A. — TABLEAUX CLINIQUES REALISES PAR LES MYCOSES PULMONAIRES
1° FORMES PSEUDO-TUBERCULEUSES. — Le plus souvent la symptomatologie des mycoses pulmonaires simulera celle de la tuberculose puimonaire soit aiguë
soit chronique.
a) Formes aiguës. — Le début pourra être brusque et le tableau sera d’abord celui d’une pneumonie ou broncho-pneumonie d’allure banale mais peu à peu, l’évolution traînante, puis habituellement le passage à la chronicité, rapprocheront la symptomatologie de
celle de la tuberculose — rapprochement pouvant encore être accentué par l’apparition de signes cavitai-
res.
b) Formes chroniques. — Dans d'autres cas la maladie aura d'emblée l’allure de la tuberculose pulmonaire chronique cavitaire ou non, et aura un début insidieux marqué par l’apparition de toux, d’expectoration, d’asthénie, de fièvre légère.
—— Parfois même la symptomatologie de la maladie sera réduite pendant longtemps à des hémoptysies espacées.
— L'évolution de ces formes pseudo-tuberculeuses pourra être suivie durant des années ou même dans certains cas durant des dizaines d’années.
2° FORMES SIMULANT DES AFFECTIONS PULMONAIRES. NON TUBERCULEUSES. —- Elles sont moins fréquentes, il pourra s’agir :
— d’un syndrome de bronchite chronique,
— d’un abcès du poumon de début aigu ou précédé d'une longue phase de chronicité, |
— très rarement d’un aspect de tumeur du poumon.
3° Formes compliquées. — Les localisations pulmonaires des mycoses pourront être associées ou se compliquer d’autres localisations mycosiques — localisations cutanées, profondes — ou de généralisation par voie sanguine. L'association de pleurésie, même purulente pourra être observée.
B. — OBERVATION. — Mme D... 43 ans, couturière. Entrée au Sanatorium d’Angeville le 29 juillet
Dans les antécédents on note des bronchites fréquentes durant l’enfance, et en 1931 une broncho-pneumonie avec point de pleurite, n’ayant pas laissé de séquelles.
Le début de l'affection actuelle remonte à décembre 1937 par un épisode à type de congestion pulmonaire avec température élevée à 39° au début, toux, expectoration. Au bout de 3 mois, la température se stabilisa aux environs de 38° le soir. Un examen radiologique montre alors une atteinte pulmonaire gauche. On entreprend un traitement par la choline, puis les sels d’or : l’état général s'améliore, la fièvre persiste.
Depuis cette époque la malade est restée à se reposer chez elle, sans modification notable de son état. Deux bacilloscopies sont négatives. Cependant au mois de mai 1939, après un nouvel examen radiologique on conseille le sanatorium.
A l’entrée à Angeville, la malade présente un bon état général, la température est aux environs de 37°8 tous les soirs, la toux est peu fréquente, l'expectoration est rare.
L’auscultation fait entendre à la base gauche des râles fins inspiratoires; ailleurs la respiration est normale. Le reste de l'examen ne montre rien de particulier.
La radiographie montre une légère diminution de transparence de la base gauche et une déviation du cœur à gauche.
L'hémi-diaphragme gauche est partiellement limité dans sa course.
Deux bacilloscopies sont négatives.
Vers la fin du mois d’août, un matin, apparaît une
expectoration d’un genre très particulier, constituée par de grosses masses gris-jaunâtres, dépassant le volume d’un noyau de cerise, revêtues d’un enduit visqueux et d’odeur repoussante.
L'examen microscopique de cette expectoration, après coloration, la montre constituée de filaments très longs, assez épais, entrecroisés en tous sens, très nombreux, couvrant tout le champ du microscope, et de masses ovoïdes, groupées en amas, beaucoup moins nombreuses.
Les circonstances (septembre 1939) et le départ rapide de la malade en raison de l’évacuation du sanatorium n’ont pas permis de pratiquer les examens complémentaires qui auraient identifié le germe en cause. Un traitement par l’iodure de potassium en potion est cependant pratiqué, il n’est suivi d'aucun résultat, mais provoque l'apparition de divers accidents d’intolérance.
— En résumé, dans ce cas, le résultat de l’examen de l'expectoration permet d’affirmer de façon à peu près certaine la nature mycosique de l’affection.
— Les examens complémentaires, surtout la culture, n'ayant pu être pratiqués, il n’est pas possible de préciser le champignon en cause. D’après la morphologie, il semble cependant s’agir d’un aspergillus.
— La mycose pulmonaire paraît, dans ce cas, primitive; on n’a pas pu mettre en évidence d’autre affection pulmonaire susceptible d'expliquer les symptômes présentés. La tuberculose ne semble pas en cause : quatre bacilloscopies ont été négatives.
C. —- ETUDE DES DIFFERENTES MYCOSES I. — ACTINOMYCOSE PULMONAIRE
La localisation thoracique primitive de l’actinomvycose est relativement peu fréquente, elle a été observée 7 fois sur 405 cas d’actinomycose.
On rencontre deux formes principales : la forme pulmonaire et la forme pleuro-pulmonaire. Dans la. première, l’atteinte pulmonaire est primitive, prédominant habituellement aux lobes inférieurs. Dans la seconde, les lésions pulmonaires font partie d’un ensemble de lésions thoraciques; l’envahissement vient de l’œsophage ou du médiastin et se propage également à la plèvre et à la paroi thoracique.