame est accentuée avec un semis de taches fines, irrégulières, étendues à la plus grande partie du poumon.
Une ponction exploratrice droite donne l'impression
Sie
d’une pachypleurite difficile à traverser. Elle ramène quelques centimètre cubes de liquide rosé clair. L'examen cytologique de ce liquide ne montre rien de décisif, en particulier pas de noyau néoplasique.
Un petit fragment de plèvre est prélevé par l’aiguille.
Le reste de l’examen montre une masse néoplasique de lhypochondre droit.
Durant les jours suivants, les douleurs thoraciques s’accentuent au point de nécessiter la morphine.
Mort subite dans la nuit du 20 mars. Pas d’autopsie.
L'examen histologique du fragment prélevé donne (Docteur Plauchu) « fragment constitué par du tissu conjonctif dense, formé de fibres collagènes, presque acellulaire. En outre, de place en place, on trouve de gros noyaux réguliers, ne présentant jamais de mitose. On n’aperçoit pas de protoplasme autour d’eux ; on ne peut dire s’il s’agit de cellules néoplasiques ou de noyaux de cellules conjonctives. On peut affirmer simplement « pachypleurite épaisse, peut-être néoplasique ».
En résumé, il s’agit d’un cancer pulmonaire à forme pleurale, envoyé par erreur en sanatorium comme une pleurésie tuberculeuse, dont le diagnostic exact fut porté, à une phase tardive de l’évolution, grâce à l'intensité des signes fonctionnels, à la netteté de l’image radiologique, à l’existence d’une pleurésie hémorragique, et d’une métastase abdominale. La biopsie n’a pu donner de certitude absolue, mais les signes cliniques suffisent amplement au diagnostic.
La question se pose de savoir si la masse néoplasique abdominale était primitive ou secondaire. Il n’est pas possible d'obtenir une certitude à cet égard, cependant le début ancien des symptômes pulmonaires et l’image radiologique permettent de penser que le cancer pulmonaire était probablement primitif. L’invasion radiologique du poumon gauche était très certainement métastatique.
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