CHAPITRE PREMIER
GENERALITES — STATISTIQUE
Ce travail a pour but l’étude de quelques-unes des affections pseudo-tuberculeuses les plus fréquemment observées par suite d’erreurs de diagnostic dans la pratique sanatoriale. Ce sujet est extrêmement vaste et assez imprécis; aussi nous avons restreint son cadre en éliminant :
1° tous les cas caractérisés essentiellement par une accentuation radiologique de la trame sans autre symptôme pathologique suffisamment net. On sait en effet que si, dans ces cas, la tuberculose est souvent difficile à affirmer, elle est encore plus difficile à éliminer avec certitude ;
2° tous les cas d’erreurs de diagnostic où la tuberculose était simulée uniquement par des symptômes généraux sans symptôme thoracique notable, fonctionnel ou physique. Ces cas ne sont pas rares mais leur étude, nous aurait entraîné beaucoup trop loin.
3° les cas où aucune manifestation pathologique ne put être mise en évidence à l’arrivée en sanatorium et où le seul diagnostic pouvant être posé était
celui d’état de bonne santé apparente sans trouble notable ;
4° tous les cas où la tuberculose a pu être éliminée avec certitude, mais sans qu’un diagnostic précis ait pu être posé avec une probabilité suffisante. Nous avons trouvé plusieurs observations de ce genre où le diagnostic a été impossible malgré les moyens d'exploration les plus poussés.
Nous avons, d’après les données précédentes, établi la statistique des erreurs de diagnostic observées sur 1.734 (mille sept cent trente-quatre) cas représentant la totalité des malades (femmes) entrées dans les deux sanatoria de « La Savoie » et d’ « Angeville » entre 1936 et 1940.
Le nombre total d'erreurs de diagnostic était de 32, se décomposant de la façon suivante :
Dix-sept cas de dilatations des bronches.
Quatre cas de cardiopathies.
Quatre cas d’abcès du poumon.
Un cas de cancer du poumon.
Un cas de mycose pulmonaire.
Un cas de kyste aérien du poumon.
Un cas de spirochétose de Castellani.
Un cas probable de syphilis pulmonaire.
Un cas probable de maladie de Besnier-Boeck- Schaumann.
Un cas d’ostéoporose costale.
De cette statistique nous pouvons tirer les conclu-
sions suivantes :
1° Les erreurs de diagnostic sont assez peu fréquentes — 32 cas sur 1.734 malades, soit 1,8 %.
2° Sur tous ces cas, plus de la moitié (17) sont des cas de dilatation bronchique. Cette affection est donc très fréquemment observée en sanatorium : 0,98 % du nombre total des malades entrées en sanatorium.
3° Les abcès du poumon et cardiopathies sont également, beaucoup moins que les bronchectasies cependant, assez souvent observées en sanatorium — 4 cas sur 1.734 : 0,23 %.
4° Les autres affections sont beaucoup moins fréquentes, nous n’avons observé qu’un cas de chacune d'elles : mais notre statistique n'est pas assez étendue pour donner quelque valeur au pourcentage trouvé (0,057 %).
Cependant ces affections sont en réalité de fréquence variable :
a) Le cancer du poumon et la syphilis pulmonaire quoique rares, sont cependant observés de temps en temps en sanatorium, surtout le cancer du poumon.
b) Les kystes aériens du poumon sont une affection de connaissance récente, mais cependant assez fréquente : au moins quatre cas en ont été observés à Hauteville ces dernières années.
De même la maladie de Besnier-Boeck-Schaumann dont les observations se multiplient à mesure qu’on la connaît mieux; nous en avons recueilli un cas pratiquement certain et deux cas probables.
c) Les mycoses pulmonaires et la spirochétose de Castellani sont des affections infiniment moins fréquentes que les précédentes, et paraissent très rarement observées en sanatorium.
no
d) Le cas d’ostéoporose costale correspond uniquement à une erreur d'interprétation radiologique : des anomalies costales ayant été prises pour des anomalies pulmonaires. L'intérêt de ce cas est assez faible.
Ce travail se divise en trois parties :
A4) Dans la première, la plus importante de beaucoup, nous étudions successivement les différentes affections comprises dans la statistique précédente, en consacrant un chapitre à chacune d’elles (sauf à l'ostéoporose costale) ; cette étude (volontairement schématique et incomplète) sera suivie d’un chapitre consacré à quelques affections particulièrement intéressantes, mais dont nous n’avons pas trouvé d’observation dans notre statistique. Enfin viendra un chapitre de considérations générales sur les erreurs de diagnostic.
B) La deuxième partie, beaucoup plus courte, sera consacrée aux moyens de diagnostic pratique de la tuberculose pulmonaire : moyens bactériologiques dans un premier chapitre, et moyens cliniques en l’absence des précédents dans un second chapitre.
C) Enfin dans la troisième partie, nous discuterons très rapidement les dangers de contamination auxquels peuvent être exposés les malades non tuberculeux en sanatorium.